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Jean-Brice Dumont, directeur de l'aviation militaire chez Airbus, revient pour Actu Toulouse sur le premier déploiement opérationnel de l'A400M face aux incendies en Gironde.
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Par Guillaume Laurens Publié le 26 juil. 2026 à 21h34
Un baptême du feu historique. Après les premiers largages réussis de l’A400M au-dessus des flammes qui ravagent la Gironde, Jean-Brice Dumont, directeur de l’aviation militaire chez Airbus, revient pour Actu Toulouse sur cette mise en service, sur la genèse du projet et explique pourquoi cet aéronef de l’Armée française est, à ce jour, le seul au monde à être équipé d’un kit de lutte contre les incendies.
Des premiers largages samedi et dimanche
« Nous tenons à saluer l’armée de l’Air et de l’Espace pour son professionnalisme remarquable et sa réactivité opérationnelle », assure d’emblée Jean-Brice Dumont, saluant « son agilité et son engagement à réussir la mise en service opérationnelle du prototype de l’A400M selon un calendrier aussi exigeant ». Samedi, l’aéronef a réalisé deux rotations au-dessus de Lacanau, où il a largué du retardant. Il devait être à nouveau utilisé ce dimanche au-dessus de la presqu’île du Cap Ferret.
« C’était la première utilisation opérationnelle de l’A400M »
Alors que l’entrée en service de l’A400M a suscité de vives critiques, de Jordan Bardella à Jean-Luc Mélenchon – ce dernier avançant même qu’il aurait déjà été utilisé en Espagne récemment -, le patron de l’aviation militaire chez Airbus explique, sans entrer dans la polémique : « Ce kit-là a été conçu par les équipes d’Airbus sur nos deux sites d’Espagne, en lien avec la sécurité civile du pays. Jusqu’ici, nous n’avions fait que deux essais de largage : le premier en France, près de Nîmes (en 2025, NDLR), puis en Espagne. Mais ce samedi, en Gironde, c’était la première utilisation opérationnelle de l’A400M ».
Concrètement, c'est la première fois qu'un service externe à Airbus le teste sur un véritable incendie. La France est le premier pays à l'utiliser en conditions réelles.
« Cet essai grandeur nature nous apprendra d’ailleurs beaucoup », assure Jean-Brice Dumont, qui estime déjà que « cela nécessitera quelques adaptations ».
« À ce jour, nous n’avons qu’un seul kit, qui est le prototype »
L’armée française dispose de 26 A400M, sur un total de 140 livrés dans le monde. Alors que nombre de forêts françaises se transforment en brasiers, pourquoi le reste de la flotte n’est pas utilisé lui aussi pour lutter contre les incendies ? « C’est assez simple », rétorque Jean-Brice Dumont. « Les 400M sont des avions militaires, dont la vocation première n’est pas la protection civile, et ils ne sont pas équipés de kits de firefighting à l’origine. À ce jour, nous n’avons qu’un seul kit, qui est le prototype ». La France et l’Espagne ont tous deux fait part de leur intérêt pour ce kit, sans convertir cela en commandes jusqu’ici : « On attend des discussions avec les ministères des armées français et espagnols à cet effet », glisse Jean-Brice Dumont.
« Depuis plusieurs années, des gouvernements se montrent intéressés. Pedro Sanchez (le Premier ministre espagnol, NDLR) l’avait également annoncé mais cela ne s’est pas fait aussi vite qu’en France ».
Combien de temps faut-il pour avoir plusieurs kits ?
Pressé de toutes parts après la réussite des premiers largages, Airbus peut-il accélérer la cadence pour équiper d’autres A400M ? « On n’aura pas d’autre kit pour cet été », prévient Jean-Brice Dumont, « mais l’objectif est d’en disposer d’un maximum pour la prochaine saison estivale. On est en train de voir avec nos fournisseurs comment accélérer la mise à disposition ». Quant à savoir combien d’avions seront équipés à l’arrivée, « c’est à l’Armée française de dire ce qu’elle veut faire ».
« Pas la mission unique de l’A400M »
Sur les 26 A400M de l’armée – qui a fait part de son intention d’en commander quasiment autant ces prochaines années -, seule une quinzaine d’avions est en réalité disponible en permanence. Potentiellement, tous pourraient donc être équipés de ces fameux kits, mais est-ce pertinent ?
« Cela ne peut pas devenir la mission unique de l’A400M », estime Jean-Brice Dumont. « Ce sont des avions qui ont été conçus pour d’autres missions : évacuer les gens lors de tremblements de terre, mener des missions militaires dans les zones compliquées du monde… À nos yeux, cela doit plutôt être vu comme une brique de plus dans l’opération Sentinelle : l’A400 peut être un élément annexe dans un arsenal de lutte contre les incendies ».
