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FIGAROVOX/TRIBUNE - En déplacement lundi dans un hôpital en Ariège, Emmanuel Macron s’est agacé que les médecins à diplôme étranger ne puissent pas facilement exercer en France. Au regard de son expérience, Zak Allal, diplômé de l’Université d’Oran, titulaire d’un diplôme de recherche clinique de Harvard, explique que le constat du président est exact, mais son diagnostic, faux.
Zak Allal est docteur en médecine, diplômé de l’Université d’Oran.
Le 27 avril 2026, à l’hôpital de Lavelanet, Emmanuel Macron déclarait : « Allez dire ça à tous les mabouls qui nous expliquent qu’il faudrait se fâcher avec l’Algérie. » Dans le même souffle, il concédait, non sans raison, que les médecins algériens font tourner les hôpitaux français, et que la bureaucratie
qui les y maintient en suspens confine au kafkaïen. Le constat est exact ; le diagnostic, faux.
Ce qui paralyse les praticiens à diplôme hors UE ne relève ni de la diplomatie ni de la politique : cela relève de l’administration française. De l’État. De son État. Je le sais pour l’avoir vécu. Et la moitié au moins de ma promotion, aujourd’hui dispersée sur le territoire français, en témoignerait mot pour mot.
En 2021, deux propositions hospitalières me parviennent : Saint-Germain-en-Laye, et le Centre hospitalier du Forez, à Montbrison, blotti au pied des monts du même nom, cerné de pâturages et d’un silence que la région parisienne a oublié. Je m’y rends? Je tombe amoureux du lieu. Je choisis Montbrison.
Médecin diplômé de l’Université d’Oran, titulaire d’un diplôme de recherche clinique de Harvard, passé par la psychiatrie, l’urgence, l’humanitaire, la neuro-réanimation : la cheffe de pôle m’accueille avec enthousiasme. Le contrat est rédigé, la simulation de paie établie, l’équipe médicale acquise. Tout est en place - tout, sauf l’administration.
L’hôpital saisit la préfecture d’une demande d’autorisation de travail. Neuf jours plus tard, le ministère de l’Intérieur oppose son refus. Le motif tient en une ligne : le statut de faisant fonction d’interne suppose un titre de séjour étudiant, lequel suppose à son tour une inscription universitaire en France. La cheffe de pôle suggère un diplôme inter-universitaire qui, au demeurant, étayerait mon expertise. Porte close, un DIU ne suffit pas. La seule inscription qui ouvre le statut de FFI est le Diplôme de formation médicale
spécialisée - le DFMS - réservé aux médecins encore en cours de spécialisation dans leur pays d’origine, donc dotés du statut d’étudiant. Or je suis médecin généraliste diplômé, thésé, exerçant : je n’ai pas accès au DFMS m’est, par construction, fermé.
Le cercle est parfait dans sa vicieuse géométrie : pas d’inscription sans le bon visa, pas de visa sans le bon statut, pas de statut sans inscription.
Zak AllalL’administration me renvoie alors à la seule autre voie qu’elle consente à reconnaître : le statut de stagiaire associé. Lequel exige une convention tripartite avec un établissement de santé algérien - vestige de l’article L. 6134-1 du Code de la santé publique, conçu en 2009 pour encadrer des « actions de coopération internationale » entre institutions, non pour régler le sort d’un praticien recruté à titre individuel par un hôpital français. On exige donc d’un établissement de santé algérien qu’il cosigne mon installation individuelle et indépendante au Forez, comme s’il s’agissait d’un échange interhospitalier. La fiction juridique tient en une ligne ; elle ne tient pas debout. J’interroge quelques confrères. On me souffle, à demi-mot, que d’autres bricolent, une convention de forme ici, un arrangement officieux là. Niet. On fait les choses dans les règles, ou bien on ne les fait pas.
Le cercle est parfait dans sa vicieuse géométrie : pas d’inscription sans le bon visa, pas de visa sans le bon statut, pas de statut sans inscription. Aucun statut, en somme, pour un médecin généraliste hors union européenne pourtant qualifié pour exercer sur le sol français. Cinq mois durant, la direction des affaires médicales, la cheffe de pôle et moi-même remuons chaque piste. Deux contrats sont rédigés, des dizaines de courriels s’échangent, des visioconférences se succèdent. Rien n’y fait.
