En ce début d’après-midi, une file indienne de touristes descend l’étroit sentier qui conduit aux berges, gilet de sauvetage sur le dos, rame en main et repas pantagruélique sur l’estomac. Les pieds déjà dans l’eau du fleuve Pato, ceux qui vont les accompagner se présentent: «Je m’appelle Ermidez, je suis guide de rafting et l’un des signataires de l’accord de paix.» L’agence de tourisme locale qui organise cette expédition à San Vicente del Caguán, dans le sud de la Colombie, a été créée par d’ex-guérilleros des Forces armées révolutionnaires colombiennes (FARC).
Après avoir signé un accord de paix en 2016 avec l’Etat, mettant fin à six décennies de conflit, chaque insurgé démobilisé a reçu une somme à investir dans un projet entrepreneurial individuel ou collectif: si la plupart s’orientent à l’époque vers l’élevage et l’agriculture, moteur économique des régions rurales, ce groupe issu de la colonne Teófilo Forero, l’une des principales factions des FARC dans la région du Caquetá, opte pour le tourisme. C’est Carlos Ariel, alors chargé pour l’ONU de leur réincorporation à la vie civile, qui leur souffle l’idée et leur suggère le rafting. Ce sport d’eau vive leur est inconnu, mais l’idée de réinvestir le fleuve Pato, qui n’a aucun secret pour eux, leur parle immédiatement: «Pato, c’est même mon surnom, rigole Freddie. J’ai passé mon enfance à jouer dans le fleuve, et dans la clandestinité il était notre tranchée, notre terrain de jeu et notre refuge.»


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