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Préoccupés par de récents décès, plus de 1500 médecins réclament une enquête publique du Bureau du coroner sur les suicides dans leur profession au Québec. L’un de ces professionnels de la santé demande aussi aux partis politiques de s’engager à mesurer la santé mentale des soignants.
« Depuis le mois de mars 2026, cinq décès de médecins québécois rapportés comme étant survenus par suicide ont été portés à notre connaissance », écrivent les signataires d’une lettre transmise au coroner en chef, Me Reno Bernier. Le document, d’abord relayé par TVA Nouvelles lundi, a ensuite été obtenu par Le Devoir.
Les signataires souhaitent que Me Bernier et son équipe se penchent notamment sur les facteurs individuels, professionnels, organisationnels et systémiques susceptibles de contribuer aux suicides de médecins.
La détresse de ces professionnels « ne peut être considérée uniquement comme un problème individuel », estiment-ils.
Elle s’inscrit dans un environnement professionnel marqué par une exposition répétée à la souffrance et à la mort, de lourdes responsabilités et charges de travail, ainsi qu’un manque de ressources, font-ils valoir.
Historiquement, des études ont fait état d’une mortalité par suicide plus élevée chez les médecins que dans le reste de la population, indique le Programme d’aide aux médecins du Québec (PAMQ), sur son site.
Des travaux récents brossent toutefois un portrait plus nuancé, précise l’organisme. Les taux de décès par suicide des hommes médecins se rapprochent de ceux des hommes de la population générale, tandis qu’ils demeurent plus élevés chez les femmes médecins.
Joint par Le Devoir, le Bureau du coroner affirme qu’une « analyse approfondie de la demande d’enquête publique est amorcée ». Pour l’instant, il est toutefois trop tôt pour se prononcer sur la tenue d’une telle enquête, ajoute-t-il.
Difficile à mesurer
Dans leur lettre, les signataires reconnaissent ne pas pouvoir déterminer si les suicides sont actuellement en hausse chez les médecins québécois. L’absence de données « publiques, centralisées et suffisamment détaillées » les empêche de mesurer l’ampleur et l’évolution du phénomène, disent-ils.
Ce manque de données complique aussi la mise en place et l’évaluation de mesures de prévention, déplore le Dr Jean-Paul Brutus, chirurgien plastique et signataire de la lettre.
Depuis 2022, Le Devoir a recensé dans les rapports du coroner trois cas de médecins actifs ou retraités qui se sont enlevé la vie.
Ce bilan ne permet toutefois pas de répertorier l’ensemble des suicides de médecins survenus récemment, puisque le délai moyen de production d’un rapport est de neuf mois et peut être plus long lorsque des expertises ou des enquêtes supplémentaires sont nécessaires.
Une « crise de santé publique »
Le Dr Brutus estime que la réflexion devrait aussi porter sur la santé mentale de l’ensemble des soignants, et non seulement sur celle des médecins.
La détresse des professionnels de la santé peut également avoir des répercussions sur les soins, soutient-il, évoquant entre autres une capacité d’écoute et d’empathie amoindrie. « C’est une crise de santé publique qui doit concerner chaque Québécois. »
Le Dr Jean-Paul Brutus déplore que cet enjeu soit, selon lui, absent de la campagne électorale québécoise, alors qu’il y a « urgence en la demeure ».
« J’aimerais demander aux politiciens : “Est-ce que vous vous engagez à mesurer la santé mentale des soignants ? Et est-ce que vous vous engagez à rendre public ce que vous trouvez ?” » dit-il.
Appelée à réagir, la Coalition avenir Québec soulève la possibilité de s’inspirer de ce qui est fait ailleurs pour mieux documenter cette détresse. « En Ontario, des organisations médicales ont mené une démarche spécifiquement sur la détresse et le suicide chez les médecins. »
De leur côté, les libéraux estiment qu’il est nécessaire de mieux comprendre les facteurs qui contribuent à la souffrance des soignants, tout en s’assurant que ceux qui ont besoin d’aide puissent en obtenir.
Besoin d’aide ?
Si vous pensez au suicide ou vous inquiétez pour un proche, des intervenants sont disponibles en tout temps au 1 866 APPELLE (1 866 277-3553), par texto (535353) ou par clavardage à suicide.ca.


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