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Commémorations du combat de Camerone : «La noblesse de servir : une éthique de l’engagement»

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FIGAROVOX/TRIBUNE - Chaque année, la Légion commémore le combat de Camerone, la défaite héroïque d’une compagnie de la Légion étrangère contre les troupes mexicaines, le 30 avril 1863. À cette occasion, Bruno Carpentier, officier de Légion, explique en quoi la noblesse de servir tient, et ce qu’elle dit à chacun d’entre nous.

Écrivain et chroniqueur, Bruno Carpentier a servi dans l’Infanterie pendant 26 ans. Il a été chef de section (94e RI, 126e RI, 13e DBLE), commandant d’unité (1er RE), adjoint Instruction au Centre d’entraînement commando – 9e Zouaves, et officier supérieur à la Légion étrangère.

Il est aujourd’hui officier de la réserve opérationnelle au sein de l’état-major de la Légion étrangère. Il dirige le bureau Rédaction du Livre d’or de la Légion étrangère.


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La noblesse de servir réside dans la fidélité à la parole donnée — à soi-même, à ceux que l’on aime, au drapeau que l’on défend. Pour le légionnaire, l’acte premier de ce cycle commence lorsqu’il reçoit le képi blanc et fait sien le code d’honneur. Venu volontaire, il promet de servir la France avec honneur et fidélité. Mais servir ne signifie pas se soumettre. C’est au contraire l’expression la plus exigeante de la liberté humaine : vouloir ce que l’on fait et assumer la parole donnée.

Ainsi, la formule «noblesse de servir» ne décrit pas une opposition factice, comme si la noblesse impliquait une servitude ; elle exprime une décision ferme, réfléchie, éprouvée.

Servir est le contraire de toute forme de soumission. C’est une manière d’habiter sa liberté. «Être libre, ce n’est pas faire ce que l’on veut», écrit le philosophe Alain, «c’est vouloir ce que l’on fait.» Être libre, c’est être l’acteur de son destin, non son patient. Chaque homme, chaque femme peut se saisir de cette couronne invisible. Il lui suffit de se pencher pour la prendre et de s’aguerrir pour la conserver.

Tout légionnaire suit ce chemin.

La noblesse de servir relève encore d’une certaine idée de la dignité humaine, proche du stoïcisme ou d’un existentialisme civique : l’homme se définit par ses choix, et plus encore par celui qui engage sa vie au service d’autrui. Elle n’est pas une vertu abstraite, mais une pratique incarnée, vécue chaque jour. Elle est parfois une disposition secrète, qui prend la forme d’un appel obscur.

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Puisque «l’âme est et devient ce qu’elle regarde», l’homme tourne son regard vers l’avant. Il élève son cœur — centre véritable de la décision — et se retrouve un jour devant un poste de recrutement, certain de vouloir donner le meilleur de lui-même sans toujours savoir ce à quoi il va se confronter.

Tel ce sous-officier ancien : «À quoi je m’attendais en arrivant ? À rien. Peut-être à tout. » Un autre raconte : «Dunkerque. Je descends à Lille pour me renseigner sur la Légion. Un caporal-chef me fait monter dans une 4L. Nous roulons. La tour Eiffel apparaît. Le lendemain : Marseille Saint-Charles. Puis Aubagne.»

Existe-t-il un déterminisme à servir avec noblesse ? Non. Encore faut-il avoir la chance de frapper à la bonne porte.

La noblesse de servir est une responsabilité librement acceptée.

Elle ne confère pas des droits particuliers : elle impose des devoirs plus lourds. Servir signifie accepter de répondre de la mission reçue, devant les siens, devant la nation, et parfois devant l’histoire elle-même. Dans cette perspective, la dignité se mesure à ce que chacun accepte de donner à la collectivité.

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L’autorité devient la conséquence d’un engagement éprouvé. Celui qui commande ne le fait légitimement qu’en servant davantage ceux qu’il conduit. Ainsi se dessine une hiérarchie avant tout morale : la responsabilité croît avec la charge, et l’exemple précède l’ordre. Les légionnaires le reconnaissent simplement : «C’est une chose d’importance, la discipline à la Légion, l’amour du chef, l’obéissance.»

L’éthique du service pousse cette logique jusqu’à son point extrême. Le légionnaire reçoit une mission et s’y tient parce qu’elle dépasse sa personne. Le code d’honneur l’énonce avec une sobriété qui vaut profession de foi : « La mission est sacrée. Tu l’exécutes jusqu’au bout. » Dans cette formule se lit une conception entière du devoir : l’engagement ne se négocie pas. Il se tient, « à tout prix ».

La figure du légionnaire illustre cette noblesse fondée sur le service. Fidélité, honneur, courage ne sont pas ici des vertus décoratives : elles sont la condition de la confiance collective. Dans une unité où se côtoient des hommes venus d’horizons multiples, si divers, la parole donnée et la fidélité au devoir tiennent lieu d’origine commune. La noblesse n’y sépare pas : elle unit ceux qui acceptent de porter ensemble la charge du fanion.

