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FIGAROVOX/TRIBUNE - Comme la canicule, la crise des finances publiques est prévisible, estime l’économiste, pour qui seule une réforme structurelle de l’administration et de la protection sociale permettrait d’y répondre.
Économiste et essayiste, Nicolas Bouzou a fondé le cabinet d’études économiques Asterès. Dernier livre paru : L’Éternel Sursaut. Une histoire confiante de la France (XO Éditions).
La crise des finances publiques est aussi prévisible que la multiplication des canicules. En revanche, comme ses conséquences ne sont pas encore concrètes, contrairement aux vagues de chaleur, elle n’intéresse personne. Certes, il existe bien quelques éditorialistes et personnalités politiques qui s’en émeuvent mais en réalité, très peu de nos concitoyens – figures publiques ou non – s’y intéressent sérieusement. Pourtant, les chiffres les plus récents dont nous disposons sur le sujet sont alarmants. Il faut dire les choses telles qu’elles sont : le dérapage de nos finances publiques est hors de contrôle. Nous arrivons au bout du modèle « État solution à tout + État-providence magique » et nous devons en tirer les conséquences, sauf à prendre le risque de voir sombrer notre économie.
Déjà, regardons les chiffres tels qu’ils sont. Cette année, le déficit public prévu dans le budget restera supérieur à 5 % du PIB, sans amélioration réelle par rapport à une année 2025 déjà navrante en la matière (5,1 %). Mais on parle là d’une prévision. Les données publiques disponibles sur le premier trimestre montrent des dépenses en hausse de plus de 3 milliards d’euros. Du côté de la Sécurité sociale, le déficit, censé être ramené à 17 milliards, dériverait déjà vers 23 milliards, tiré par la branche maladie (13 milliards) et la branche vieillesse (près de 8 milliards). Notre pays n’a pourtant connu ni pandémie, ni récession, ni envol du chômage qui puisse expliquer un tel fiasco.
Or non seulement nous ne menons aucune action, si faible soit-elle, qui aille dans la bonne direction, mais nous allons joyeusement dans le mur.
Nicolas BouzouÉtant donné la trajectoire relative des dépenses et des recettes, et une fois éteintes les taxes exceptionnelles, le déficit pourrait approcher 6 % du PIB en 2027, voire davantage, en pleine année présidentielle ce qui devra nécessairement colorer les débats. Concernant l’État, Il faut bien comprendre que, les taux d’intérêt fixés sur les marchés obligataires étant structurellement orientés à la hausse, la dette publique est en passe d’être prise dans un effet boule de neige. À partir du moment où le taux d’intérêt apparent de la dette dépasse le taux de croissance nominal de l’économie (la somme de la croissance réelle et de l’inflation), seule une action très volontariste de réduction des déficits peut éviter une situation financière incontrôlable. Nous y sommes presque : la charge de la dette, déjà équivalente en 2025 au budget de l’Éducation nationale (62 milliards), file vers 74 milliards cette année, et la France emprunte désormais à des taux voisins de ceux de l’Italie et de la Grèce, dont la dette est pourtant supérieure. Or non seulement nous ne menons aucune action, si faible soit-elle, qui aille dans la bonne direction, mais nous allons joyeusement dans le mur.
Le gouvernement aura forcément à annoncer au cours de l’été des mesures pénibles afin de colmater les brèches. Mais chacun doit bien comprendre que notre modèle économique ne tient plus debout. Nul besoin de dire que, malheureusement, aucun des « grands » candidats à l’élection présidentielle ne propose un projet suffisamment précis et ambitieux pour régler le problème. Marine Le Pen redit sur France Culture il y a quelques jours que son objectif en matière de retraite était le retour définitif aux 62 ans. On se pince pour y croire.
Ce ne sont pas des mesures ponctuelles, des suppressions d’agences, des rationnements de crédits, des désindexations des retraites ou autres qui changeront quoi que ce soit au problème. Ce genre de dispositions permet de gagner quelques mois, ni plus ni moins. Les augmentations de prélèvements obligatoires sont quant à elles totalement inopérantes. Sur presque toutes les bases fiscales, en particulier celles qui frappent les entreprises et les hauts revenus, la France est au sommet voire sur la droite de la courbe de Laffer. En d’autres termes, les hausses de taux ont dans le meilleur des cas un rendement nul, dans le pire des cas un rendement négatif.
C’est toute une organisation de l’administration et de la protection sociale de notre pays qui est à revoir autour de trois principes simples : la responsabilité, l’efficacité, la sobriété. Mais pour discuter de ces principes, il est une première condition à remplir : être lucide sur la situation budgétaire. Nous en sommes encore loin.


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