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Centrale au gaz : une décision risquée et évaluée superficiellement, selon le VG

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Le vérificateur général du Nouveau-Brunswick critique le projet de centrale au gaz naturel à Tantramar, quelques jours seulement après l'approbation de la Commission de l’énergie et des services publics. Dans son rapport, Paul Martin indique qu'Énergie NB n'a pas suffisamment étudié le projet et s'expose ainsi à d'importants risques financiers.

Le vérificateur général précise que son étude n'est pas aussi complète que celles qu'il a l'habitude de mener, mais qu'il sentait le besoin de la publier le plus rapidement possible.

La société de la Couronne s’est alliée à une filiale de Proenergy, une entreprise américaine, pour mener ce projet. La centrale doit produire 400 mégawatts pour le Nouveau-Brunswick et répondre à un manque potentiel d'électricité dans les années à venir.

Sur cet aspect, Paul Martin est d’accord avec Énergie NB, bien qu’il ait fait l’objet de débats devant la Commission de l’énergie et des services publics. La société de la Couronne doit effectivement augmenter sa production, indique-t-il dans son rapport publié mardi.

Pau Martin lit un extrait du rapport.

Le vérificateur général du Nouveau-Brunswick, Paul Martin, présente son rapport devant le comité des comptes publics de l'Assemblée législative.

Photo : Assemblée législative du N.-B.

En revanche, le vérificateur général remet en question la démarche d’Énergie NB de sélectionner une centrale au gaz naturel, plutôt qu'une autre solution, comme le stockage par batterie ou les petits réacteurs modulaires.

Selon le vérificateur général, l’analyse de solutions de rechange à la centrale n’a été menée qu’après la signature de l’entente de paiement entre Énergie NB et la filiale de Proenergy.

Des travailleurs installent une batterie de stockage.

Une batterie de stockage installée au Texas (Photo d'archives).

Photo : Gracieuseté Evolugen

Comme cette analyse a été réalisée après que l’orientation du projet avait déjà été établie et que l’entente avait été signée, elle ne démontre pas que les solutions de rechange ont été rigoureusement évaluées avant la décision d’aller de l’avant avec les turbines à combustion bicombustibles, écrit Paul Martin.

Le modèle

Pendant 25 ans, à partir du 1er août 2028, Énergie NB va acheter de l’énergie de la filiale de l’entreprise américaine, qui se chargera de construire la centrale et en sera propriétaire.

Paul Martin affirme que cela coûtera plus de 2,8 milliards de dollars à la société de la Couronne.

Une enseigne indiquant le lieu des consultations.

L'entreprise américaine Proenergy a tenu des consultations publiques en personne au sujet d'une nouvelle centrale au gaz naturel à Tantramar l'an dernier. (Photo d'archives)

Photo : Radio-Canada / Frédéric Cammarano

Le vérificateur général affirme que la société de la Couronne aurait pu elle-même choisir de construire la centrale et donc de la posséder, une option qui, selon Paul Martin, aurait coûté 700 millions de dollars de moins.

L’approche du modèle de partenariat est devenue l’option préférée dans la pratique avant que la décision du modèle de propriété contre le modèle de partenariat n’ait été étayée par des preuves, constate-t-il.

D'autres ratés

La liste des ratés ne s’arrête pas là, selon le vérificateur général.

Paul Martin avance une absence de plan d’urgence, au cas où le projet ne pouvait aller de l'avant.

Il affirme que le partenariat autochtone, qui doit faire partie de ce projet, n’est toujours pas en place.

Le vérificateur général avance aussi qu’Énergie NB n’a pas respecté sa propre politique en matière de diligence raisonnable.

Des casques de travailleurs d'Énergie NB sur une tablette.

Énergie NB n'a pas respecté sa propre politique, selon Paul Martin. (Photo d'archives)

Photo : Brice McVicar

La succession de décisions clés a augmenté les risques liés à la gouvernance, aux finances et à la réglementation. En résumé, un besoin identifié du système a été traité par un processus de prise de décision qui n’a pas procédé dans l’ordre le plus clair ou le plus discipliné, conclut-il.

