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La Coupe du monde de football, son brassage des peuples, ses moments inoubliables sur le terrain… et ses moyens de surveillance potentiellement liberticides. Le tournoi nord-américain a beau être terminé, les outils destinés à assurer la sécurité des supporters sont pour leur part appelés à rester en place, suscitant l'inquiétude des défenseurs de la vie privée.
C'est le cas notamment des systèmes antidrones, adoptés en masse à l'occasion du Mondial pour protéger stades, fan zones et autres infrastructures critiques. En effet, grâce au soutien financier du gouvernement fédéral (438 millions d'euros contenus dans la One Big Beautiful Bill Act, loi phare du second mandat de Donald Trump), les onze villes hôtes aux États-Unis se sont toutes équipées de cette technologie appelée "Counter-UAS" ("Unmanned Aircraft Systems" ou "systèmes d'aéronefs sans pilote"), qui permet notamment de brouiller les engins volants pour les neutraliser. Revers de la médaille : ces équipements peuvent aussi involontairement capter des communications privées et identifier des personnes situées dans la zone concernée…
Des équipements appelés à perdurer
"Les villes disposent désormais de capacités antidrones permanentes", s'est ainsi félicité Andrew Giuliani, directeur de la task force de la Maison-Blanche pour la Coupe du monde 2026, chargé de coordonner les différentes agences fédérales (Sécurité intérieure, Transports, Département d'État, etc.), lors d'une conférence de presse pour les correspondants étrangers organisée le 17 juillet.
La veille, Monica Paul, responsable du comité organisateur pour la région du Texas-Nord, site du Mondial pour la première fois, se réjouissait, elle aussi, de voir ce système, "partie cruciale de notre mission", pérennisé localement. "Il pourra rester dans la région afin de garantir, lors de futurs événements – et plus généralement au quotidien – la sécurité de nos visiteurs comme de nos habitants", a-t-elle affirmé lors d'une autre conférence de presse-bilan du tournoi.
Comme d'autres Coupes du monde et grands événements sportifs avant lui, le Mondial 2026 a en effet été l'occasion d'une expansion des technologies de surveillance proposées par des entreprises privées (Lenovo, Flock Safety, Axon…) aux forces de l'ordre : reconnaissance faciale, outils d'analyse en temps réel des mouvements de foule, lecteurs automatiques de plaques d'immatriculation, vidéosurveillance, drones…
Le tout a été déployé dans les seize municipalités hôtes de trois pays (États-Unis, Canada et Mexique). Une échelle inédite.
"Lorsque vous combinez tous ces outils avec les financements alloués au renforcement de la sécurité de la Coupe du monde, vous construisez une infrastructure de surveillance extrêmement complexe, composée de plusieurs couches qui interagissent entre elles. À cela s'ajoute le déploiement massif de l'intelligence artificielle comme composante de cette infrastructure, parfois directement intégrée aux caméras ou aux capteurs. C'est ce qui distingue ce Mondial d'autres grands événements sportifs", résume Tayrine Dias, coauteure du rapport "No Fair-Play", sur les systèmes de surveillance mis en œuvre pendant le tournoi.
Jeff Bezos veut étendre son empire… au footballDes risques pour les populations les plus vulnérables
L'étude, publiée en juillet par Ranking Digital Rights (RDR) – une organisation indépendante spécialisée dans l'évaluation des pratiques des entreprises technologiques en matière de droits numériques -, note que seules trois villes (Boston, Vancouver et Toronto) mentionnent explicitement la protection de la vie privée et d'éventuels garde-fous relatifs aux données recueillies pendant la compétition dans leurs plans d'action en faveur des droits humains. Des engagements qui étaient demandés pour la première fois par la Fifa aux villes hôtes.
Pour les défenseurs des droits numériques, la pérennisation de cet appareil de surveillance fait peser des risques sur les populations les plus vulnérables (pauvres, non-blancs, migrants…), déjà ciblées de manière démesurée par les forces de l'ordre. Ils font remarquer que, dans plusieurs villes, les autorités fédérales de l'immigration ont eu accès aux données issues de caméras de la marque Flock, qui enregistrent instantanément la plaque d'immatriculation, la marque, la couleur et les caractéristiques distinctives des véhicules qui entrent dans leur champ de vision, pour traquer des individus en situation irrégulière. Et ce, souvent sans l'accord des élus locaux. Qui sortira le carton rouge ?
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