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Dans la cuisine d’un radiotélescope australien se cachait depuis 17 ans la source des signaux que les astronomes cherchaient au fond du ciel

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Depuis 1998, le radiotélescope de Parkes, en Australie, enregistrait de mystérieux sursauts radio de quelques millisecondes. Quarante-six au total, dont seize en seulement sept minutes le 23 juin 1998. Les astronomes les avaient baptisés « perytons », du nom de ces créatures mythologiques mi-cerfs mi-oiseaux censées projeter une ombre humaine. Le signal, lui, ne projetait aucune ombre : il ressemblait à s’y méprendre à celui d’un sursaut radio rapide venu du fond de l’univers.

Les perytons sont des transitoires de quelques millisecondes d’origine terrestre, dont l’émission balayée en fréquence imite la dispersion d’une impulsion astrophysique ayant traversé un plasma froid ténu. Autant dire que rien, à première vue, ne permettait de les distinguer d’un véritable signal cosmique. Pire : leur ressemblance avec le sursaut FRB 010724 avait jeté un doute sur l’interprétation des « fast radio bursts », ces éclairs radio extragalactiques qui passionnent les astrophysiciens depuis leur découverte en 2007.

À retenir

  • Un radiotélescope australien a détecté pendant 17 ans des signaux parasites nommés perytons, pensés initialement d’origine cosmique.
  • Les chercheurs ont identifié en 2015 que les perytons provenaient d’un four à micro-ondes de la cuisine du personnel ouvert avant la fin du cycle de chauffe.
  • Cette découverte a renforcé la crédibilité des vrais sursauts radio rapides extragalactiques en éliminant la source d’interférence terrestre.

Sommaire

  1. Un orage cosmique qui n’en était pas un
  2. Le jour où la cuisine a tout révélé
  3. Ce que révèle vraiment cette découverte

Un orage cosmique qui n’en était pas un

Deux hypothèses dominaient les discussions scientifiques. La première évoquait un phénomène astrophysique authentique, capable de mimer la dispersion caractéristique des sursauts radio rapides. La seconde penchait pour une origine atmosphérique, un orage électrique local par exemple, capable de générer ce genre d’impulsion parasite. Aucune des deux ne tenait la route une fois les données passées au crible.

En 2015, l’équipe d’Emily Petroff, alors à l’université Swinburne de technologie, décide de traquer la source une bonne fois pour toutes. Elle installe un récepteur de surveillance des interférences radio, un outil qui scrute en continu le ciel pour repérer toute source parasite susceptible de brouiller les observations. Les chercheurs découvrent que chaque peryton, avec une fréquence radio de 1,4 GHz, s’accompagne d’un autre signal à 2,4 GHz.

Ce détail change tout. Un télescope voisin, l’Australia Telescope Compact Array, disposait d’un moniteur identique. En comparant les deux jeux de données, les chercheurs constatent que le signal à 2,4 GHz est totalement absent de l’autre observatoire. Conclusion immédiate : les perytons ne venaient pas de l’espace, ils devaient provenir de quelque chose de proche du télescope.

Le jour où la cuisine a tout révélé

Le 17 mars 2015, l’équipe teste une hypothèse presque trop simple pour être vraie. Chaque fois que l’appareil de mesure enregistrait un peryton à 1,4 GHz, une autre émission apparaissait autour de 2,3 à 2,5 GHz, une fréquence émise par plusieurs appareils commerciaux dont les fours à micro-ondes. Une analyse minutieuse a montré que les perytons survenaient lorsqu’un four à micro-ondes utilisé par le personnel de l’observatoire pour réchauffer son déjeuner était ouvert prématurément, libérant une bouffée d’énergie.

Trois perytons se déclenchent au moment exact où quelqu’un ouvre la porte du micro-ondes de la cuisine du personnel, avant la fin du cycle de chauffe. Six autres sont ensuite reproduits volontairement avec le four du centre des visiteurs, cette fois en conditions contrôlées. Les tests ont révélé qu’un peryton pouvait être généré à 1,4 GHz lorsque la porte d’un four à micro-ondes était ouverte prématurément et que le télescope se trouvait sous un angle relatif approprié. Le mystère cosmique tenait dans une cantine.

L’émission radio s’échappant des fours à micro-ondes pendant la phase d’arrêt du magnétron expliquait de manière parfaite l’ensemble des propriétés observées des signaux peryton. ce n’est pas le four en marche qui posait problème, mais la fraction de seconde où le magnétron s’éteint après une ouverture précoce de la porte, libérant une décharge d’énergie résiduelle. Un détail technique, presque anecdotique, qui a suffi à brouiller des observations pendant dix-sept ans.

Ce que révèle vraiment cette découverte

La confirmation a eu une conséquence immédiate sur le terrain. La pratique standard dans les observatoires de l’ATNF est désormais d’interdire l’usage des fours à micro-ondes sur site lors des observations dans la bande des 2,4 GHz. Un règlement de cantine devenu protocole scientifique.

Cette clarification a surtout permis de trancher un débat plus vaste. Une fois la source des perytons identifiée, l’équipe a démontré que les micro-ondes du site n’avaient pas pu être à l’origine du sursaut FRB 010724, une différence observationnelle qui montre que les sursauts radio rapides restent d’excellents candidats pour des transitoires réellement extragalactiques. En clair, éliminer le faux signal terrestre a renforcé la crédibilité des vrais signaux cosmiques.

L’anecdote a depuis fait le tour des salles de rédaction scientifiques, tant elle illustre à quel point l’astronomie moderne reste vulnérable à des interférences terre à terre. D’autres radiotélescopes, notamment en Chine, ont connu depuis des soucis comparables avec des appareils électroménagers mal placés. Un four à micro-ondes qui aveugle un instrument capable de sonder les confins de l’univers : voilà qui remet les échelles à leur place.

Sources : researchgate.net | arxiv.org

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