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Les Costariciens élisent dimanche leur président, avec pour grande favorite la candidate du parti conservateur au pouvoir, Laura Fernández, portée par ses promesses de fermeté face à la criminalité, un cap dénoncé par ses rivaux qui craignent une dérive autoritaire. Quelque 3,7 millions de citoyens sont appelés aux urnes afin d'élire également leurs députés pour un mandat de quatre ans.
Le Costa Rica, longtemps réputé pour sa stabilité, est en proie à un trafic de drogue en pleine expansion, accompagné d'une forte violence. La victoire de Laura Fernández élargirait l'assise de la droite en Amérique latine, après ses succès au Chili, en Bolivie, au Pérou et au Honduras. Les bureaux de vote resteront ouverts pendant 12 heures, à partir de 06H00 (12H00 GMT), et les résultats doivent être publiés vers 21H00 (03H00 GMT lundi).
Âgée de 39 ans, cette politologue conservatrice, héritière politique du populaire président Rodrigo Chaves, devance ses rivaux grâce à son programme axé sur la sécurité, principale préoccupation des Costariciens, selon les enquêtes d'opinion. Née dans une province côtière du Pacifique, mère d'une fille de trois ans, cette spécialiste des politiques publiques se dit libérale sur le plan économique et conservatrice sur le plan social. «Nous allons gagner dès le premier tour, et nous allons le faire avec 40 députés !», a lancé l'ancienne ministre à la fin de sa campagne. Pour éviter un second tour le 5 avril, il lui faut 40 % des voix. Selon le dernier sondage de l'Université du Costa Rica (UCR), elle obtiendrait 44 %, bien que 26 % des électeurs soient encore indécis.
Le facteur Bukele
Le taux d'homicides a atteint un pic historique de 17 cas pour 100.000 habitants sous l'administration Chaves, le gouvernement accusant le système judiciaire de laisser les criminels agir en toute impunité. Selon les autorités, la plupart des meurtres sont liés au trafic de drogue, qui a fait du Costa Rica une plaque tournante logistique et d'exportation de stupéfiants.
Laura Fernández propose d'achever la construction d'une méga-prison sur le modèle de celle construite pour les membres de gangs par le président salvadorien Nayib Bukele, qu'elle admire, d'alourdir les peines et d'instaurer l'état d'urgence dans les zones en proie à la violence. «Il y a beaucoup de vols ici, beaucoup de jeunes qui vendent de la drogue», constate Jessenia Ordóñez, habitante d'Alajuelita, un quartier de San José parmi les plus violents du pays.
Mais ses adversaires politiques l'accusent de mettre le pays sur la voie de l'autoritarisme. «On ne devrait pas emprisonner les gens parce qu'ils ont des tatouages», rétorque Álvaro Ramos, candidat du Parti de la libération nationale (social-démocrate), en deuxième position dans les sondages avec moins de 10 % des intentions de vote. Ariel Ramos, du Front large (gauche), affirme que Mme Fernández veut instaurer la démocratie «douteuse» du Salvador, où M. Bukele détient le pouvoir absolu. Selon l'opposition, l'actuel président Chaves continuera de gouverner le pays de 5,2 millions d'habitants en coulisses.
«Des privilèges à l’agonie»
La candidate de droite dénonce par ailleurs «des privilèges à l'agonie», en référence aux pouvoirs de l'État, les analystes expliquant également sa popularité par la colère des habitants envers les personnalités politiques traditionnelles. Une étude de l'UCR indique que le pays a accumulé cinq années de stabilité budgétaire «au prix» d'une réduction des programmes de protection sociale. La question de «comment on gouverne et sous quelles règles» est en jeu, avec l'idée que réduire la violence «peut exiger moins de contrôles, moins de contre-pouvoirs et moins de garanties», met en garde Marcela Piedra, chercheuse à l'UCR.
Le taux de pauvreté a diminué, passant de 18 % en 2024 à 15,2 % en 2025, mais le Costa Rica figure parmi les six pays d'Amérique latine les plus inégalitaires selon l'indice de Gini et est le deuxième pays le plus cher après l'Uruguay, ce dont pâtissent les populations à faibles revenus. L'opposition, qui présente une vingtaine de candidats, vise un second tour ou la formation d'un bloc législatif pour contrer les ambitions de Mme Fernández.


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