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Des armes de toutes sortes sont retrouvées dans les écoles du Québec

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Des centaines d’armes ont été saisies par la police dans les écoles du Québec ces dernières années. Des couteaux surtout, mais aussi des imitations d’armes à feu, des armes à impulsion électrique, des poings américains et quelques machettes. Le Devoir a obtenu des chiffres qui, bien que partiels, témoignent d’un phénomène préoccupant.

Dans la cour d’une école d’Abitibi-Témiscamingue, une surveillante constate qu’un jeune a une « arme à pétards » sur lui. « En regardant les caméras, on aperçoit qu’un autre élève détenait l’arme et [la] pointait vers ses amis en riant », écrit l’intervenante dans le rapport d’événement. Dans une seconde école de la région, près des casiers, un jeune « veut s’en prendre à un autre élève avec un couteau fait de plastique par une imprimante 3D, très coupant et pointu ».

Dans le vestiaire sportif d’une école en banlieue de Québec, un jeune voit un gros couteau tomber du sac d’un camarade. Il en informe la direction, qui rencontre le principal intéressé. « Sans hésiter, il nous a remis le couteau. Il mentionne qu’il a peur, qu’il craint pour sa sécurité, mais il n’est pas capable de nous expliquer les causes », écrit l’intervenant.

Sur le terrain d’une école de Longueuil, durant la pause de l’avant-midi, un jeune asperge un autre élève de poivre de Cayenne. Dans les toilettes d’un autre établissement de la Rive-Sud, un adolescent se prend en photo avec un couteau. Dans l’autobus scolaire, un enfant du primaire fait peur à ses camarades en jouant avec le chargeur d’un fusil à plomb et demande à un ami « qui il tuerait avec une telle arme ».

Ces événements tirés de rapports des trois dernières années illustrent un phénomène plus large qu’on peut observer dans les écoles du Québec.

Au moins 600 incidents impliquant des armes ont été répertoriés depuis 2021 dans la vingtaine de centres de services scolaires — entre 16 et 28, selon les années — qui ont communiqué leurs données en vertu de la Loi sur l’accès à l’information, sur un total de 72 contactés par Le Devoir.

Une poignée d’entre eux ont fourni les détails des interventions ou les rapports d’incidents. Plusieurs précisent que les armes n’ont pas été utilisées et qu’elles ont été découvertes de façon fortuite — lors d’une fouille pour trouver de la drogue, par exemple. « Il est rare que ces saisies soient liées à un incident réel ou à une situation de violence imminente », indique le Centre de services scolaire (CSS) des Sommets, faisant écho à d’autres réponses obtenues.

Certains CSS disent saisir surtout des « couteaux de chasse » que les jeunes apportent à l’école pour les montrer à leurs amis sans arrière-pensée. D’autres indiquent qu’il ne s’agit pas nécessairement d’armes prohibées, mais d’« objets improvisés ou détournés de leur usage initial », comme des ciseaux, des ustensiles ou des crayons utilisés pour menacer ou blesser d’autres élèves ou des membres du personnel. Les rapports obtenus par Le Devoir font notamment mention d’une adolescente qui pourchassait ses intimidateurs avec des ciseaux, et d’un petit du primaire qui a donné un coup de fourchette dans le visage d’un autre élève pendant le dîner.

Près de 700 armes

Malgré ces nuances, les chiffres restent impressionnants. Du côté des policiers, on relève 689 armes saisies dans les écoles du Québec depuis 2021, dont 121 dans l’année en cours, selon un décompte fait par Le Devoir.

