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FIGAROVOX/TRIBUNE - La multiplication par deux du budget alloué à la défense n’est pas suffisante pour refaire de la France une puissance qui compte, assurent l’économiste et l’entrepreneur. Mais tant que nous ne corrigerons pas les défaillances de notre modèle social, nous ne pourrons espérer mieux.
Christian Saint-Étienne est économiste universitaire. Son dernier livre, Trump et nous : comment sauver la France et l’Europe, est publié aux éditions Odile Jacob. Thibault Bechetoille est entrepreneur, administrateur et ancien président de CroissancePlus. Il publie Mettre l’entrepreneur au cœur du système aux éditions Verone.
Le retour de la puissance est au cœur des préoccupations politiques et géopolitiques du pays. « Pour être libre il faut être craint ; pour être craint il faut être puissant » se plaît à répéter Emmanuel Macron, qui en fait désormais le mantra de sa fin de mandature. Dès lors se pose la question des voies de la puissance. Dans le domaine régalien, chacun attend à bon droit un surinvestissement de la puissance publique pour réparer une armée paupérisée et garantir un effet dissuasif suffisant vis-à-vis de nos compétiteurs, à commencer par la Russie. Si l’intention est bonne, le doublement des crédits de la défense n’a pourtant permis que de maintenir la dimension actuelle de notre outil militaire, en améliorant dans une certaine mesure les stocks de munition.
Cet investissement public bienvenu mais insuffisant révèle en soi la racine de notre problème : notre incapacité à faire face à nos grands besoins d’investissement, tant la richesse décroissante de notre pays est captée par les revenus de transferts, tels que le chômage, les retraites et les allocations. Pour le dire autrement : nous n’avons pas les moyens de faire beaucoup mieux que ce que nous avons actuellement, faute d’argent. Mais alors, pourquoi la dépense publique ne suffit pas à rétablir notre puissance ?
Ces structures, lorsqu’elles sont fonctionnelles, règlent à elles seules une grande partie des problèmes sociaux comme le chômage, la solitude ou encore l’aide aux plus pauvres.
Car avant d’être le fruit d’un investissement public, la puissance d’une nation est le résultat d’une société vivante et d’une économie prospère. Une société vivante, cela signifie une société dont les structures organiques fonctionnent : familles, associations, entreprises, quartiers, villes. Ces structures, lorsqu’elles sont fonctionnelles, règlent à elles seules une grande partie des problèmes sociaux comme le chômage, la solitude ou encore l’aide aux plus pauvres. Notre problème, en France, est la captation de ces fonctions sociales par l’État, qui entraîne progressivement l’étouffement de tout esprit d’initiative. Sous la pression de politiciens démagogues, mais aussi à notre demande de citoyens toujours désireux de soutien et de gratifications, l’État est devenu extensif et intégré à l’ensemble des problèmes de notre vie quotidienne, des primes pour le carburant à celle pour le recyclage des vêtements, en passant par l’achat de fournitures scolaires ou au remboursement des cures thermales. En élargissant indéfiniment ses compétences et en dispersant ses moyens, la puissance publique a ainsi progressivement perdu son efficacité sur les sujets cruciaux : les administrations régaliennes peinent à répondre au retour des empires, des frontières et des conflits, et les principales pathologies sociales, comme le chômage ou la criminalité, ont plutôt tendance à empirer.
En outre, le coût de cet ultra-interventionnisme se paie cash, par une économie surtaxée qui ne parvient pas à suivre la hausse des dépenses et des prélèvements. Conséquence : moins d’investissement, moins d’embauches, moins d’innovation, et moins de bons salaires. C’est ce cercle vicieux de l’étouffement qui doit être rompu au cours des prochaines échéances électorales. Alors que de trop nombreux candidats parlent de meilleure allocation des dépenses et des recettes ou d’un meilleur dimensionnement de la dépense publique, nous pensons que le problème est davantage systémique. Nous devons collectivement accepter que l’État ne puisse pas tout résoudre, et que son action est en revanche essentielle sur certains points précis, notamment régaliens, qui ne peuvent être confiés à l’initiative privée. En réalité, il ne s’agit ni de tronçonner, ni de davantage taxer les riches. Notre question est : à quoi tenons-nous et quel est le plus important dans notre modèle de société ? Une défense forte, une diplomatie efficace et une justice fonctionnelle et humaine : nul doute que ce sont les compétences de l’État, qui doit trouver de nouvelles marges de manœuvre pour améliorer ses missions. En revanche, pour l’ensemble de la solidarité sociale, pour le lien intergénérationnel, pour le soutien économique des personnes et des entreprises, l’État est-il le mieux placé pour obtenir des résultats ? Quelle part de notre responsabilité individuelle peut être déchargée sur le collectif, et quelle part de cette responsabilité doit à l’inverse être redécouverte, soutenue et amplifiée ?
Comment pouvons-nous regagner en authenticité dans nos débats politiques, afin de ne plus parler aux citoyens comme à des enfants ou des cibles marketing à flatter, mais comme des adultes, capables d’assumer leur propre responsabilité ?
Nous pensons que la vraie puissance d’une nation est d’abord liée à la vitalité de son métabolisme social. Avant de parler des menus de cantine scolaire ou de l’âge de départ en retraite, nous devons nous mettre d’accord sur notre destination commune et sur un socle de valeurs : confiance, responsabilité, liberté, esprit d’initiative et bien sûr fraternité. Cette fraternité, si importante pour nous tous, doit-elle être étatisée ? Comment pouvons-nous regagner en authenticité dans nos débats politiques, afin de ne plus parler aux citoyens comme à des enfants ou des cibles marketing à flatter, mais comme des adultes, capables d’assumer leur propre responsabilité ?
En réalité, la France n’a pas un problème de ressources mais un problème de système. Plutôt que de parler paramètres, employons le grand débat démocratique qui s’ouvre comme un moment de réflexion en profondeur sur nos priorités, le sens de notre communauté nationale et les attentes qui nous réunissent. C’est à ce prix que nous pourrons être plus puissants ensemble, et donc plus libres.


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