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Carey Price, celui que les autres gardiens voulaient imiter

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L’adversaire projetait la rondelle le long de la baie vitrée, derrière le filet du Canadien. Carey Price brandissait son bâton, arrêtait la rondelle, la rabattait tranquillement sur la glace et faisait lui-même la première passe menant à une sortie de zone.

C’est un geste que Price a fait des centaines de fois durant sa carrière de 15 saisons avec le Canadien. Un geste machinal dont le public du Centre Bell, habitué à l’extraordinaire, ne s’étonnait même pas.

Cela faisait pourtant l’envie de nombreux gardiens incapables de faire la même chose. Des gardiens qui ne s’étonnent aucunement que Price entre lundi au Temple de la renommée du hockey à sa deuxième année d’admissibilité.

Il y avait dans la technique et le calme de Price une capacité à banaliser le difficile. Cela a contribué à révolutionner la façon dont les gardiens protègent leur filet.

Ce n’est pas juste qu’il était un bon gardien – et il fait clairement partie des meilleurs gardiens de tous les temps –, mais c’est aussi la façon dont il jouait la position. Je pense sincèrement que sa façon de se comporter a transformé la position, explique Jet Greaves, portier des Blue Jackets de Columbus.

Son équipement CCM le trahit un peu, mais Greaves est l’un des nombreux gardiens actifs de la LNH à avoir eu Price comme idole.

Stuart Skinner en est un autre.

Je pense qu'il a en quelque sorte révolutionné le jeu par la simplicité de son jeu, son style, sa maîtrise technique, mais aussi par ses qualités athlétiques, soutient le gardien des Jets de Winnipeg.

Price est à ce point devenu une référence que Casey DeSmith, gardien auxiliaire pour les Stars de Dallas, s’est surpris maintes fois à décortiquer des segments vidéo en se demandant ce que Carey Price ferait dans une telle situation.

Une idole sur YouTube

Price a suscité la fascination des jeunes gardiens avant même d’arriver dans la LNH. Sa prestation au Championnat du monde junior de 2007, lorsqu’il s’était dressé devant les Américains pour permettre au Canada de remporter l’or en tirs de barrage, a marqué l’imaginaire.

Chaque année, mon frère et moi, on regardait le mondial junior, on jouait au minihockey et on faisait semblant d’être les joueurs, raconte Greaves. Je me souviens qu’en 2007, ils avaient diffusé un reportage sur Carey Price juste avant le match pour la médaille d’or : «"Il est tellement calme, sa façon de se comporter est incroyable..." Et puis son équipe avait gagné et il avait été sensationnel.

Avant ça, je jouais toujours au minihockey en m’imaginant être un joueur, mais après avoir vu Carey Price jouer ce match de la médaille d’or, je me suis dit : "Je veux être gardien de but, je veux faire ce qu’il fait."

Il lève sa mitaine au-dessus de sa tête.

Carey Price avec l'un de ses fameux arrêts de style moulin à vent

Photo : Associated Press / Gerry Broome

C’est aussi en 2007 que YouTube est vraiment entré dans les mœurs du grand public, l’année même où le premier iPhone est arrivé sur le marché. Price fait partie de la première génération de joueurs dont les exploits pouvaient devenir viraux dans les médias sociaux.

Quand j'avais 12 ou 13 ans et que je commençais vraiment à me passionner pour le poste de gardien de but, chaque fois que je rentrais de l'école, je me précipitais sur mon ordinateur, j'allais sur YouTube et je regardais des faits saillants de Carey Price. J’en regardais pendant des heures, puis j'essayais d'imiter ce qu'il faisait.

Akira Schmid faisait la même chose.

Le gardien des Panthers de la Floride est devenu adepte de Price à force de regarder ses vidéos. Mais à ses yeux, plutôt que le mondial junior, c’est une autre séance de tirs de barrage qui a été particulièrement mémorable.

Le 6 janvier 2011, Price avait freiné Chris Kunitz et les quatre patineurs des Penguins de Pittsburgh qui l’avaient précédé dans une victoire de 2-1 du Canadien. Après l’arrêt ultime, il avait croisé les bras en guise de célébration.

C'était vraiment cool, a dit Schmid. Évidemment, quand on est plus jeune, on essaie de reproduire ce genre de moment en tant que gardien.

Dans sa Suisse natale, Schmid s’était également trouvé un coéquipier avec qui imiter la poignée de main de Price avec P.K. Subban.

Au-delà de ces rares moments d’extravagance, c’est surtout le calme olympien que dégageait Price qui fascinait les membres de sa profession.

Tous ceux à qui nous avons parlé l’ont évoqué.

Cette capacité à faire paraître faciles certains arrêts qui ne l’étaient pas témoignait de sa technique, inspirait le calme parmi ses coéquipiers et suscitait une forme de découragement chez l’adversaire.

Il réalisait cinq arrêts par match que le partisan moyen, ou le spectateur moyen, n’appréciait probablement pas autant que moi, ou qu’un autre gardien ou un entraîneur de gardiens, estime DeSmith.

Une pression particulière

Samuel Montembeault a été dans une position assez privilégiée par rapport à Price. Il l’a eu comme idole, puis a eu la chance de l’avoir comme coéquipier à la fin de sa carrière.

En grandissant à Montréal ou au Québec, c'était le gardien qu'on pouvait voir tous les soirs, et il a eu tellement une grosse influence sur notre génération de gardiens, souligne Montembeault. Quand on était jeunes, les entraîneurs de gardiens enseignaient pas mal tous la même chose, et c'était essayer de copier Carey Price. Il était tellement bon techniquement.

