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Confrontés à une flambée des cours du pétrole depuis le début de la guerre au Moyen-Orient, les États-Unis ont assoupli certaines restrictions ciblant les ventes d’hydrocarbures russes afin de stabiliser le marché. Cette décision, décriée par Kiev et les Européens, profite à la Russie, qui finance son effort de guerre en Ukraine notamment grâce aux rentrées tirées de ses ventes de pétrole et de gaz.
Une mesure limitée
La dérogation accordée par les États-Unis autorise à acheter du pétrole russe se trouvant actuellement en mer jusqu’au 11 avril.
Compte tenu de son caractère temporaire et de ses limites techniques, cette mesure ne devrait pas apporter de gains financiers considérables à la Russie dans l’immédiat, même si elle profite évidemment à Moscou, a indiqué à l’AFP Muyu Xu, experte du secteur pour la société d’analyse Kpler.
Pour elle, « cette mesure permet principalement aux cargaisons de pétrole russe déjà en transit d’achever leur voyage et d’être déchargées », mais il ne s’agit pas d’une levée complète des sanctions.
Le secrétaire au Trésor américain Scott Bessent a assuré que cette décision n’apporterait pas « d’avantage financier significatif au gouvernement russe, qui tire la majorité de ses recettes énergétiques des taxes prélevées au point d’extraction ».
Kpler estime qu’environ 120 millions de barils de brut russe pourraient se trouver en mer à l’heure actuelle. Cela représente environ deux semaines de la production totale de pétrole de la Russie.
Cependant, selon Muyu Xu, la majeure partie de ce volume avait déjà été précommandée par des clients chinois ou indiens, ce qui limite toute augmentation immédiate des commandes après la décision américaine.
Washington avait accordé la semaine dernière une dérogation similaire à New Delhi, ce qui « a donné aux raffineurs indiens un avantage considérable pour s’accaparer la cargaison », explique-t-elle.
Selon les médias, le Japon, la Thaïlande et les Philippines envisageraient d’acheter du brut russe à la suite de la décision américaine. D’autres pays pourraient encore hésiter, car les sanctions européennes sur le pétrole russe sont toujours en vigueur.
Le Kremlin a salué la décision en exhortant les États-Unis à aller encore plus loin. L’émissaire de Vladimir Poutine pour les questions économiques à l’international, Kirill Dmitriev, a assuré que la levée d’autres sanctions visant la Russie était « inévitable » compte tenu de la volatilité du marché mondial de l’énergie.
Ottawa maintien les sanctions
De sont coté, le premier ministre fédéral Mark Carney a annoncé vendredi le maintien des sanctions contre la Russie et sa flotte fantôme de pétroliers.
M. Carney s’est exprimé lors d’une conférence de presse à Bardufoss, en Norvège, aux côtés des dirigeants norvégien et allemand.
Les trois dirigeants ont convenu que les sanctions étaient nécessaires pour maintenir la pression sur la Russie et mettre fin à la guerre en Ukraine, un conflit qui fait rage depuis plus de quatre ans.
Le chancelier allemand Friedrich Merz a déclaré que six des sept dirigeants du G7 s’étaient mis d’accord il y a quelques jours pour ne pas assouplir leurs sanctions contre la Russie.
M. Merz a affirmé avoir été « un peu surpris » d’apprendre ce matin que le gouvernement américain avait pris une décision contraire.
Rentrées budgétaires
Au-delà de la dérogation accordée aux États-Unis, la flambée des prix du pétrole depuis le début de la guerre au Moyen-Orient a contribué à renflouer les caisses de la Russie, affectées par plus de quatre ans de guerre contre l’Ukraine et par les sanctions occidentales.
Le pétrole ESPO russe, généralement acheté par la Chine et l’Inde, se négocie aujourd’hui entre 30 et 40 dollars par baril de plus qu’avant le conflit. Et le prix du pétrole de l’Oural, indice de référence pour le brut russe, a augmenté d’environ 60 % pour atteindre 90 dollars le baril.
Chaque hausse de 10 dollars par baril rapporte 1,6 milliard de dollars supplémentaires par mois en recettes fiscales à l’État russe, selon Sergueï Vakoulenko, du centre d’analyse Carnegie.
Si le scénario d’une hausse de 40 dollars par baril « se maintenait à ce niveau pendant six mois, cela représenterait 38 milliards de dollars supplémentaires » de recettes fiscales pour la Russie, indique-t-il sur Telegram.
Cela suffirait à couvrir la majeure partie du déficit de la Russie pour 2025, qui s’élevait à environ 50 milliards de dollars.
Les recettes pétrolières et gazières — qui représentent environ un cinquième des recettes de l’État russe — ont été affectées par les sanctions occidentales, les problèmes de production et les attaques ukrainiennes contre les installations énergétiques.
La levée des restrictions américaines, qui vise à accroître l’offre pour faire baisser les prix, est une « aubaine pour la flotte fantôme russe », souligne Bridget Diakun, analyste chez Lloyd’s, en référence aux pétroliers opaques utilisés par la Russie pour contourner les sanctions.
« La Russie peut gagner beaucoup d’argent parce qu’on lui a donné carte blanche », estime-t-elle.
Protestations européennes
Sans surprise, la décision américaine a provoqué l’inquiétude de l’Ukraine et de ses alliés européens.
Le président ukrainien Volodymyr Zelensky a estimé que cet assouplissement « renforce la Russie » et « ne contribue certainement pas à la paix ».
Le président français Emmanuel Macron a déclaré que la fermeture du détroit d’Ormuz par l’Iran ne justifiait « en rien » la levée des sanctions contre la Russie.
La Grande-Bretagne a appelé à « maintenir la pression sur la Russie et ses ressources financières ».
Avec Associated Press


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