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Par Alexandre Latreuille
Le 2 juillet 2026 à 14h46
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FIGAROVOX/TRIBUNE - Les plus grands succès culturels de ces dernières décennies sont nés ou se sont épanouis loin de Paris, analyse le rédacteur en chef adjoint de la Fringale Culturelle. Car la France ne doit pas seulement son rayonnement culturel de la France aux institutions prestigieuses de la capitale, ajoute-t-il.
Pour la plus grande joie des territoires, l’été est la saison des festivals. Mais, avant toute confusion, chers lecteurs, il n’y a nul mépris à évoquer la « province », c’est-à-dire tous les territoires français situés en dehors du périphérique parisien. Car la question n’est pas de savoir si la province sauvera la culture française, mais si la culture française peut encore se permettre de ne compter que sur Paris. De Marciac à Avignon, de Carhaix à la Vendée, certains de ses succès culturels les plus remarquables de ces dernières décennies sont nés, ou se sont consolidés, loin de la capitale.
Il est vrai que Paris a longtemps été le cœur battant de la vie culturelle française. Pourtant, certains des événements les plus vivants et les plus populaires se déroulent aujourd’hui loin de la Ville Lumière. Jazz in Marciac, les Vieilles Charrues, le Puy du Fou, la Foire aux vins de Colmar ou le Festival d’Avignon montrent que l’excellence culturelle rayonne à travers tout le territoire. Loin d’être une culture de substitution, la culture des territoires est devenue l’un des principaux moteurs de la création française. La création culturelle retrouve l’air du pays réel.
Car face à une mondialisation culturelle qui tend à uniformiser les goûts et les programmations, les territoires offrent, au contraire, un ancrage, une histoire, une identité. Ils rappellent qu’une œuvre culturelle ne naît pas seulement d’un financement ou d’une institution, mais d’un lieu, d’une mémoire et d’une communauté qui se l’approprie. Depuis près de cinquante ans, Marciac n’est pas seulement le plus grand festival de jazz en Europe : c’est un village qui s’est approprié un projet culturel et en a fait une aventure collective. Jean-Louis Guilhaumon, maire de la commune, l’affirme avec enthousiasme dans les pages de La Fringale Culturelle : « Jazz in Marciac est devenu un véritable projet culturel de territoire. » Et d’ajouter : « Pour un village de 1 300 habitants, le festival est une manière de dire que la ruralité peut aussi être un lieu d’innovation culturelle. »
Le succès de nombreux festivals et institutions hors de Paris démontre qu’une grande nation culturelle ne repose pas sur une seule ville. Elle repose sur un peuple qui continue de faire vivre sa culture partout où il habite.
Dans une société de plus en plus fragmentée, les festivals de province demeurent souvent des moments de rencontre entre générations, catégories sociales et habitants d’un même territoire. Ils constituent de véritables espaces de sociabilité que les grandes villes peinent parfois à offrir. Ce sont désormais les communautés qui portent la culture, et non plus seulement les institutions. Là réside peut-être leur plus grande force.
La capitale conserve les grandes écoles, les maisons d’édition et de disques, les médias et les grandes institutions. Mais ce sont les villes moyennes et les territoires ruraux où le public le plus fidèle répond présent, portés par l’énergie d’équipes réduites elles-mêmes soutenues par des bénévoles. Là où Paris concentre les moyens, les territoires démontrent que l’engagement peut encore déplacer des montagnes. Ainsi, la province se réapproprie la culture.
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Depuis les années Malraux - disparu il y a bientôt cinquante ans - et les politiques de décentralisation, la France a vu se constituer un maillage culturel exceptionnel. Le succès de nombreux festivals et institutions hors de Paris démontre qu’une grande nation culturelle ne repose pas sur une seule ville. Elle repose sur un peuple qui continue de faire vivre sa culture partout où il habite.
Si la France demeure une nation culturelle, ce n’est pas seulement grâce aux institutions prestigieuses de la capitale. C’est aussi parce qu’à Marciac, à Avignon, à Carhaix et dans tant d’autres villes, des citoyens continuent de croire que la culture n’est pas un luxe, mais une manière d’habiter un lieu et de faire société. La province ne sauvera peut-être pas, à elle seule, la culture française. Mais sans elle, elle ne sera pas sauvée.


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