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Un conflit est en train d'émerger concernant la répartition de fonds fédéraux destinés à la stratégie de stabilisation du saumon sauvage de l'Atlantique. Le différend oppose les salmoniculteurs, qui élèvent des saumons en enclos marins, à la Fédération du saumon atlantique, un organisme de conservation de l’espèce à l'état sauvage.
Le ton est monté d'un cran au début du mois lorsque le directeur général de l'Association des pisciculteurs du Canada atlantique (ACFFA), Tom Taylor, a officiellement interpellé Ottawa concernant la répartition de 81,7 millions $ destinés à stabiliser les populations de saumon sauvage.
Dans une lettre adressée au premier ministre Mark Carney et à la ministre des Pêches, Joanne Thompson, il exige l'exclusion de la Fédération du saumon atlantique (FSA) du nouveau financement fédéral.
Tom Taylor accuse notamment la FSA d’avoir lancé des campagnes de désinformation visant à dissuader les gens de consommer du saumon d'élevage.
L’une de ces campagnes s’appelle Hors de la table, le pendant canadien d’un opération internationale visant à inciter l’industrie de la restauration à retirer le saumon d’élevage de ses menus. Son site Internet et ses publications sur les réseaux sociaux affirment que le saumon d'élevage est mauvais pour l'environnement, mauvais pour la santé humaine et mauvais pour le saumon sauvage.
Dans le cadre de cette campagne, certains restaurants à Halifax, comme le Wooden Monkey, se disent fiers de n’avoir jamais servi à leurs clients un produit qui engendre des dommages environnementaux considérables et [qui] contient une quantité importante de substances toxiques.
Une campagne pour effrayer les consommateurs?
Tom Taylor est d'avis que ces affirmations sont destinées à effrayer les consommateurs.
Nous estimons qu’il s’agit d’une menace importante, dit-il, ajoutant qu’il craint que l’argent d'Ottawa ne soit utilisé pour des campagnes anti-aquaculture.
Le vice-président des communications de la FSA, Neville Crabbe, explique que la campagne Hors de la table vise à sensibiliser les professionnels de la restauration aux effets néfastes de l’élevage du saumon sur l’environnement.
Nous sommes une organisation de conservation du saumon atlantique sauvage. Nous critiquons l'industrie depuis plus de 20 ans en raison de ses conséquences environnementales néfastes.
Selon le biologiste marin et expert en aquaculture Cyr Couturier, il est stupide d’inciter l'industrie de la restauration à retirer le saumon d'élevage de ses menus. La plus grande source de saumon de l'Atlantique au Canada, c'est l'aquaculture, dit-il.
Et puis, on enlève ça du menu? Mais les Canadiens et les Canadiennes, c'est leur poisson préféré. Alors qu'est-ce qu'ils veulent?
Le président de l’Association du saumon de la rivière Chéticamp, René Aucoin, qui s’affiche clairement aux côtés de la FSA, reconnaît qu’il s’agit d’un choix difficile pour les consommateurs. Les pisciculteurs vont tout faire pour nous enlever notre voix, redoute-t-il.
Une organisation militante financée par l'étranger
Le directeur général de l'ACFFA qualifie la FSA d’organisation militante financée par l’étranger qui souhaite détruire l’industrie du saumon d’élevage du Canada atlantique.
Je n'aime pas ça, en tant que Canadien, que les Américains essaient d'influencer nos politiques de pêche.
Neville Crabbe soutient que la capacité de l'organisation à attirer un soutien dans le monde entier est l'un de ses points forts. Il réfute également l'idée que la FSA tente de faire fermer le secteur du saumon d'élevage, affirmant que la fédération s'oppose simplement à l'expansion géographique de cette pratique.
Fermeture des enclos sur la côte ouest
En juin 2024, Ottawa a annoncé l'interdiction de l'élevage de saumon en enclos ouverts dans les eaux côtières de la Colombie-Britannique d'ici le 30 juin 2029.
Sur la côte atlantique, la compétence est du ressort des provinces. Tom Taylor craint tout de même que les pressions visant à fermer l'aquaculture en mer ne s'étendent.
Pour l'instant, les deux camps campent sur leurs positions.
Tom Taylor n'a pas encore reçu de réponse du premier ministre, mais il espère que la FSA prendra en compte les préoccupations des aquaculteurs.
Avec des informations de Vernon Ramesar, de CBC


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