Quid de la Procédure d’Autorisation d’Exercice (PAE) ? Elle est l’aboutissement, non le point de départ. Pour s’y présenter, il faut d’abord être en France ; pour y être, il faut un statut hospitalier ; et c’est précisément ce statut que l’administration refuse. Quelques mois plus tard, je renonce. Deux autres offres m’étaient parvenues entre-temps : l’une d’Australie, l’autre de Finlande. Dans les deux pays, la procédure avait été traitée dans une fraction du délai français, sans la moindre complication.
Que l’on m’entende : je ne reproche rien à l’hôpital du Forez, dont l’administration et les médecins ont fait preuve d’un professionnalisme et d’une humanité dont je garde la dette. Je ne reproche rien davantage à l’Algérie, qui n’a nulle part à ce naufrage. Le blocage, du premier au dernier jour, vient de la machine administrative française - et singulièrement du ministère de l’Intérieur.
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C’est pourquoi le débat actuel sonne creux. Le président brandit l’Algérie pour justifier sa posture ; ses adversaires l’invoquent pour justifier la leur. Personne ne désigne l’administration française elle-même - seule véritable coupable, et qu’Emmanuel Macron incarne - cette superposition de statuts
incompatibles, ces conditions préalables qui s’enroulent sur elles-mêmes, ces guichets qui se renvoient le dossier comme on se débarrasse d’une corvée.
La France compte près de 20 000 médecins formés à l’étranger. Beaucoup sont algériens. Ils ne réclament aucun privilège : un parcours lisible, voilà tout. Ailleurs - Allemagne, Royaume-Uni, pays nordiques, États-Unis, Australie - cette vulnérabilité est encadrée : le chemin balisé, les étapes connues, la durée bornée. En France, le flou est le système. Et dans ce flou prospère ce que nul ne veut nommer : le poste sous-payé qu’on accepte faute de mieux, la garde dont aucun titulaire ne veut, l’hôpital où nul ne reste.
Le mot « mabouls » fait la une. Bruno Retailleau et François-Xavier Bellamy répondent. Le cycle tourne. Pendant ce temps, des postes demeurent vacants dans les déserts médicaux - et les médecins qui pourraient les occuper exercent ailleurs en Europe. La pédiatre que le président a croisée à Lavelanet fut formée à Oran, dans le service même où j’ai effectué mon externat, alors dirigé par la professeure Chalabi, où je fus entouré d’aînés et de pairs dont les trajectoires résument à elles seules la diaspora médicale algérienne : l’un dirige aujourd’hui un pôle d’excellence en Suisse ; d’autres exercent au Canada, aux États-Unis, en Allemagne ; les autres, pour la plupart, en France. Moi en Finlande.
Monsieur le président, vous avez raison sur un point, et un seul : « c’est encore le bordel », selon vos propres mots. Mais, dans ce cas précis, le « bordel » n’est pas entre Paris et Alger. Il est entre vos ministères, vos préfectures, vos hôpitaux. Ni l’Algérie, ni vos « mabouls » n’en portent la charge. Vous présidez la République depuis neuf ans. Ce « bordel », c’est à vous qu’il revient de le ranger.
Comment ? En ouvrant une troisième voie, à côté du FFI et du stagiaire associé : un statut de praticien généraliste qualifié hors Union européenne, fondé sur l’examen du dossier et de l’expérience, assorti d’une autorisation provisoire d’exercice sous supervision le temps que l’équivalence s’achève. L’Allemagne le fait avec sa Berufserlaubnis délivrée par les Landesärztekammern, l’Australie avec la provisional registration du Medical Board of Australia, le Royaume-Uni par le General Medical Council, les États-Unis par l’ECFMG, la Suède par son Socialstyrelsen, la Finlande par Valvira. Partout, on sait à quelle porte frapper, en combien de temps la réponse tombe, sur quel fondement la contester. Et partout, la même évidence : ce sont des médecins généralistes diplômés qui viennent combler les vides - libres, plus tard, de se spécialiser s’ils le souhaitent. Non des étudiants en cours de spécialisation, ni des stagiaires arrimés à des conventions douteuses.
Voilà, monsieur le président, ce qui s’appelle ranger.


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