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Dans une basilique du Var repose depuis 1279 un crâne resté 563 ans sous terre pour échapper aux Sarrasins

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On imagine souvent les reliques religieuses comme des objets figés depuis toujours dans leur écrin doré, immobiles et intouchables depuis l’Antiquité. C’est pourtant une erreur assez répandue, car nombre d’entre elles ont connu des trajectoires mouvementées, faites de disparitions, de cachettes et de redécouvertes parfois miraculeuses. Le crâne conservé dans la basilique Sainte-Marie-Madeleine de Saint-Maximin-la-Sainte-Baume, dans le Var, illustre parfaitement ce genre de destin hors norme. Pendant plus de cinq siècles, cette relique a littéralement disparu sous terre avant de resurgir en 1279, offrant à la Provence l’un des sanctuaires les plus prestigieux de toute la chrétienté médiévale.

À retenir

  • En 716, les gardiens des reliques de Marie-Madeleine les enfouissent pour les protéger des pillages sarrasins, avant leur redécouverte en 1279 lors de fouilles ordonnées par Charles II d’Anjou.
  • Authentifiée par le pape Boniface VIII en 1295, la relique fait de Saint-Maximin le troisième tombeau de la chrétienté, entraînant la construction de la basilique actuelle, achevée en 1532 après 237 ans de travaux.
  • Menacé de destruction pendant la Révolution française, le crâne est sauvé par Lucien Bonaparte, qui le fait passer pour une relique républicaine, avant d’être étudié par la science moderne, notamment via une reconstitution 3D en 2017.

Un crâne vieux de plusieurs siècles ressurgit dans une basilique varoise

Le 8 décembre 1279, le comte Charles II d’Anjou fait entreprendre des fouilles à Saint-Maximin, persuadé que des reliques précieuses y sont enfouies depuis des générations. La découverte dépasse toutes les attentes : des ossements attribués à Marie-Madeleine ressurgissent, intacts, après plusieurs siècles d’oubli volontaire. Ce moment change immédiatement le destin de la petite cité varoise, qui devient rapidement un centre de pèlerinage comparé aux plus grands lieux saints du monde chrétien.

À l’époque, Saint-Maximin est en effet considéré comme le troisième tombeau de la chrétienté, juste après Jérusalem et Rome, un statut confirmé quelques années plus tard lorsque le pape Boniface VIII authentifie officiellement les reliques par des bulles obtenues par Charles II en 1295. Cette reconnaissance papale n’est pas anodine, car l’abbaye de Vézelay revendique elle aussi posséder le corps de la sainte. Le pape tranche finalement en faveur de la Provence, ce qui donne à Saint-Maximin une légitimité incontestable et déclenche la construction d’un édifice à la hauteur de l’enjeu : la basilique actuelle, chantier colossal débuté en 1295 et achevé seulement en 1532, soit après 237 années de travaux. Aujourd’hui encore, elle reste considérée comme le plus grand édifice gothique de Provence, avec ses 73 mètres de long, ses 43 mètres de large et ses 29 mètres de haut.

Pourquoi enterrer une relique pendant plus de cinq siècles

Pour comprendre pourquoi ce crâne a passé autant de temps sous terre, il faut remonter à la tradition provençale selon laquelle Marie-Madeleine aurait vécu ses trente dernières années en pénitence dans une grotte du massif de la Sainte-Baume, à 946 mètres d’altitude. Le récit veut qu’elle y ait été élevée dans les airs sept fois par jour par des anges afin d’entendre la musique céleste, une tradition documentée dès le Ve siècle et qui a fait de cette grotte un lieu de pèlerinage ininterrompu pendant des siècles. Des figures aussi célèbres que Saint Louis, François Ier ou plus tard Charles de Foucauld s’y sont rendues, preuve de l’importance spirituelle accordée à ce site bien avant la découverte de 1279.

