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Au pied d’un immeuble du boulevard Carnot, à Nice, s’ouvre un musée posé sur la plage où des chasseurs faisaient du feu et mangeaient de l’éléphant il y a 400 000 ans

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Le 25 du boulevard Carnot, à Nice, ressemble à n’importe quelle adresse de façades claires et de balcons. Son rez-de-chaussée abrite pourtant le musée de Préhistoire de Terra Amata, posé à quelques mètres d’une plage où des chasseurs allumaient des feux et dépeçaient des éléphants il y a environ 400 000 ans. Tout est parti d’un chantier d’immeuble.

Des ouvriers creusaient, et ils sont tombés sur des os d’éléphant.

À retenir

  • Le musée occupe le rez-de-chaussée d’un immeuble, à quelques mètres du lieu de la découverte.
  • La fouille de sauvetage de 1966 a duré six mois et relevé plus de 28 000 objets.
  • Vingt et une huttes ovales ont été identifiées grâce aux trous de piquets et aux lignes de pierres.
  • Le plus grand moulage de sol préhistorique du monde est exposé dans le musée.

Sommaire

  1. Un chantier arrêté, six mois de fouilles
  2. La plage, les huttes et le menu
  3. Ce qui a disparu, ce qu’on peut encore voir

Un chantier arrêté, six mois de fouilles

Le promoteur bâtissait l’immeuble « Le Palais Carnot » au pied du mont Boron, et les terrassements avaient repris en 1965. Le site avait livré son premier indice, un biface acheuléen, en 1965, pendant la construction du bâtiment qui abrite aujourd’hui le musée. Puis sont venus les os, et le chantier s’est arrêté.

La fouille de sauvetage s’est tenue du 28 janvier au 5 juillet 1966, sous la direction du préhistorien Henry de Lumley. Six mois de travail minutieux : près de 210 m³ de terre remués au pinceau et à la truelle sur une surface de 120 m². Les équipes ont relevé plus de 28 000 objets sur plan, moulé 90 m² de sols archéologiques et pris 9 000 photographies.

L’ancienne plage se trouve aujourd’hui à 26 m au-dessus du niveau de la mer, sur le versant occidental du mont Boron, entouré d’immeubles. À l’époque, la mer recouvrait une grande partie de la plaine de Nice et Terra Amata formait une petite crique abritée, près du delta du Paillon, avec une source qui coulait à quelques mètres. Le climat était plus chaud qu’aujourd’hui.

Les fouilleurs y ont reconnu 21 huttes ovales, de 9 à 16 m de long sur 4 à 7 m de large. Elles étaient faites de branchages, que des pierres calaient au sol. Ces structures ont été repérées grâce à des empreintes de piquets et de poteaux et à des lignes de pierres. Le musée reste d’ailleurs prudent : pour lui, certains indices « autorisent à penser » que ces abris ont existé, une formule de scientifique, pas de promoteur.

Dans ces abris brûlaient des feux, parmi les plus anciens d’Europe.

Côté assiette, les restes de repas racontent un menu de lapins, de cerfs élaphes et, parfois, d’éléphants antiques. Des os de sangliers figurent aussi dans les déchets, et les occupants chassaient également des rhinocéros et des aurochs. Pour dépecer, ils taillaient leurs outils dans les galets ramassés sur la plage.

Qui étaient-ils ? Le musée parle d’Homo erectus européens ou Homo heidelbergensis, sans trancher. Un sol conserve même l’empreinte d’un pied droit humain.

Ce qui a disparu, ce qu’on peut encore voir

Le site lui-même n’existe plus : il a été détruit par le chantier et repose sous les fondations de l’immeuble. Le musée occupe donc le rez-de-chaussée, à quelques mètres seulement du lieu exact de la découverte. Il a ouvert le 17 septembre 1976, après que le maire de l’époque, Jacques Médecin, eut décidé sur proposition d’Henry de Lumley d’en créer un à cet endroit.

À l’intérieur, la pièce maîtresse est un moulage de sol, que la Ville de Nice présente comme le plus grand moulage de sol préhistorique du monde. Il est complété par une reconstitution de cabane, des scènes de chasse, la faune et la flore de l’époque, des outils de pierre. La muséographie a été renouvelée en 2016, pour les 50 ans de la fouille.

La datation, elle, n’est pas gravée dans la pierre. On retient en général 400 000 ans, mais la méthode de résonance de spin électronique (ESR) donne 380 000 ± 80 000 ans, soit une fourchette qui court de 300 000 à 460 000 ans. Le musée situe lui-même l’occupation entre 400 000 et 380 000 ans, avec des niveaux anciens sur des plages de galets et des niveaux plus récents sur une dune littorale. Reste la formule à manier avec soin : « plus anciens foyers de l’humanité » s’entend ici comme « parmi les plus anciens d’Europe ».

À 1 km de là, la grotte du Lazaret prolonge l’histoire des premiers Niçois et se visite dans la foulée. Pour le musée de Terra Amata, des sources signalaient une fermeture pour travaux, avec une réouverture annoncée à l’automne 2026, il vaut donc mieux vérifier auprès de la Ville de Nice avant de s’y rendre.

Sources : explorenicecotedazur.com | hominides.com

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