Montembeault se souvient des séances d’entraînement où les joueurs du Canadien étaient intimidés de tirer sur Price. Il ne manquait pas de prestance.

C’est vraiment impressionnant, dit Montembeault. Quand il rentre dans la pièce, tu sens sa présence.

Rester aussi imperturbable que l’était Price était particulièrement difficile dans un environnement comme celui de Montréal. Montembeault peut en témoigner. Pourtant, Price y est pourtant resté toute sa carrière.

Dès 2010, avant que ses performances rattrapent la réputation qui le précédait, Price avait dit chill out aux partisans qui l’avaient hué au terme du premier match préparatoire.

Ceux qui n’avaient jamais digéré que Price soit adoubé aussi vite par l’organisation attendaient le moindre relâchement de sa part.

Surtout que le blâme peut arriver aussi vite vers un gardien qu’un tir de la pointe.

Le poste de gardien de but est exigeant, rappelle DeSmith. Ça atteint un tout autre niveau quand il faut être le meilleur joueur de son équipe chaque soir et donner à son équipe une chance de gagner. Et je pense que Carey Price l’a fait aussi bien que quiconque.

Un homme en mêlée de presse dans un vestiaire.

Par monts et par vaux, Carey Price a réussi à mater l'environnement difficile de Montréal durant toute sa carrière.

Photo : Radio-Canada

Il cachait les défauts

L’ancien DG Bob Gainey et le Canadien lui ont peut-être déroulé le tapis rouge à son arrivée dans la LNH, mais les performances de Jaroslav Halak durant les séries éliminatoires de 2010 l’ont forcé à remettre les choses en perspective et à comprendre qu’il n’aurait rien tout cuit dans le bec.

Price avait d’ailleurs dit après les séries de 2010 qu’il ne laisserait pas les choses dérailler à Montréal par manque de travail. L’organisation a vite renouvelé sa confiance en lui en cédant Halak, et c’est à compter de ce moment que sa carrière a vraiment pris son envol.

Greaves a encore en tête sa saison 2014-2015, l’une des meilleures de l’histoire de la LNH par un gardien, estime-t-il.

C'était comme si, chaque soir, il allait être incroyable et que le Canadien allait avoir une excellente chance de gagner, dit Greaves avec un large sourire. Car, quelle que soit la tournure de la rencontre, il allait être en arrière et personne ne pourrait marquer contre lui.

Il y avait une sorte de vice caché dans le réconfort que Price serait là coûte que coûte. Si de nombreux partisans ont fini par tenir son brio pour acquis, le Canadien lui-même s’est fié de façon démesurée à sa contribution pour soulever une équipe souvent bien ordinaire.

Il y a de nombreuses saisons où le Canadien n’aurait peut-être pas dû se qualifier pour les séries éliminatoires, mais il y est quand même parvenu, rappelle DeSmith. Il y a eu cette année-là où le CH a atteint la finale de la Coupe, alors qu’il n’était pas censé être là. Mais, comme il avait Carey Price, il avait toujours une chance.

Ayant grandi en amateur du Canadien, ayant épié presque tous les matchs de Price, DeSmith aurait aimé le voir soulever la coupe Stanley. Il l’aurait mérité, mais ses états de service n’en souffrent pas pour autant.

Je ne pense pas que quiconque puisse nier qu’il avait le talent pour être considéré parmi les meilleurs gardiens de tous les temps, affirme le vétéran des Stars. Pour ma part, je le classerais dans cette catégorie sans hésiter.

Coup de patin et positionnement

À l’instar de Price, Tristan Jarry est originaire de la Colombie-Britannique. Dès son arrivée à Tri-City, dans la Ligue de l’Ouest, Price s’est retrouvé sur le radar du petit Tristan.

Des années plus tard, l’occasion d’affronter son idole à deux reprises durant la saison 2019-2020 a créé pour Jarry des souvenirs précieux.

Ce sont les qualités de patineur de Price qui l’épataient le plus.

Ses atouts de patinage et son positionnement ont toujours été supérieurs à tous les autres, mentionne Jarry. Qu’il soit toujours bien placé, qu’il puisse se déplacer latéralement d’un côté à l’autre et se replacer immédiatement, encore et encore, compte tenu de la vitesse et du rythme effréné du jeu, c’était tout simplement exceptionnel à voir.

Montembeault, lui, repense à ces fameux arrêts de style moulin à vent, où Price volait le tireur adverse avec une mitaine sortie au bon moment et accompagnée d’un mouvement sphérique du bras.

C'était juste un gardien dominant, tout le temps constant, tout le temps solide. Non seulement il était le meilleur techniquement – il bougeait tellement bien –, mais il était aussi capable de sortir des arrêts spectaculaires. C'est sûr, quand tu es jeune et que tu vois des arrêts de la mitaine comme ça, ou des arrêts qui font une différence dans un match, tu essaies de les reproduire et tu rêves un jour de pouvoir en faire aussi.

Lorsqu’il est question du legs de Carey Price, on ne peut pas s’en tenir à son bilan dans l’uniforme du Canadien, ou même à ce qu’il a accompli sur la scène internationale. Il faut aussi garder à l’esprit l’immense influence qu’il aura eue sur les autres gardiens à sa suite.

Il compte parmi les meilleurs à n'avoir jamais enfilé des jambières, affirme Skinner sans détour.

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