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Cancer du sein : éviter la chimiothérapie grâce à un nouveau test

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Un nouveau test génomique appelé Prosigna, co-inventé par des chercheurs de l’Université de la Colombie-Britannique (UBC), pourrait permettre à davantage de patientes atteintes d'un cancer du sein d'éviter la chimiothérapie en toute sécurité.

La validité de Prosigna a été mise à l’épreuve lors d’une grande étude clinique à laquelle participaient 4429 femmes, principalement du Royaume-Uni et de Scandinavie, mais aussi d'Australie, de Nouvelle-Zélande et de Thaïlande.

Le test Prosigna a été appliqué à des femmes dont le cancer est hormonodépendant, c’est-à-dire que l’œstrogène ou la progestérone présente chez la femme favorisent la croissance des cellules cancéreuses, [70 à 80 % des cancers du sein], et dont le cancer s'était déjà propagé aux ganglions lymphatiques, explique le Dr Torsten Nielsen, professeur de pathologie à l'UBC et un des co-inventeurs du test.

Le test mesure 50 gènes qui, collectivement, permettent de catégoriser de manière fiable les cancers du sein et d’estimer le risque de récidive.

Le Dr Torsten Nielsen près d'une machine dans un laboratoire.

Le Dr Torsten Nielsen au travail dans son laboratoire de BC Cancer (vers 2014), debout à côté du dispositif nanoString nCounter utilisé pour générer une grande partie des données ayant conduit à l'approbation du test Prosigna.

Photo : Université de la Colombie-Britannique

Parmi les 4429 femmes, 68 % d'entre elles présentaient un score Prosigna faible, donc un faible risque de récidive.

Ces femmes ont ensuite été réparties de manière aléatoire soit pour recevoir le traitement standard, c'est-à-dire une intervention chirurgicale suivie d’une hormonothérapie et d’une chimiothérapie, soit une intervention chirurgicale suivie seulement d’une hormonothérapie.

Après cinq ans de suivi, les résultats de l’étude OPTIMA, publiés dans le Journal of Clinical Oncology (en anglais (nouvelle fenêtre)), démontrent que 95 % des patientes ayant reçu les deux formes de thérapies étaient en vie et sans récidive, contre 94 % de celles traitées par hormonothérapie seulement.

C'est une avancée significative, réagit le Dr Rami Younan, chirurgien oncologue spécialisé en cancer du sein au CHUM, qui n’a participé ni à l’étude ni à l’élaboration du test.

Les nouveautés avec le test Prosigna et l’étude OPTIMA

Jusqu’à maintenant, les patientes en préménopause avec une atteinte des ganglions devaient automatiquement être traitées avec de la chimiothérapie.

Avec Prosigna, les patientes de 40 ans et plus qui n'ont pas encore atteint leur ménopause pourraient être éligibles à ne pas recevoir de chimiothérapie, même si elles ont jusqu’à neuf ganglions atteints, partage le Dr Younan.

On vient d'étendre le bassin de patientes qui seraient éligibles.

Cependant, les résultats de l’étude OPTIMA sont encore un peu préliminaires, selon lui.

Le suivi a été fait pendant 5 ans. Pourtant, pour ce genre d’étude, les suivis peuvent se faire pendant 10 ou même 12 ans.

Mais, si l’on se base sur les autres études, on ne devrait pas avoir de surprises qui nous tombent dessus, donc c’est un peu précoce, mais on s’en va dans le très bon sens, ajoute l’oncologue.

Plus de discussions avec les patientes

Même si la chimiothérapie a permis de sauver des milliers de patientes, elle vient également avec un lot de difficultés, comme la perte de cheveux, du goût, la nausée, la diarrhée, être immunosupprimée, pour n’en nommer que quelques-unes.

C'est une difficulté majeure. Ça fait peur. C'est très coûteux pour le système de santé et les gens en général préféreraient l'éviter, partage le Dr Nielsen.

Par contre, le Dr Younan apporte un bémol pour les patientes ayant un cancer hormonodépendant, comme c’était le cas pour les participantes de l’étude OPTIMA, en plus d’avoir encore leurs menstruations.

Afin d’éviter la chimiothérapie, elles devraient subir un blocage hormonal complet, c’est-à-dire une ménopause artificielle ou chimique, avec tous les inconvénients que cela engage, comme les effets psychomentaux et les bouffées de chaleur.

Certaines patientes pourraient nous dire qu’elles préféreraient tenter la chimiothérapie.

Le Dr Younan ajoute que d’avoir les résultats du test Prosigna permettrait aux médecins et patientes de discuter des différentes options de traitement de façon franche et honnête.

Un médecin en consultation avec un patient.

Le Dr Younan pense que les résultats de l’étude OPTIMA sont encore un peu préliminaires. (Photo d'archives)

Photo : Shutterstock

Implantation au Canada

Pour le moment, les tests pour les cancers du sein doivent être faits en Californie, puisqu’il y a cette espèce de monopole, selon le Dr Younan. Le tout est envoyé à des coûts astronomiques pouvant aller de 4500 à 5000 $ et le temps d’attente pour recevoir les résultats peut prendre au moins trois à quatre semaines.

Prosigna, lui, pourrait être utilisé par des pathologistes à Montréal, Québec, Vancouver, Toronto et ailleurs dans le pays et dans le monde et on aurait le résultat en 5 à 7 jours.

Les deux médecins pensent donc que c’est une question de mois, et non d’années, avant que ce service soit accessible aux Canadiennes.

Et le plus important est de remercier les femmes qui ont participé à l’étude clinique. Leur courage est formidable. Sans elles, nous ne serions pas ici. Elles informent l'avenir des soins contre le cancer du sein.

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