Au Pérou, deux municipalités ont dernièrement accordé des droits juridiques à de nombreuses espèces d’abeilles. Cette décision devrait leur assurer une protection relative à leurs conditions de vie, leur habitat mais également, une réelle représentation devant les tribunaux. Or, ce type de mesure est tout à fait unique en ce qui concerne des insectes.
Des abeilles vitales pour la nature et l’humain
Le terme Meliponini désigne une tribu – rang taxonomique intermédiaire – d’abeilles sans dard regroupant environ 550 espèces réparties dans 58 genres. Vivant principalement dans les régions tropicales et subtropicales, avec une grande diversité en Amérique centrale et du Sud (Amazonie), ces abeilles se caractérisent par un comportement social complexe mais également, par la production d’un miel acidulé. Or, ces insectes ont récemment fait parler d’eux, comme en témoigne un article du quotidien The Guardian du 29 décembre 2025.
Dans les faits, les communes de Nauta et Satipo (Pérou) on pris un arrêté municipal accordant des droits aux abeilles Meliponini. Il s’agit ici d’une décision sans équivalent dans le monde car en effet, jamais aucun insecte n’avait jusqu’ici reçu de droits juridiques. Concrètement, les abeilles ont désormais le droit d’exister et de prospérer dans un habitat sain et exempt de pollution, dans des conditions climatiques stables mais aussi, de bénéficier d’une représentation légale. La mesure s’applique au territoire de la réserve de biosphère d’Avireri Vraem au Pérou, couvrant plus de 4 millions d’hectares et abritant plus d’une dizaine d’écosystèmes différents.
Il faut dire que, faisant partie des plus anciennes sur Terre, ces abeilles sont vitales. En effet, ces dernières sont élevées par les peuples autochtones d’Amazonie depuis l’époque précolombienne et y sont responsables de la pollinisation de plus de 80% de la flore, notamment des cultures très importantes comme l’avocat, le cacao ou encore, le café.
Crédit : José Reynaldo da Fonseca / Wikimedia CommonsMalmenées mais désormais protégées
Malheureusement, les abeilles Meliponini doivent faire face à de nombreux problèmes, notamment la déforestation, l’exposition aux pesticides et l’inévitable réchauffement climatique. Elles sont également dans l’obligation de composer avec la concurrence d’autres abeilles, que les colons du XVIe siècle ont importé d’Europe. Toutefois, il est aussi parfois question d’expériences aux conséquences néfastes, comme celle menée au Brésil dans les années 1950 ayant débouché sur la création d’une nouvelle espèce : l’abeille tueuse africaine. Très agressive, celle-ci oppose une concurrence féroce aux abeilles Meliponini et ce, dans leur propre habitat naturel.
A l’international, la décision des municipalités de Nauta et Satipo a rapidement fait de nombreux émules. En effet, une pétition circule un peu partout, appelant le Pérou à généraliser les droits de ces abeilles sur l’ensemble de son territoire. Par ailleurs, des associations dans divers pays, notamment en Bolivie, aux Etats-Unis et aux Pays-Bas voudraient s’inspirer de la décision péruvienne afin de mieux protéger leurs propres abeilles sauvages.
Enfin, il est important de souligner que la mesure relative à ces abeilles représente une grande victoire en droit de l’environnement. Cette dernière fait écho à d’autres décisions, notamment celle de la Nouvelle-Zélande ayant accordé au fleuve Whanganui un statut de personnalité juridique en 2017. La même année, l’Inde en avait fait de même avec le Gange, bien que le jugement ait été cassé quelques mois plus tard. Ce type de décision malheureusement rares ont la même idée, à savoir celle de mieux protéger en saisissant la justice en cas de besoin.


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