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Une centaine de personnes ont manifesté mercredi devant les bureaux du médecin-hygiéniste en chef de l’Ontario, à Toronto, afin de dénoncer la fermeture des premiers centres de consommation supervisée.
Organisé par le Harm Reduction Advocacy Collective (HRAC), l’événement visait à marquer la date anniversaire des premiers centres fermés à la suite de l’adoption de la Loi de 2024 visant à accroître la sécurité dans les rues et à renforcer les collectivités interdisant les centres de consommation et de traitement à moins de 200 mètres d’une école ou d’une garderie, ce qui a entraîné la fermeture de 10 établissements.
Le gouvernement Ford a également annoncé, à la mi-mars, qu’il couperait les fonds à huit autres centres le 13 juin, touchant ainsi les deux derniers établissements encore actifs dans la Ville Reine ainsi que d’autres à Ottawa, London, Kingston et Peterborough.

Marina Classen, gestionnaire de cas chez Breakaway Community Services
Photo : Radio-Canada / Jessica Chen
Pour Marina Claussen, organisatrice au sein du HRAC, le silence du médecin-hygiéniste en chef de l’Ontario, le Dr Kieran Moore, est tout simplement inacceptable compte tenu de l’impact qu’ont les décisions du gouvernement Ford. Les autorités persistent à réduire les financements en sachant pertinemment que des vies seront perdues, indique-t-elle.
Comme l’ensemble des participants, Mme Claussen réclame le maintien intégral du financement de tous les centres de consommation supervisée et l’abrogation de la loi adoptée en 2024 ainsi que de Loi de 2025 pour des municipalités plus sûres qui restreint la consommation de drogues en public, autorisant la police à intervenir et de la Loi de 2025 pour protéger l’Ontario, qui est critiqué pour son impact potentiel sur les sans-abris.
L’organisatrice exige aussi que le gouvernement base ses décisions sur les données probantes en matière de santé et de santé publique au lieu de se laisser guider par les caprices d’une lutte politique et morale.
Notre objectif est de sauver des vies.
Des centres extrêmement efficaces
Lydia Mills est infirmière et travaille auprès des personnes de la rue. Elle est à même de voir les dégâts causés par la consommation de drogues.
Je sers, principalement des personnes sans domicile fixe, dont beaucoup consomment des substances. Je vois leurs décès, la dégradation de leur santé et de leur bien-être. Et je constate les ravages que ces fermetures causent aux membres les plus vulnérables de notre communauté, souligne-t-elle pour expliquer sa présence à la manifestation.
Elle et ses collègues constateraient d’ailleurs une forte augmentation des surdoses non rapportées dans la communauté. Ces personnes sont beaucoup plus susceptibles de subir des lésions cérébrales permanentes et de mourir d’une surdose que celles fréquentant un centre de consommation supervisée où aucun décès n’a été recensé, insiste-t-elle en ajoutant qu’elle observe également une dégradation générale de la santé et du bien-être de la clientèle qu’elle soigne.