« Huit jours entre la signature et la mise en service »
La France a-t-elle été longue à la détente ? « Cela fait quelques années qu’on travaille sur cette idée de mettre dans la soute de l’A400M un kit qui puisse être facilement enlevé. Et on met dix ans à développer un avion militaire », rappelle Jean-Brice Dumont. Habitué à évoluer « dans un monde où il a beaucoup de process », le directeur de l’aviation militaire d’Airbus souligne la « rapidité de la mise en œuvre » de l’A400M par la France qui « a fait preuve d’un état d’esprit très volontaire ».
Entre la signature de la convention et la mise en service du kit sur l'A400M, il s'est écoulé huit jours.
Il développe : « Il a fallu que l’armée de l’Air vienne le chercher à Séville le week-end dernier, le remette en état, l’installe sur l’avion et fasse des essais à Orléans, où sont basés les A400M », rappelle Jean-Brice Dumont. « Il a aussi fallu un travail rapide avec la sécurité civile, car ce n’est pas la mission des militaires qui pilotent nos avions. Tout le monde a travaillé jour et nuit ».
Et alors qu’une grève inédite touche les usines d’Airbus en Espagne, « il y a eu un sens du devoir qui a dépassé toutes les considérations », estime le directeur. « Beaucoup de choses se sont arrêtées chez Airbus à cause de la grève, mais ça non ».
Le kit n’appartient pas à l’Armée française
À savoir aussi que ce kit a fait l’objet d’un protocole d’accord entre Airbus et l’armée française, mais il reste pour l’heure propriété de l’avionneur : « On a mis le kit à disposition et on a formé les pilotes. Fin août, il doit revenir en Espagne, où l’armée veut le tester dès son retour ».
L’Espagne – qui dispose actuellement de 14 A400M et en a 13 autres en commandes – entend donc profiter de ce kit. « Les deux pays pourraient très bien en commander et se les partager », suggère Jean-Brice Dumont, pour qui l’avion ainsi équipé peut faire l’objet d’une « interopérabilité européenne ».
Le prix des kits « n’est pas encore défini »
Pour Jean-Brice Dumont, cela offre « un renforcement opérationnel rapide, sans nécessiter de nouveaux investissements massifs en capital ». Combien coûterait un tel équipement, justement ? « Le prix n’est pas encore défini : on n’a pas fait le tour des fournisseurs, mais ce sera assez marginal par rapport au coût d’un A400M… Et surtout, ça coûte bien moins cher qu’un incendie ».

Comment ça marche, l’installation de ce kit sur un avion ?
Concrètement, ce kit imaginé par Airbus permet de transformer les A400M existants, des avions destinés au transport militaire donc, en très grands avions-citernes (VLAT) en moins de deux heures, grâce à un système de chargement et déchargement rapide (roll-on, roll-off).
Les kits en question ? « En gros, ce sont des citernes avec des tuyaux, mais cela demande des impératifs techniques assez lourds ». Et de souffler : « Ce ne sont pas des citernes qu’on achète des Castorama ».
Quelles sont les capacités de cet avion ?
L’A400M peut larguer 20 000 litres d’eau ou de retardant (soit respectivement 20 ou 22 tonnes) en un seul passage à 230 km/h, testé jusqu’à une altitude de 30 mètres, « ce qui permet de créer de vastes lignes de confinement devant des fronts de flammes rapides ».
Est-ce que l’A400M pourrait remplacer les Canadair ?
Dans son rôle de très grand bombardier d’eau, l’A400M affiche des capacités de stockage plus de trois fois supérieures à celles d’un Canadair (et le double d’un Dash), mais Jean-Brice Dumont estime que « la comparaison avec le Canadair est délicate car l’A400M n’écope pas l’eau, mais se recharge sur des aéroports ». Son rechargement prend une dizaine de minutes et l’avion « peut opérer sur des pistes régionales ou non revêtues », souligne Airbus.
Cela peut être des engins complémentaires : le Canadair pour attaquer le feu, l'A400M pour empêcher sa progression.
Autre différence notable qui fait que l’A400M sera difficilement un outil de lutte contre les incendies au quotidien : c’est un avion militaire, et contrairement au Canadair, il devra être piloté par des pilotes de l’Armée plutôt que par ceux de la Sécurité civile.
Enfin, l’A400M dispose d’un ultime atout non négligeable : il est équipé de « calculateurs de vol automatisés de pointe, qui absorbent les variations soudaines de tangage lors du largage de 20 ou 22 tonnes, permettant aux équipages de naviguer en toute sécurité, même au-dessus de terrains montagneux complexes ».
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