L’histoire de la Légion étrangère en offre de nombreux exemples. Parmi eux se distingue la figure du prince géorgien Dimitri Amilakvari. Né loin de la France, il choisit pourtant de combattre pour elle — non par naissance, mais par fidélité à sa parole. Tombé à El-Alamein en 1942 à la tête de ses hommes, il incarne cette noblesse qui ne doit rien au sang et tout à l’engagement.

La noblesse de servir ne distingue pas les hommes par ce qu’ils possèdent ni par ce qu’ils héritent, mais par ce qu’ils consentent à donner.

D’autres figures, moins connues, témoignent du même esprit : tel légionnaire qui servit dans l’ombre tout en contribuant à l’édification du mémorial de l’Escadrille La Fayette. Son nom aurait pu être mis en avant ; il choisit de ne pas le faire. Non pour se dissimuler, mais par fidélité à une certaine idée du service, qui préfère l’œuvre accomplie à la reconnaissance publique.

Ainsi comprise, la noblesse de servir ne consacre pas une supériorité : elle exprime une exigence. Elle rappelle que toute communauté repose, en dernier ressort, sur des hommes et des femmes qui acceptent d’assumer la part la plus lourde de la promesse collective. Leur noblesse tient à la responsabilité qu’ils consentent à porter. C’est dans ce consentement que se forme, silencieusement, la véritable aristocratie du service.

La noblesse de servir ne distingue pas les hommes par ce qu’ils possèdent ni par ce qu’ils héritent, mais par ce qu’ils consentent à donner.

La noblesse de servir présente un paradoxe fécond : elle est à la fois égalitaire par son principe et élitiste par ce qu’elle exige. Elle repose sur une possibilité offerte à chacun : celle de s’élever par l’engagement. La tradition républicaine l’exprime clairement. La Déclaration des droits de l’homme et du citoyen de 1789 proclame que «les hommes naissent et demeurent libres et égaux en droits», tout en précisant que les distinctions sociales «ne peuvent être fondées que sur l’utilité commune».

L’égalité ne signifie donc pas l’effacement de toute hiérarchie ; elle signifie que les différences légitimes ne peuvent procéder que du service rendu à la collectivité. La noblesse de servir s’inscrit pleinement dans cette logique. Elle ne distingue pas les hommes par ce qu’ils possèdent ni par ce qu’ils héritent, mais uniquement par ce qu’ils consentent à donner. Sous cet angle, elle apparaît comme l’une des formes les plus exigeantes de l’égalité républicaine : chacun peut accéder à la dignité par l’engagement.

La Légion étrangère en offre une illustration saisissante. Tous ceux qui s’y engagent commencent au même niveau : légionnaire. Quelles que soient leur origine, leur langue ou leur histoire, les volontaires entrent dans la même communauté de devoir. La progression qui suit ne dépend ni du rang social ni du passé personnel : elle se construit dans l’épreuve, par la discipline, la constance et la valeur démontrée au service de la mission.

Cette égalité d’accès n’efface pas la hiérarchie ; elle fonde sa légitimité. Si la noblesse de servir est ouverte à tous, elle ne s’accomplit pleinement que chez ceux qui acceptent d’en assumer les exigences. Servir suppose une discipline intérieure et une disponibilité que peu d’hommes et de femmes consentent durablement. La noblesse qui en découle dévoile une élite de comportement.

Égalitaire par l’accès, élitiste par l’exigence, la noblesse de servir réconcilie ainsi deux principes que l’on oppose souvent : l’égalité républicaine et l’excellence du devoir.

Dans cette perspective, la hiérarchie cesse d’être un privilège pour devenir une responsabilité accrue. Celui qui commande ne se sépare pas de ceux qu’il dirige : il se distingue par la charge qu’il accepte de porter. L’autorité tire sa légitimité non de la distance sociale, mais de l’exemple et de la compétence.

La noblesse de servir rappelle ainsi une vérité simple : l’égalité ne se confond pas avec l’indifférenciation. Une communauté demeure libre lorsqu’elle reconnaît la valeur de ceux qui consentent à se dévouer davantage pour elle. Ces hommes et ces femmes ne forment pas une caste. Ils constituent une avant-garde morale dont la fonction n’est pas de dominer, mais de soutenir la promesse collective.

Égalitaire par l’accès, élitiste par l’exigence, la noblesse de servir réconcilie ainsi deux principes que l’on oppose souvent : l’égalité républicaine et l’excellence du devoir.

La noblesse de servir est une exigence intérieure, un choix moral sans cesse renouvelé. Elle se veut. Elle se prouve. Elle se mesure à la fidélité à la parole donnée et à la responsabilité assumée, jusqu’à l’épreuve du feu s’il le faut.

Par sa pratique quotidienne — silencieuse mais rigoureuse — elle fonde une égalité exigeante : chaque légionnaire, chaque officier de Légion se grandit non par la naissance ni par le titre, mais par la tenue de son engagement.

Accessible à tous, mais sévère dans ses exigences, elle repose sur l’honneur, la fidélité et la responsabilité.

Sans attendre de reconnaissance, ni compter le temps donné.

La voilà, la noblesse de servir.

init sa vie à la Maison de retraite du Souissi, à Rabat où il repose.

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