Organisé par le Harm Reduction Advocacy Collective, l’événement visait à marquer la date anniversaire des premiers centres fermés à la suite de l’adoption d’une loi en 2024.
Photo : Radio-Canada / Jessica Chen
Elles n’ont pas accès aux services de santé et sociaux de la même manière, car les centres de consommation supervisée permettent également de leur donner des soins primaires. Ils proposent des soins préventifs et des dépistages ainsi que des soins des plaies et des traitements, des infections , rappelle-t-elle en ajoutant que les centres de consommation supervisée étaient extrêmement inefficaces.
Elle s’attend d’ailleurs à voir les effets de la fermeture des prochains centres probablement immédiatement, soulignant que les deux sites restants à Toronto accueillent jusqu’à 300 personnes par jour.
Ces 300 personnes n’auront plus aucun endroit où consommer des drogues en toute sécurité ni où se faire soigner. Il y aura donc un effet immédiat, avec une augmentation de la consommation de drogues en public et des surdoses dans les espaces publics, où le risque de décès est très élevé , indique-t-elle en ajoutant que les possibilités de trouver des seringues usagées à l’extérieur risquent également d’augmenter.
L’appui de six anciens maires de Toronto
Le HRAC peut également compter sur l’appui de six anciens maires de Toronto.
Dans une lettre adressé à Doug Ford et rendue public le 25 mars dernier, David Crombie, Art Eggleton, Barnara Hall, David Miller, John Sewell et John Tory demandent à la province de revenir sur sa décision de fermer les centres de consommation supervisée.
Ces fermetures de sites, qui offrent des services de santé et des services sociaux intégrés ainsi que des installations de contrôle des drogues, ont causé de nombreux préjudices physiques et des décès, et ont entraîné une augmentation des dépenses publiques, sans aucun résultat positif, affirment les signataires de la lettre.
Ceux-ci y soulignent, entre autres, la hausse des appels concernant des surdoses d’opioïdes non mortelles reçus par les services paramédicaux de Toronto.
Les données révèlent une augmentation de 82 % des appels pour suspicion de surdose d’opioïdes entre le 1er avril 2025 et janvier 2026. On comptait 160 appels de ce type en avril de l’année dernière et 350 en janvier dernier.
Cette situation marque un renversement de la tendance à la baisse des appels concernant des surdoses d’opioïdes non mortelles observée dans la province entre 2023 et début 2025.

Dans leurs discours, les membres du Harm Reduction Advocacy Collective, organisateur du rassemblement, ont imputé plusieurs décès à la fermeture forcée de centres de consommation supervisée par le gouvernement provincial.
Photo : Radio-Canada / Jessica Chen
Les surdoses mortelles d’opioïdes ont également diminué de façon générale d’une année à l’autre depuis le pic atteint pendant la pandémie de COVID-19.
En 2021, le taux de mortalité lié à la toxicité des opioïdes a atteint un niveau record de 19,4 décès pour 100 000 habitants, soit plus du double du taux de 9,1 décès enregistré en 2017.
Dès 2025, ce taux avait diminué de moitié par rapport au pic atteint pendant la pandémie, pour s’établir à 8,5 décès pour 100 000 habitants.
Plus de 2200 Ontariens sont décédés à la suite d’une surdose d’opioïdes en 2024, dernière année complète pour laquelle des données sont disponibles, contre plus de 2600 en 2023.
La province priorise les centres HART
Dans une déclaration écrite transmise à Radio-Canada, Ema Popovic, porte-parole de la ministre de la Santé, Sylvia Jones, a indiqué que le gouvernement ne comptait pas revenir sur sa décision.
Au lieu de donner aux gens les moyens de consommer des drogues illégales et nocives, notre gouvernement les aide à sortir du cercle vicieux de la toxicomanie en investissant massivement dans les services de santé mentale et l’accompagnement global , indique-t-elle, affirmant que l’Ontario a investi 550 millions de dollars pour la construction de 28 centres de traitement et de rétablissement pour les personnes sans-abri et toxicomanes (HART) afin de remplacer ce que la porte-parole qualifie d’ approche inefficace des sites d’injection supervisée.
Ces centres offrent aux personnes aux prises avec des problèmes de santé mentale un soutien 24 heures sur 24 et sept jours sur sept pour les orienter vers des options de traitement et de rétablissement, tout en les aidant à briser le cycle de la dépendance, soutient Mme Popovic en ajoutant que les centres HART ajouteront également des logements supervisés, en plus des lits pour le traitement et le rétablissement de la toxicomanie.
Selon la porte-parole de la ministre Jones, les plus récentes données du Bureau du coroner en chef indiqueraient une diminution des décès présumés liés à la drogue dans la province par rapport à l’an dernier. Selon les données de la Ville de Toronto, les décès présumés liés aux opioïdes ont diminué de près de 45 % entre 2024 et 2025, et de plus de 75 % entre 2023 et 2025 ajoute-t-elle.
Elle conclut en affirmant que les données de l’Alberta, où le gouvernement a également cessé de financer les sites d’injection supervisée, montraient qu’il n’y a eu aucune différence dans le nombre de visites aux urgences ni dans le nombre de décès liés aux opioïdes après la fermeture de ces sites.
Radio-Canada n’a pu confirmer ses chiffres avant la publication de cet article.
Avec les informations de La Presse canadienne


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