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Décarboner le bâtiment passera par une approche «plus contraignante»

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Pour décarboner le secteur du bâtiment, les mesures incitatives, comme les aides financières, « ne suffisent pas ». « Une approche plus contraignante est donc essentielle », affirme le Comité consultatif sur les changements climatiques, dans un nouvel avis présenté au gouvernement du Québec, lundi.

Cotation carbone, normes de construction rehaussées, obligations de performance énergétique, tarification dynamique de l’électricité, interdiction des nouveaux raccordements au réseau gazier : le comité d’experts donne plusieurs prescriptions pour réduire les émissions du secteur du bâtiment.

Les émissions directes des immeubles, imputables à l’usage de gaz naturel et de mazout, représentent 8 % des gaz à effet de serre québécois. À cela s’ajoute le « carbone intrinsèque » des bâtiments, associé aux matériaux et aux pratiques de construction.

Le Québec doit s’attaquer à ce problème écologique, même si les coûts pour se loger explosent et que les habitations manquent, affirme Alain Webster, le président du Comité consultatif sur les changements climatiques, dans une entrevue accordée quelques jours avant la présentation de l’avis de 100 pages, qui compte 14 recommandations.

Mais cela ne veut pas dire que le chantier climatique va hausser les coûts de logement — en fait, il s’agit plutôt d’une occasion à saisir pour mieux s’en tirer sur les deux tableaux, souligne M. Webster, un économiste de l’environnement à l’Université de Sherbrooke.

« Avec une meilleure maîtrise de l’énergie, les gens obtiendront des gains individuels sur leurs coûts de chauffage et, en même temps, on réalisera des gains collectifs en évitant de surdimensionner notre production d’énergie renouvelable », promet-il.

Au Québec, la vaste majorité des résidences sont chauffées à l’électricité, ce qui ne pollue pas. Il est néanmoins crucial de réduire le gaspillage pour consacrer cette électricité à d’autres secteurs. Globalement, la moitié de l’énergie consommée au Québec est d’origine fossile.

Non seulement les appareils de chauffage efficaces, comme les thermopompes, sont rares, mais, de manière générale, la qualité de l’isolation et de l’étanchéité des bâtiments laisse à désirer. « Il faut arrêter de chauffer dehors ! » résume Josée Provençal, une professionnelle de recherche du comité.

Les programmes de rénovation écoénergétiques (Chauffez vert, Novoclimat, Rénoclimat, LogisVert, etc.) ont un effet positif, mais ils n’ont pas engendré de transformation systémique du parc immobilier, souligne le comité, qui appelle donc à une action plus musclée.

Les 13 experts indépendants voient d’un bon œil la déclaration obligatoire des données énergétiques des grands bâtiments, prévue dès 2027 en vertu d’un règlement (pas encore adopté) issu de la nouvelle Loi sur la performance environnementale des bâtiments. Ils recommandent d’élargir la mesure au secteur résidentiel d’ici 2030.

Ce cadre réglementaire met la table pour un système de cotation où les bâtiments les moins efficaces se voient imposer des obligations de performance, avec pénalités. Le comité suggère d’y assujettir également le carbone intrinsèque des bâtiments, un « angle mort » des règles actuelles.

Il recommande aussi de rendre obligatoires d’ici 2030 les systèmes de tarification dynamique de l’électricité, comme Hilo, dans le secteur résidentiel. Il se montre par ailleurs favorable au soutien, par l’État, de l’énergie solaire et des batteries de stockage à domicile.

Au Québec, environ 200 000 bâtiments sont chauffés au gaz naturel, ce qui représente 15 % du parc immobilier. Le comité recommande d’interdire, sauf exception, le raccordement des nouveaux bâtiments au réseau gazier dès cette année, comme c’est déjà le cas à Montréal et à Prévost.

Cette restriction vaut également pour le gaz de source renouvelable (GSR), qui « devrait être réservé en priorité aux secteurs agricole et industriel, où l’électrification directe est techniquement plus difficile ». L’approche actuelle du gouvernement est plutôt favorable au GSR dans les résidences.

En général, la décarbonation du secteur du bâtiment passera beaucoup par la sobriété. Préserver les bâtiments existants doit primer la démolition et la reconstruction. Favoriser les habitations de taille modeste est un autre levier, sachant que, dans les dernières décennies, les maisons sont devenues de plus en plus grandes, et les ménages qui les occupent, de plus en plus petits.

Le comité relève finalement que « le parc immobilier du Québec a été construit pour un climat du XXe siècle ». Il est donc urgent d’adapter les normes et les codes de construction aux aléas météorologiques actuels et futurs : inondations, canicules, grands vents, cycles gel-dégel, précipitations extrêmes.

Créé en 2021 par le gouvernement de François Legault, le Comité consultatif sur les changements climatiques est un organisme indépendant qui a pour mandat de conseiller le ministre de l’Environnement sur les questions climatiques dans l’idée d’« accélérer la transition ».

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