Selon le vérificateur général, la plupart des risques, sinon tous, sont assumés par Énergie NB, citant plusieurs exemples.

La société de la Couronne s'expose par exemple à des pénalités si elle ne respecte pas certains échéanciers dans son entente avec Proenergy. Sans entente avec les Autochtones, l'entreprise américaine peut se retirer du projet, par exemple.

Énergie NB est responsable du respect de plusieurs directives environnementales, notamment sur les émissions.

Il semble que nous signons une entente pour que quelqu'un se charge de ça pour nous, mais nous payons le prix fort, dit Paul Martin.

Énergie NB répond

Énergie NB a répondu au vérificateur général dans une lettre publiée dans son entièreté dans le rapport.

Une femme en entrevue devant des journalistes.

Lori Clark, présidente-directrice générale d'Énergie NB

Photo : Brice McVicar

Selon la PDG d'Énergie NB, Lori Clark, cette lettre permet d'apporter des précisions quant au contexte dans lequel s'est prise la décision de construire une centrale au gaz.

Énergie NB conteste certaines affirmations du vérificateur général, se permettant de parler de caractérisations.

La société de la Couronne dit avoir étudié des solutions de rechange avant d’avoir choisi la centrale au gaz naturel, renvoyant à des documents de planification produits en 2023 et en 2024.

Ces documents évaluaient une vaste gamme d’options relatives à l’offre et à la demande dans le cadre de multiples scénarios et horizons de planification. Les analyses ont toujours fait ressortir le besoin d’une capacité répartissable capable de fonctionner de façon fiable pendant les périodes de pointe de l’hiver, écrit Lori Clark.

Une ligne de transmission à Centre Village.

Une ligne de transmission à Centre Village

Photo : Radio-Canada

Elle affirme aussi qu’il n’est pas viable pour Énergie NB d’être propriétaire de la centrale.

Lori Clark insiste aussi sur l’urgence d'un besoin de production plus important.

Paul Martin répond qu'il n'a trouvé aucune preuve d’études de solution de rechange avant la signature de l’entente. Pour ce qui est du coût d'être propriétaire ou non de la centrale, il dit se fier à une étude d'Énergie NB.

C’est énorme

Devant le comité des comptes publics, Paul Martin dit qu’il n’a jamais vu un projet de cette ampleur avec aussi peu d'analyses.

C’est énorme, dit-il.

Le vérificateur général affirme qu’il dispose de trop peu d’informations pour déterminer si le projet de centrale au gaz naturel est le meilleur choix pour la province.

Il manifeste néanmoins certaines inquiétudes pour ce qui est des clients d’Énergie NB, qui, selon lui, pourraient avoir à payer les pots cassés.

Megan Mitton en mêlée de presse.

Megan Mitton, députée de Tantrama du Parti vert. (Photo d'archives)

Photo : Radio-Canada / Alix Villeneuve

Megan Mitton, du Parti vert et députée de Tantramar - circonscription où sera construite la centrale - qualifie de mauvais le travail d'Énergie NB.

Ils n’ont pas fait une analyse des alternatives au coût et aux options. Par exemple les batteries de stockage. Je suis vraiment déçue. Les Néo-Brunswickois et les Néo-Brunswickoises vont payer plusieurs milliards (2,8 milliards $) pour 25 ans pour cette centrale. Je pense que ce n’est pas une bonne idée du tout.

Kris Austin répond aux questions des journalistes.

Kris Austin, porte-parole en matière d’Énergie pour le Parti progressiste-conservateur.

Photo : Radio-Canada / Frederic Cammarano

Kris Austin, du Parti progressiste-conservateur, va même plus loin.

C'est assez frustrant de constater que le vérificateur général met en évidence de nombreuses incohérences concernant les coûts et d'autres éléments que la Commission de l'énergie et des services publics du Nouveau-Brunswick n'a pas relevés. Je pense que, dans l'ensemble, Énergie NB est en infraction avec la loi.

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