C’est précisément cette notoriété qui a rendu les reliques vulnérables. Un trésor aussi vénéré attire forcément les convoitises, et les communautés religieuses de l’époque savaient que la meilleure façon de protéger un bien inestimable restait encore de le soustraire aux regards, quitte à le confier à la terre elle-même pendant plusieurs générations.

La menace sarrasine qui a changé le destin de ces ossements

L’explication de cette longue disparition tient en un mot : la peur. En 716, la région provençale subit régulièrement les incursions des Sarrasins, qui pillent sanctuaires et monastères sans grand scrupule pour les objets sacrés. Face à cette menace bien réelle, les gardiens des reliques de Marie-Madeleine prennent une décision radicale : cacher les ossements sous terre, loin des regards, plutôt que de risquer leur destruction ou leur vol. Ce choix s’avère payant, mais à un prix inattendu, celui de l’oubli. Pendant 563 ans, la mémoire précise de leur emplacement se dilue, jusqu’à ce que les fouilles ordonnées par Charles II d’Anjou en 1279 ne les ramènent enfin à la lumière.

Cette histoire n’est d’ailleurs pas la seule péripétie mouvementée de la relique. Bien plus tard, en 1793, en pleine Révolution française, Barras et Fréron ordonnent la destruction totale du sanctuaire, la grotte étant même rebaptisée Thermopyles pour effacer toute connotation religieuse. C’est finalement Lucien Bonaparte, le frère de Napoléon, qui sauve la basilique en la transformant en dépôt de grains, et qui parvient à préserver le crâne en le faisant passer pour une relique républicaine. Sans cette ruse audacieuse, l’un des ensembles de restes humains les plus célèbres au monde aurait probablement disparu à jamais.

Ce que cette relique raconte encore aujourd’hui sur la foi et l’histoire du Var

Le crâne, aujourd’hui noirci par le temps, repose dans un reliquaire en bronze doré datant de 1860, l’original ayant été détruit pendant la Révolution. Il partage cet écrin avec une relique appelée Noli me tangere, un fragment de peau détaché du crâne en 1780. Le diocèse de Fréjus-Toulon conserve par ailleurs plusieurs autres éléments attribués à la sainte, dont une mèche de cheveux et une hanche, tandis que d’autres fragments sont dispersés à travers le monde : un os de pied à Rome, une main à Simonopetra en Grèce, une dent au Metropolitan Museum de New York et une côte à l’abbaye de Vézelay. Cette dispersion, presque ironique, illustre bien la manière dont une seule figure a pu marquer durablement des lieux de culte aussi éloignés les uns des autres.

La science moderne s’est elle aussi penchée sur ce mystère séculaire. En 2017, le diocèse a fait réaliser une reconstitution 3D du visage de la sainte à partir du crâne, tandis qu’une expertise a permis de déterminer qu’il appartenait à une femme de petite taille, de type méditerranéen, âgée d’une soixantaine d’années. En 2021, une prospection géophysique a même été menée par le laboratoire Géosciences Paris-Saclay directement dans la basilique. Et les surprises ne s’arrêtent pas là : en 2014, une boîte scellée oubliée depuis 1905 a livré un autre crâne, celui présumé de saint Sidoine, rappelant que ce lieu continue, encore aujourd’hui, de révéler des pans entiers de son histoire.

De la crainte des invasions sarrasines aux bouleversements de la Révolution, en passant par les expertises scientifiques contemporaines, ce crâne conservé dans le Var résume à lui seul plusieurs siècles de foi, de peur et de curiosité humaine. Alors que la basilique continue d’attirer chaque année pèlerins et visiteurs curieux, on peut légitimement se demander combien d’autres secrets dorment encore sous les pierres de ce sanctuaire millénaire.

Brice L.

Rédigé par Brice L.

Brice est un journaliste passionné de sciences. Il collabore avec Sciencepost depuis plus d'une décennie, partageant avec vous les nouvelles découvertes et les dossiers les plus intéressants.

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