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Le phénomène de la violence armée chez les jeunes dépasse largement les frontières des établissements scolaires, mais même lorsque les événements surviennent dans les lieux publics en périphérie, les directions d’école sont interpellées. Et les parents, eux, tombent des nues.
« Madame, Madame, il y a eu du beef au McDo. » C’est le genre de phrase que le personnel scolaire va entendre à la suite d’un événement violent qui a marqué les jeunes, illustre Priscilla Côté, coordonnatrice au service des ressources éducatives du centre de services scolaire (CSS) Marguerite-Bourgeoys. « S’ils nous parlent de ça, on ne peut pas juste dire : “Ça s’est passé au McDo, on ne s’en occupera pas.” On est un milieu de vie, donc à partir du moment où ça rentre dans l’école, que ça se discute, c’est que ça a eu peut-être un impact sur la sécurité de certains élèves. »
L’information peut aussi provenir des policiers, qui n’hésitent pas à communiquer avec les directions d’école. Dans certains cas, dont au CSS de Montréal, cela se fait de façon systématique en vertu d’un protocole d’entente, explique sa directrice générale adjointe, Kathlyn Morel. « Je vous donne un exemple récent : deux jeunes s’en vont dans un centre commercial près d’une école secondaire [sur l’heure du midi]. Un jeune sort une arme et les citoyens appellent le 911. La police intervient, saisit l’arme-jouet et, automatiquement, le réflexe de la police, c’est d’appeler à l’école. »
Le fait d’être au courant a notamment permis à la direction de mieux gérer la situation lorsque l’événement est revenu comme un boomerang dans la cour d’école l’après-midi. En effet, l’information s’est rapidement mise à circuler chez les jeunes de l’école par l’entremise des réseaux sociaux, devenant le sujet de rumeurs de corridor.
Dans ce genre de situation, les écoles n’hésitent pas à envoyer des lettres aux parents pour expliquer la situation, se faire rassurantes et rappeler que les élèves peuvent faire appel à des services professionnels s’ils en ressentent le besoin. Ce fut le cas il y a quelques semaines, lorsqu’un jeune a été poignardé dans une ruelle près d’une école de Verdun sur l’heure du dîner.
Le cas de Longueuil
À Longueuil, on a senti le besoin d’interpeller les parents et la population l’hiver dernier lorsque des coups de feu ont été tirés lors d’une bagarre à la fin des classes dans un stationnement face à l’école.
Dans une conférence de presse donnée avec le centre de services scolaire Marie-Victorin, le Service de police de l’agglomération de Longueuil (SPAL) dévoilait notamment que les crimes commis par des jeunes avec une arme avaient augmenté de 64 % entre 2021 et 2025. On annonçait également le renforcement de la présence policière autour de certaines écoles et une série d’autres mesures « pour rétablir un environnement sûr dans les écoles et les quartiers ». Fin mai, le SPAL annonçait dans un communiqué « la fin de la récréation » en procédant à des perquisitions et à l’arrestation de 13 mineurs âgés de 15 et 16 ans pour leur implication dans une agression armée ayant eu lieu un samedi d’avril à Brossard.
« Une arme dans une école, c’est une arme de trop. Mais actuellement, le problème, il est plus gros que ça », déplore l’inspecteur Gino Iannone, du Service de police de l’agglomération de Longueuil (SPAL).
L’an dernier, par exemple, le SPAL a dénombré un total de 75 événements ayant impliqué des armes chez les jeunes âgés de 12 à 17 ans. De ce nombre, 18 sont survenus dans des écoles. La grande majorité des saisies ont eu lieu dans des lieux publics ou des résidences privées, raison pour laquelle l’inspecteur Iannone interpelle directement les parents.
Les parents, le « maillon faible »
« Le message qu’on envoie aux parents, c’est de communiquer avec leurs jeunes, martèle l’inspecteur Iannone. Qu’est-ce qu’il fait, ton jeune ? Où est-ce qu’il s’en va le week-end ? Pourquoi il a un sac à dos alors qu’il ne va pas à l’école ? Est-ce qu’on peut regarder ce qu’il y a dans les sacs à dos ? »
Souvent, les parents « ont une perception erronée de ce que leurs enfants font, a constaté M. Iannone. Quand ils ont un appel des policiers, ils sont extrêmement surpris. Ils vont dire : “Ben voyons donc, le jeune à la maison, il ne laissait pas présager ce genre de chose là !” On joue parfois ce rôle de réveil là pour les parents. C’est triste quand c’est rendu à la police d’aviser les parents. On aimerait ça que la détection se fasse avant. »
Selon Mohamed Mimoun, coordonnateur de l’organisme Forum jeunesse de Saint-Michel, les parents sont « le maillon faible » dans la prévention contre la violence armée. « Les parents ne sont pas conscients, pas impliqués, ils sont souvent les derniers à savoir. C’est vraiment problématique. »
Plusieurs sont « dans le déni » et ne se sentent pas du tout interpellés par ce phénomène, déplore-t-il. « Même quand je parle aux parents de façon générale, ils ne se sentent pas concernés. C’est trop gros pour croire que ton enfant de 15-16 ans va se trouver avec une arme. »
L’intervenant ne connaît que trop bien la suite, lui qui reçoit à l’occasion des appels de parents dans tous leurs états. « La maman est en train de ranger la chambre de son enfant et va trouver une arme. Et c’est la panique générale, elle ne sait pas quoi faire avec, elle ne sait pas si elle doit appeler la police, parce que ça va incriminer tout de suite son enfant. »
C’est lui qui va conseiller aux parents de rapporter la situation aux autorités. « Je leur dis : “Si vous ne le faites pas, vous serez complices de ce que votre enfant va faire avec cette arme-là et vous ne savez pas si elle a été utilisée déjà, s’il a menacé ou tiré sur des gens. Vous ne pouvez pas rester avec une arme à la maison sans rien faire.” »
Avec Félix Deschênes


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