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Christine Clerc : «Qu’est Saint-Denis devenue ?»

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«La basilique des rois de France n’attire chaque année que 135 000 visiteurs, comparés aux 11 millions que la cathédrale Notre Dame de Paris aura accueillis depuis sa réouverture.»

«La basilique des rois de France n’attire chaque année que 135 000 visiteurs, comparés aux 11 millions que la cathédrale Notre Dame de Paris aura accueillis depuis sa réouverture.» CHRISTOPHE ARCHAMBAULT / AFP

FIGAROVOX/TRIBUNE - Berceau de la basilique qui accueille la nécropole des rois et reines de France, Saint-Denis semble avoir tourné le dos à son héritage, déplore la journaliste. Ses élus devraient pourtant s’attacher à cultiver le rayonnement historique du lieu, estime-t-elle.

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Christine Clerc est journaliste et écrivain. Dernier livre paru : Domenica la diabolique (Éditions de l’Observatoire, 2021).


Les petites filles voilées ont disparu. Leur présence, aux côtés de leur mère en robe longue et voile noir, en vitrine de presque tous les magasins qui bordent l’avenue en face de la basilique, m’avait choquée lors de ma première visite sur les traces d’Emmanuel Macron, au lendemain de son entrée à l’Élysée. Mais les enfants sont désormais réfugiées au fond des cours. Personne ne parle français. À qui s’adresser pour trouver son chemin ? Un taxi m’a amenée de Paris. Mais il a dû me laisser à distance, déclarant ne plus connaître le bon itinéraire, puisque les rues étaient barrées par des camionnettes. Enfin, le clocher ! Ou plutôt, un bout de clocher, puisque le premier grand clocher de la basilique Saint Denis, celui qui figure sur les photos du Centre des monuments nationaux, et dont les prospectus nous expliquent qu’il fut «frappé par de violentes tempêtes au milieu du XIXe siècle» serait enfin, après deux cents ans de vaines prières, en cours de reconstruction.

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L’heure de la messe est passée, et d’ailleurs, je sais bien que, comme d’habitude, la cathédrale n’est pas pleine. Il est 15h, et elle est vide. Seule une jeune femme voilée s’y est installée, dans l’aile droite, apparemment dans le vain espoir de distribuer des prospectus à quelques chrétiens égarés. En face d’elle, devant le premier couple royal Henri II et Catherine de Médicis, qui ouvre la galerie de quelques centaines de gisants parmi lesquels on cite Louis IX, futur Saint Louis, mais aussi Henri II, François 1er, Louis XVI et Marie Antoinette, se trouve, à peine éclairé, le guichet de vente des tickets d’entrée.

Le nouveau maire de la ville Bally Bagayoko devrait s’enorgueillir d’un tel héritage.

Christine Clerc

La basilique des rois de France n’attire chaque année que 135 000 simples curieux ou amateurs d’histoire de France, comparés aux 11 millions de visiteurs que la cathédrale Notre Dame de Paris aura accueillis depuis sa réouverture l’an dernier après cinq années de travaux coûteux mais acharnés.

On aurait pu espérer que cet exemple inspirerait les élus de Saint Denis, à commencer par le nouveau maire Bally Bagayoko, 52 ans, issu d’une famille malienne et père de quatre enfants. Quel honneur de se voir promu à la tête de la ville des rois de France ! Inscrit à LFI, le parti de Jean-Luc Mélenchon, Bagayoko aurait pu, comme son mentor (qui ne méprise pas les rois, connaît par cœur leur histoire et revendique même parfois l’honneur de Louis XI et Philippe le Bel !) s’enorgueillir d’un tel héritage. Il aurait pu se promettre de le perpétuer dans «la ville des rois morts et du peuple vivant» comme la désignait le poète Jean Marcenac, ami de Paul Éluard et professeur dans un lycée de Saint Denis, qu’il aime citer sans le comprendre. Mais il s’est contenté, en signe de révolution, de décrocher de son nouveau bureau le portrait du président de la République Emmanuel Macron. Quel courage ! Ou déjà, quel signe d’impuissance!

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