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Le processus par lequel les tiques contractent des pathogènes et qu’elles les transmettent aux humains a été mis en lumière par des chercheurs de la Faculté de médecine vétérinaire de l’Université de Montréal. Fort de ces informations, ces chercheurs expérimentent maintenant des mesures de prévention visant à nous protéger des infections — la maladie de Lyme et l’anaplasmose — qui découlent de leurs piqûres.
Afin de déterminer comment les tiques acquéraient ces pathogènes en Estrie, les chercheurs ont capturé des animaux vivant dans les forêts de cette région qu’ils ont brièvement anesthésiés afin de prélever de leur sang, de procéder à des biopsies de leurs oreilles et de collecter les tiques qui étaient attachées à leur peau.
La vétérinaire Raphaëlle Audet-Legault, qui a réalisé ce projet de recherche, a ainsi noté que les tamias rayés étaient particulièrement nombreux à être porteurs de bactéries pathogènes pour l’humain. Elle a relevé des taux d’infection par la bactérie Anaplasma phagocytophilum, responsable de l’anaplasmose, de 60 à 70 % chez ces petits rongeurs. Elle a également constaté que les souris à pattes blanches constituaient le second réservoir en importance de cette bactérie. Les chercheurs ont aussi remarqué que ces deux espèces de petits mammifères sont aussi les plus grandes responsables de la transmission de la bactérie Borrelia burgdorferi, qui cause la maladie de Lyme.
« Plusieurs autres espèces animales, telles que les musaraignes et les campagnols, sont impliquées dans ces cycles de transmission, mais à moindre échelle », ajoute Jean-Philippe Rocheleau, vétérinaire épidémiologiste et professeur à la Faculté de médecine vétérinaire de l’Université de Montréal.
Qu’en est-il des cerfs de Virginie, qu’on a souvent accusés d’être porteurs de la maladie de Lyme ? « Les cerfs ont été incriminés, avec raison, pour avoir amené de très grandes populations de tiques dans nos régions. Mais ce ne sont pas eux qui portent et transmettent l’infection », souligne-t-il avant d’expliquer plus précisément la chaîne de transmission de l’infection.
Le cycle des tiques
Les tiques adultes se reproduisent et pondent des milliers d’œufs sur le cerf de Virginie, explique le professeur Jean-Philippe Rocheleau. Ils traversent ensuite trois stades : ceux de larve, de nymphe et d’adulte.
Les œufs et les larves ne portent pas de bactéries pathogènes : ce n’est que lorsque les larves se nourrissent pour se muer en nymphes qu’elles risquent d’acquérir ces pathogènes (si elles se gorgent du sang d’un petit mammifère infecté, par exemple). Une nymphe infectée de cette manière le restera à l’âge adulte. Une nymphe peut aussi devenir infectée en prenant le repas de sang qui lui permet de se transformer en adulte. Enfin, les femelles adultes consomment un dernier repas avant de pondre leurs œufs. Ce sont donc seulement les piqûres de nymphes et d’adultes infectés qui peuvent nous contaminer, nous les humains.
Mais comment larves, nymphes et adultes trouvent-ils l’animal sur lequel ils se nourrissent ? Les larves vont grimper sur la bordure d’une feuille morte ou sur une plante très basse, puisqu’elles sont sensibles à la déshydratation. Une fois qu’elles se sont accrochées à la peau d’un animal, les larves se gorgent de son sang, puis retombent au sol. Plusieurs mois passeront avant que sa mue s’opère.
Les nymphes, quant à elles, se mettent en quête de nourriture en grimpant un peu plus haut dans les plantes, car elles sont un peu plus résistantes que les larves. Les adultes, pour leur part, peuvent monter jusqu’à 70 cm du sol. Les pattes antérieures de ces tiques adultes repèrent leurs possibles hôtes en détectant le CO2 dégagé par leur respiration ainsi que leur mouvement à proximité de la plante sur laquelle elles sont posées.
« Elles s’accrochent très efficacement à nous et, en général, elles vont grimper sur nous jusqu’à ce qu’elles trouvent un endroit où elles peuvent piquer. Mais cela leur prend un certain temps. La tique cherche un peu avant de prendre son repas », fait remarquer Jean-Philippe Rocheleau. « [D’où le fait que] si on détache la tique de notre peau moins de 24 heures après que la tique s’est accrochée sur nous, le risque est presque nul qu’il y ait eu transmission de la bactérie responsable de la maladie de Lyme. Ce laps de temps serait par contre moins long pour la bactérie responsable de l’anaplasmose. »
« Et si la tique doit grimper longtemps sur des vêtements et qu’elle ne trouve pas nécessairement [une surface de peau intéressante] en temps voulu, elle va peut-être se laisser tomber. Et si en plus, on a appliqué du chasse-moustiques sur nos vêtements, ce dernier la repoussera et elle se décrochera encore plus rapidement », poursuit le vétérinaire, qui démontre ainsi le bien-fondé des consignes de prévention.
Pistes de prévention
Grâce à cette meilleure compréhension des cycles de transmission, les chercheurs ont expérimenté des interventions de prévention. Une première effectuée en Estrie et en cours en Montérégie a consisté à introduire dans la nature de petites boîtes à appâts pour rongeurs, qui constituent un grand réservoir de bactéries transmissibles par les tiques, dans lesquelles on a déposé des acaricides, des médicaments vétérinaires qu’on donne aux chiens et chats pour se débarrasser des tiques.
« Quand les tiques vont se nourrir sur les mammifères qui ont consommé ces acaricides, elles meurent. On a obtenu des résultats intéressants, mais on est encore loin d’un produit qui serait commercialisable », affirme M. Rocheleau.
Aussi, dans le cadre du projet Parcs en santé, on a combiné des appâts d’acaricides ciblant les souris et les tamias à l’aménagement d’exclos empêchant les cerfs de Virginie de pénétrer dans certains territoires, « afin de voir si, en contrôlant ces trois espèces, on infléchit le cycle de transmission ou s’il perdure malgré tout à cause d’autres espèces animales », explique le chercheur.
Ce projet se base sur l’hypothèse selon laquelle si on empêche le cerf de Virginie d’aller sur un certain territoire, on diminue en théorie la population de tiques dans celui-ci. Et si les tiques qui y sont déjà meurent en se nourrissant sur des tamias et des souris traités aux acaricides, il ne restera plus qu’un très petit nombre de tiques non infectées dans l’environnement.


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