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Contre toute attente, les forêts françaises absorbent chaque année moins de carbone qu’il y a 15 ans, et ce qui tue les arbres n’est ni le feu ni la tempête

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La forêt française n’a jamais couvert autant de terrain, et elle continue de s’étendre chaque année. Elle absorbe pourtant beaucoup moins de carbone qu’il y a quinze ans, un renversement qui contredit l’idée reçue selon laquelle plus de surface boisée signifie automatiquement plus de stockage. L’inventaire forestier national de l’IGN révèle des forêts de plus en plus affectées par le changement climatique, avec notamment une accélération de la mortalité des arbres, et une multiplication de crises entraînant un ralentissement du puits de carbone des forêts sur la dernière décennie.

En 2024, la forêt couvre 17,6 millions d’hectares, soit près d’un tiers du territoire hexagonal et corse, c’est 900 000 hectares de plus qu’il y a dix ans, et presque le double de la surface occupée au début du XXe siècle. En quarante ans, les volumes de bois sur pied ont augmenté de près de 50%, renforçant en apparence le rôle de la forêt.

Le puits de carbone, lui, s’essouffle nettement.

À retenir

  • La mortalité des arbres a augmenté de 125% en dix ans, passant de 7,4 à 16,7 millions de mètres cubes de bois mort par an.
  • Les scolytes tuent principalement l’épicéa commun avec 2,4 millions de mètres cubes de bois mort annuels, bien plus que les incendies.
  • Le puits de carbone des forêts est passé de 63 à 39 millions de tonnes de CO2 par an entre 2005-2013 et 2015-2023.

Sommaire

  1. Le mécanisme en trois temps : plus de morts, moins de croissance, autant de coupes
  2. Ce qui tue vraiment les arbres n’est ni le feu ni la tempête
  3. Un pilier de la stratégie climatique française qui vacille

Le mécanisme en trois temps : plus de morts, moins de croissance, autant de coupes

Le ralentissement du puits tient à trois évolutions distinctes, qui s’additionnent plutôt qu’elles ne se compensent. La mortalité des arbres a augmenté de 125% en dix ans, passant de 7,4 à 16,7 millions de mètres cubes de bois mort par an entre les périodes 2005-2013 et 2015-2023, et leur croissance a ralenti de 4% sur la même période. Les prélèvements de la filière bois, eux, sont restés soutenus. Le bilan de ces trois flux, production, mortalité et récolte, se dégrade donc simultanément sur tout le territoire.

Les forêts françaises séquestrent aujourd’hui 39 millions de tonnes de CO2 par an, contre 63 millions sur la période 2005-2013. Le volume de bois mort sur pied a doublé en dix ans, atteignant 159 millions de m³.

Environ 8% des 2,3 milliards d’arbres évalués présentent des symptômes d’altération ou de dépérissement visible, soit près de 193 millions d’individus. Dans certains massifs, face à l’ampleur de crises comme celle des scolytes dans le Nord-Est, les niveaux de mortalité et de prélèvement dépassent désormais la production biologique, si bien que la forêt n’y est plus un puits de carbone à l’heure actuelle. Le bilan y devient localement négatif, au moins temporairement.

Ce qui tue vraiment les arbres n’est ni le feu ni la tempête

Les incendies, spectaculaires l’été dans le Sud et le Sud-Ouest, ne sont pourtant pas la première cause de ce basculement national. L’IGN observe que les régions du Nord-Est, Vosges, Jura, Ardennes, sont les plus sévèrement touchées par un phénomène bien plus discret que le feu.

Le vrai tueur d’arbres se cache sous l’écorce.

L’épicéa commun est l’essence la plus affectée, avec 2,4 millions de mètres cubes de bois mort par an, victime d’une épidémie de scolytes qui creusent des galeries dans le tronc pour y déposer leurs œufs. Le frêne, lui, perd 1,6 million de mètres cubes par an, frappé par la chalarose, une maladie provoquée par un champignon exotique. Le châtaignier subit depuis plusieurs décennies ou quelques années selon les régions deux maladies, l’encre et le chancre, pour 1,7 million de mètres cubes. Le hêtre, le sapin et même le chêne, pourtant réputé plus résistant, voient eux aussi leurs taux de dépérissement grimper d’une campagne d’inventaire à l’autre.

Le froid hivernal régulait autrefois ces populations d’insectes, ce qui n’est plus le cas. Depuis deux ans, les forestiers s’alarment dans plusieurs zones de températures beaucoup trop hautes pour la saison, ce qui crée des conditions parfaitement favorables au développement des scolytes.

Un pilier de la stratégie climatique française qui vacille

La France comptait sur ses écosystèmes forestiers, deuxième plus grand puits de carbone de la planète après les océans, pour jouer un rôle de levier dans la lutte contre les émissions de gaz à effet de serre. La stratégie nationale bas-carbone repose en grande partie sur ce levier naturel. Un ralentissement de sa capacité d’absorption oblige à revoir les marges de manœuvre disponibles pour compenser les émissions des autres secteurs, transports, industrie ou bâtiment.

La marge de manœuvre climatique du pays se réduit.

Un Observatoire des forêts françaises a été lancé en juillet dernier par sept partenaires pour suivre précisément cette dégradation et éclairer les politiques publiques. Sur le terrain, l’Office national des forêts multiplie les expérimentations de migration assistée, en plantant dans des massifs du Nord et de l’Est des essences venues du sud du pays. Le réseau de recherche RENEssences compte aujourd’hui 525 îlots d’avenir, représentant 922 hectares consacrés à tester de nouvelles essences.

Cette bascule se joue justement en cette saison, alors que les forestiers plantent et martèlent les parcelles qui composeront la forêt de 2050. À la pépinière de Guémené-Penfao, en Loire-Atlantique, une expérience de migration assistée initiée en 2011 teste des graines venues du sud de la France, avant qu’elles ne partent en forêt de Verdun, pour préparer l’avenir du hêtre et du chêne sessile.

Sources : adaptation-changement-climatique.gouv.fr | ign.fr | actu-environnement.com

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