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Par Mustapha Kessous
Publié aujourd’hui à 06h00Article réservé aux abonnés
ReportageEtat d’Afrique le plus tolérant envers les LGBT+, d’après une enquête d’Afrobarometer, l’archipel abrite de nombreux Africains qui fuient la répression liée à leur orientation sexuelle. Mais l’absence de politique d’asile leur empêche d’obtenir des titres de séjour.
Sur une île, loin de Dakar, certains retrouvent enfin le sommeil. D’autres continuent d’avaler « des foutus cachetons » pour se calmer en maudissant leur attirance pour les hommes. Babacar, Abdou, Souleymane et Malick (leurs prénoms ont été modifiés) ont fui le Sénégal – et une répression brutale – pour se réfugier dans un monde inconnu où l’on parle créole et portugais. Depuis plusieurs mois, ces quatre hommes, que Le Monde a rencontrés en juillet, ont trouvé un répit inespéré à Praia, la capitale du Cap-Vert.
Dans ce pays, archipel de 530 000 habitants au large de leur terre natale, l’homosexualité n’est plus punie depuis 2004. De là, ils regardent leur pays sombrer dans l’intolérance depuis la promulgation, fin mars, d’une loi durcissant les peines encourues pour les relations entre personnes de même sexe. Les « actes contre nature » sont désormais passibles de cinq à dix ans de prison. Quelques jours après l’entrée en vigueur du texte, Souleymane, 27 ans, un peintre en bâtiment d’une beauté insolente, a dit au revoir au Sénégal. « J’ai bien fait », juge-t-il, d’une voix presque éteinte.
Ces derniers mois, les arrestations s’y sont intensifiées. L’effroi a gagné « le milieu », comme les homosexuels sénégalais appellent leur communauté. Tous craignaient d’être les prochains interpellés. Paniquées, des personnes – nul ne sait combien – ont pris la fuite vers la Gambie, le Maroc, la Mauritanie ou le Cap-Vert, des pays accessibles sans visa. Si Souleymane s’est sauvé, c’est qu’il était persuadé que sa propre famille pouvait le dénoncer à la police. Ses parents le soupçonnaient d’être un « goor-jigeen » (« homme-femme » en wolof, désignant, de manière péjorative, un homosexuel) depuis que son petit frère leur avait répété l’avoir surpris tenir la main d’un homme, un an auparavant. « Depuis, j’ai perdu l’amour de ma famille », soupire-t-il.
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