Ces chiffres excluent les saisies réalisées par les corps policiers de plusieurs grandes villes comme Montréal et Québec, qui n’ont pas été en mesure de fournir des données. Et on ne compte ici que ce qui a été officiellement enregistré par les policiers, explique le lieutenant Grégory Gomez del Prado, de la Sûreté du Québec. « Ça veut dire qu’il y a eu un appel policier, une saisie, un rapport d’événement qui a été fait. Je suis certain qu’il y a des choses qui ont été saisies mais où les policiers n’ont pas été appelés sur les lieux. »

Des CSS confirment au Devoir qu’ils n’appellent pas toujours la police, préférant parfois gérer le cas à l’interne lorsque la sécurité des élèves n’est pas compromise. D’autres le font de façon systématique.

Ils sont néanmoins tenus de faire appel aux autorités s’ils trouvent une arme à feu ou une imitation, et ce, en vertu de la « loi Anastasia ». Cette loi québécoise, adoptée à la suite de la fusillade au collège Dawson en 2006, interdit de façon spécifique la possession d’armes à feu dans les établissements scolaires et les transports publics.

Fausses armes, vraies conséquences

Parmi les quelque 700 armes saisies par la police, plus de la moitié (380) sont des couteaux, qui vont de l’Exacto à la machette, en passant par les couteaux de cuisine ou de chasse. On compte également une trentaine d’armes de poing, quelques projectiles, des bâtons télescopiques, du poivre de Cayenne et d’autres armes blanches de toutes catégories.

Seulement quatre armes à feu réelles ont été trouvées dans les écoles, mais les imitations d’armes à feu, elles, prolifèrent. Depuis cinq ans, les policiers en ont saisi 182. On parle principalement d’armes à air comprimé, à billes ou à plomb qui, sans aller jusqu’à tuer, peuvent causer des blessures.

Leur principale caractéristique est surtout de ressembler « à s’y méprendre » à de vraies armes à feu, explique le lieutenant Del Prado, qui rappelle que des écoles entières ont été confinées en raison de fausses armes. C’est d’ailleurs arrivé l’automne dernier dans une école de Rouyn-Noranda. « Un jeune qui arrive avec ça dans une école, c’est la panique, les policiers vont agir comme si c’était une vraie arme, avec toutes les conséquences que ça peut avoir », illustre-t-il.

Rappelons qu’aux yeux de la loi, une imitation d’arme à feu a la même valeur qu’une arme à feu réelle si elle est utilisée dans un dessein dangereux.

« Faire peur ou se protéger »

Mais pourquoi les jeunes apportent-ils des armes à l’école ? « Pour faire peur ou se protéger », résume le lieutenant Grégory Gomez del Prado. Un phénomène « amplifié par les réseaux sociaux », où il est valorisé de poser de façon « ostentatoire » avec des armes, déplore-t-il.

« Si tu me dis que tu as besoin d’une arme quand tu viens à l’école parce que tu es au milieu d’un conflit, il y a vraiment quelque chose qu’on a raté dans notre mission », estime Vincent Cabral, directeur de l’école Jeanne-Mance, à Drummondville, qui a entendu cette explication à l’occasion. « Si tu as un conflit qui te cause autant de trouble, tu dois venir nous en parler, on va réussir à régler ça. »

Sauf que les jeunes ne font pas toujours confiance au personnel scolaire pour régler leurs conflits, constate Mohamed Mimoun, coordonnateur du Forum jeunesse de Saint-Michel. « Les jeunes nous disent : “Puisque l’adulte n’arrive pas à trouver une solution, moi, ce que je veux, c’est me procurer une arme. Et je veux que ça se sache.” », déplore celui que tout le monde surnomme Momo.

Récemment, les patrouilleurs du Service de police de l’agglomération de Longueuil (SPAL) sont intervenus dans une bataille de cour d’école où l’un des jeunes a sorti un couteau. « C’est préoccupant parce que ça a des conséquences extrêmement graves, explique l’inspecteur Gino Iannone. À l’âge qu’ils ont, ils ne sont pas encore conscients que leur action d’aujourd’hui peut avoir un impact pour le reste de leur vie. Une utilisation de couteau, que ce soit dans un mode défensif ou offensif, ça vient avec une accusation criminelle. »

avec Félix Deschênes

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