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Dans le désert d’Australie-Méridionale s’étend depuis 1963 un terrain rendu à ses propriétaires que trois nettoyages successifs n’ont pas suffi à effacer

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Un territoire grand comme un département français, cédé en pleine guerre froide, jamais tout à fait rendu propre malgré des décennies d’efforts. Cette région reculée d’Australie-Méridionale, terre traditionnelle du peuple Maralinga Tjarutja, une branche méridionale des Pitjantjatjara, a été cédée par le gouvernement australien à la Grande-Bretagne pour des essais nucléaires menés de 1956 à 1963. Malgré plusieurs tentatives de nettoyage, des inquiétudes subsistent aujourd’hui encore sur l’état réel du sol. Les essais ont cessé net en 1963, lorsque Londres et Canberra ont signé le traité d’interdiction partielle des essais nucléaires, qui rendait illégal ce type d’expérimentation.

Un peu plus de vingt-deux kilos de plutonium-239 avaient déjà été dispersés autour du site.

À retenir

  • La Grande-Bretagne a effectué 7 essais nucléaires majeurs et 200 essais mineurs à Maralinga entre 1956 et 1963.
  • Plus de 22 kilos de plutonium-239 ont été dispersés autour du site, contaminant environ 1200 Aborigènes.
  • Trois campagnes de nettoyage successives n’ont pas éliminé la contamination résiduelle, particulièrement dans le secteur de Taranaki.

Sommaire

  1. Un désert sacrifié à la guerre froide
  2. La commission royale qui a mis les faits au jour
  3. Trois nettoyages, un sol qui résiste encore

Un désert sacrifié à la guerre froide

Entre le 27 septembre 1956 et le 9 octobre 1957, la Grande-Bretagne y a fait détoner sept engins nucléaires majeurs, répartis en deux campagnes : quatre tirs pour l’opération Buffalo, trois pour l’opération Antler. Certains champignons atomiques ont atteint près de 14 000 mètres d’altitude, et les retombées radioactives portées par le vent ont été détectées jusqu’à Townsville, à plus de 2 000 kilomètres de là. Plus discrets, environ 200 essais « mineurs » se sont poursuivis pendant dix ans, jusqu’en 1963, destinés à tester la performance des composants d’armes et à étudier des questions de sécurité.

Entre 1960 et 1963, un secteur situé au nord du point zéro a servi à douze « essais de sécurité au point unique », baptisés Vixen B, au cours desquels du plutonium a été explosivement dispersé sur un large arc allant de l’ouest au nord-est du site. C’est précisément sur ce secteur, connu sous le nom de Taranaki, que la commission royale a plus tard constaté les risques d’irradiation les plus sévères.

Les populations aborigènes locales n’ont reçu aucun avertissement adéquat avant les tirs, les laissant totalement démunies face à la contamination qui a suivi. De nombreux militaires australiens engagés sur le site n’étaient pas mieux protégés, souvent dépourvus d’équipement adapté ou de formation au maniement des matières radioactives. Selon une étude, 1200 Aborigènes auraient été contaminés rien qu’à Maralinga. Ces zones d’ombre ont fini par alimenter une contestation qui allait déboucher, près de trente ans plus tard, sur une commission d’enquête officielle.

Les essais nucléaires à Maralinga se sont achevés en 1963, et le site a officiellement fermé en 1967.

La commission royale qui a mis les faits au jour

Face à une inquiétude grandissante dans l’opinion, le gouvernement australien a fini par ouvrir la Commission royale sur les essais nucléaires britanniques en Australie, présidée par le juge James McClelland. Cette commission, chargée d’examiner les effets des essais mineurs et des essais majeurs, a rendu son rapport en 1985 et a constaté que des risques d’irradiation importants existaient toujours sur de nombreux secteurs de Maralinga, recommandant un nouveau nettoyage. Elle a conclu que le site nécessitait d’être décontaminé, mais n’a pas retenu les plaintes de certains Aborigènes qui affirmaient avoir été empoisonnés par les retombées, faute de preuves suffisantes.

En 1994, le gouvernement australien a versé des indemnités s’élevant à 13,5 millions de dollars australiens aux propriétaires traditionnels, le peuple Maralinga Tjarutja. Dès janvier 1985 pourtant, en reconnaissance de leurs droits fonciers ancestraux, un titre de pleine propriété leur avait été accordé sur une partie des terres, par un texte précis : le Maralinga Tjarutja Land Rights Act de 1984.

Les familles concernées, les Anangu, avaient d’ailleurs commencé à s’installer sur place dès le mois suivant l’attribution du titre. Mais la restitution du territoire ne signifiait pas que le sol était propre. À la même période, la commission royale McClelland identifiait justement une contamination nucléaire résiduelle significative sur certains sites. La communauté principale, qui compte aujourd’hui une école, s’appelle Oak Valley.

Cette indemnisation de 13,5 millions de dollars s’est accompagnée d’une condition stricte : l’abandon de toute réclamation, individuelle comme collective.

Trois nettoyages, un sol qui résiste encore

À la fermeture du site, le gouvernement britannique avait conduit une première opération de nettoyage, baptisée Operation Brumby. Supervisée par le ministère britannique de la Défense, elle consistait en un retrait des débris et un labourage des sols. L’objectif de ces techniques était de diluer et d’enfouir la contamination, plutôt que de l’éliminer.

Sur la foi d’un rapport scientifique britannique de 1968, aujourd’hui jugé erroné, le gouvernement australien avait alors estimé que Londres avait rempli ses obligations de décontamination. Mais en mai 1984, des relevés radiologiques menés par des scientifiques australiens, en vue du transfert des terres à leurs propriétaires traditionnels, ont révélé qu’une contamination au plutonium massive et étendue subsistait toujours.

Une tranchée à Taranaki a ensuite été creusée au milieu des années 1990 pour y enfouir les débris et sols contaminés issus principalement des essais mineurs. Ce second chantier de grande ampleur a été achevé en 2000, pour un coût de 108 millions de dollars australiens. En mars 2000, le ministre australien de l’Industrie, de la Science et des Ressources de l’époque, Nick Minchin, avait déclaré Maralinga sûr. Un accord signé en 2009 avec les Maralinga Tjarutja pour la restitution complète du site a pourtant obligé le gouvernement fédéral à engager une troisième série de travaux de remédiation.

La dernière portion de la zone interdite de Woomera n’est devenue librement accessible qu’en 2014.

Le débat s’est poursuivi sur la sécurité du site et sur les effets à long terme pour la santé des propriétaires aborigènes et des anciens membres du personnel. Le plutonium-239, matière utilisée lors de ces essais, est hautement cancérigène pour l’être humain. Les zones des essais majeurs, elles, ne présenteraient plus de risque sanitaire significatif, la radioactivité libérée lors des explosions s’étant soit largement dispersée dans le monde, soit suffisamment décomposée avec le temps.

Sources : osti.gov | assemblee-nationale.fr | la1ere.franceinfo.fr

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