La Méditerranée connaît un épisode de canicule marine exceptionnel avec une eau à 24,34°C ou plus localement jusqu'à +6°C au-dessus des normales de saison. Bien que réputée pour son eau naturellement plus chaude que l'océan Atlantique, la Méditerranée est sous l'étroite surveillance des scientifiques inquiets des conséquences que peut avoir la canicule marine.
Les données du service européen Copernicus Marine indiquent que la Méditerranée occidentale est en proie à un épisode de chaleur inédit depuis plusieurs semaines. La part de la Méditerranée touchée par une canicule marine est passée de "52% à 67%" au cours du mois de juin 2026, avec une forte progression des épisodes classés "forts dans la seconde moitié du mois", a révélé dans un bulletin Mercator Ocean International, un centre français d'océanographie.
Les canicules marines correspondent à des périodes durant lesquelles la température de l'eau reste durablement supérieure aux normales de saison. Un phénomène qui devient de plus en plus fréquent avec le réchauffement climatique. Pour les chercheurs, ces épisodes correspondent aux projections climatiques et interrogent les limites de l'adaptation des populations et des écosystèmes.
Des fonds marins sous pression
Les premiers touchés par la canicule marine sont les organismes qui vivent fixés sur les fonds marins. Les gorgones, les éponges, certains coraux ou encore les herbiers de posidonie ne peuvent pas fuir lorsque l'eau se réchauffe. Exposés à un stress thermique prolongé, ils peuvent subir d'importantes dégradations, ou pire, une mortalité accrue.
Une étude publiée par Scientific Reports montre que les vagues de chaleur marines modifient déjà le fonctionnement des écosystèmes de la Méditerranée occidentale. Les chercheurs observent des perturbations des réseaux alimentaires, une modification de la biomasse - l'ensemble des matières organiques d'origine végétale ou animale pouvant être utilisées comme source d'énergie renouvelable - de plusieurs espèces et des effets susceptibles de s'installer durablement si ces épisodes se répètent.
Une pêche qui doit s'adapter
Le réchauffement de la mer modifie aussi le comportement de nombreuses espèces de poissons. Lorsque la surface de la mer devient trop chaude, certaines espèces gagnent des eaux plus profondes ou migrent vers des secteurs plus frais. D'autres, originaires de régions plus méridionales, sont observées de plus en plus régulièrement en Méditerranée.
Ces déplacements obligent progressivement les professionnels de la pêche à adapter leurs pratiques. Les ressources évoluent, les zones de pêche changent et certaines espèces deviennent plus difficiles à capturer. Ces transformations, observées par les scientifiques, sont en lien avec un réchauffement de la Méditerranée.
Des bactéries davantage surveillées
Une eau plus chaude favorise également le développement de certains micro-organismes, comme c'est le cas de la bactérie Vibrio. Naturellement présente dans les eaux côtières, elle se développe plus facilement lorsque la température augmente, notamment dans les zones où les eaux douces rejoignent la mer ou l'océan.
Le Centre européen de prévention et contrôle des maladies (ECDC) suit leur évolution avec attention depuis plusieurs années. Après la vague de chaleur de 2018, 445 cas d'infections à Vibrio avaient été signalés en Europe, soit près de trois fois plus que la moyenne observée les années précédentes.
Les micro-organismes qui se développent affectent donc la qualité des eaux de baignades. Les agences sanitaires réalisent des contrôles tout au long de la saison estivale et lorsque les analyses mettent en évidence un risque pour la santé, les communes peuvent décider de fermer temporairement certaines zones de baignade.
Pour les scientifiques, le principal sujet d'inquiétude n'est plus seulement l'intensité d'une canicule marine, mais leur répétition. Ils s'interrogent désormais sur les capacités d'adaptation des écosystèmes méditerranéens face à une mer qui se réchauffe durablement.


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