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Avec ses multiples sites d’exploitation pétrolière, la région municipale de Wood Buffalo, qui inclut Fort McMurray, est le thermomètre de l’activité économique du secteur. Depuis l’annonce d’un nouveau pipeline de l'Alberta vers la Colombie-Britannique, la température monte dans la région, au point que certains croient au retour d’un boom qu’ils espèrent un peu différent.
Le propriétaire de l’entreprise de toiture Gilbert Roofing, William Gilbert, multiplie ainsi les chantiers depuis le début de l’été. À quelques mètres de la maison que son entreprise retape, deux autres toits sont en rénovation.
Là on est rendu au point où on cherche des gars [...] parce qu’on a trop d’ouvrages, explique-t-il.

William Gilbert a étendu les activités de sa compagnie à Fort McMurray en 2016.
Photo : Radio-Canada / Tiphanie Roquette
Établi à Fort McMurray depuis 2016, il constate que toute la ville semble surfer sur une vague d’activités et d’optimisme.
Les gens parlent beaucoup de ramp up [accélération] pour la production de pétrole. On a des investisseurs qui sont revenus à Fort McMurray. Ça fait qu’il y a plus d’argent, plus de demandes, souligne-t-il.
On parle d’un autre 5 à 10 ans là, [...] que ça va tranquillement boomer.
Pour l’instant, aucune entreprise pétrolière n’a annoncé de nouvelles mines et les projets de croissance restent modestes par rapport aux précédentes flambées d’activités dans les sables bitumineux.
Le projet de pipeline, qui devrait être déclaré d’intérêt national cette semaine, transporterait cependant 1 million de barils supplémentaires par jour, ce qui demandera une augmentation de la production.

Le nouveau projet de pipeline prévoit de suivre le même corridor que le pipeline existant Trans Mountain, mais aboutirait plus au sud.
Photo : Radio-Canada
Le gouvernement albertain vise d'ailleurs un doublement du nombre de barils produits d'ici 2035.
Ottawa a aussi apporté de nombreuses modifications réglementaires demandées par l'industrie.
Plus personne ne parlait d'investissement ni d'expansion et ça a complètement changé. On attend encore les décisions finales d'investissement, mais l'enthousiasme est là, constate la présidente de la Chambre de commerce de Fort McMurray, Dianna de Sousa.

Selon les habitants de Fort McMurray, la municipalité a repris vie après plusieurs années de stagnation.
Photo : Radio-Canada / Tiphanie Roquette
Signe de ce rebond d’activités, la foire locale, la Oil Sands Expo, a fait salle comble et, selon Dianna de Sousa, les exposants sont majoritairement des entreprises qui ne sont pas originaires de la région.
Venue du Québec, l’entreprise de services de convoyeurs et de pompes, 2SP Solution Providers, y a établi un stand pour la première fois.
Selon son directeur de ventes techniques, Jason Brazeau, l’accent mis sur le pétrole et sur le commerce interprovincial a incité l’entreprise à explorer d’autres secteurs d’activité.
On attaque ce marché-là. On en profite avec la guerre commerciale [avec les États-Unis]. Pourquoi pas lancer notre chapeau dans le jeu?, explique-t-il.

Jason Brazeau (à gauche) et son collègue participent pour la première fois à la foire Oil Sands Expo pour prendre le pouls de ce nouveau marché.
Photo : Radio-Canada / Tiphanie Roquette
Éviter la surchauffe
Le chef d’exploitation de l’entreprise Alcor, Kristopher Yarish, ne pense toutefois pas à une répétition des booms passés, qu'il ne souhaite pas par ailleurs.
Il se souvient de ses débuts à Fort McMurray il y a 20 ans et des embouteillages d’une durée de quatre heures pour se rendre aux sites pétroliers, à une trentaine de kilomètres au nord de la ville.
Quand les activités explosent, les salaires grimpent. C’est impossible de garder du personnel parce que tout le monde se vole les employés. [...] Et tout à coup, la bulle éclate et tous les habitants locaux se noient sous le poids de leurs hypothèques, explique-t-il.
On a besoin d’une croissance plus stable que d’un pic.
Ancien travailleur de l’industrie, Shane Ganong ne croit pas que les pétrolières pomperont autant de ressources qu’avant. Les années de récession les ont forcées à réduire leurs coûts et à gagner en efficacité, dit-il.

Shane Ganong est devenu instructeur en conduite de machinerie après plusieurs années au sein de l'industrie pétrolière.
Photo : Radio-Canada / Tiphanie Roquette
Reconverti comme instructeur au collège Keyano, il s’inquiète toutefois d’un manque de main-d’œuvre.
Le Collège a besoin de plus de financement. Nous avons besoin de plus de soutien des gouvernements fédéral et provincial parce que, sans cela, on va avoir du mal à fournir les besoins de l’industrie, croit-il.
Du côté de l’immobilier, l’inquiétude est aussi là. Les statistiques montrent des ventes en hausse de 8 % à 33 % plus élevées cette année par rapport à l’année dernière.
On commence à être à court de stock. Ça baisse tous les mois et la demande est vraiment forte cette année, souligne Paige Cyr, agente immobilière.
Les dix dernières années de stagnation ont fait fuir les grands promoteurs immobiliers, dit-elle. Il y a beaucoup de terrains vides et les constructeurs attendent que les prix remontent avant de lancer les chantiers.

Fort McMurray a entrepris des travaux pour pallier les risques d'inondations et préparé des terres au développement résidentiel pour une future croissance.
Photo : Radio-Canada / Tiphanie Roquette
Le conseiller municipal Kyle Vandecasteyen rassure toutefois que ces terrains vides participent de la stratégie de préparation de la municipalité, à savoir construire les infrastructures avant un afflux de population.
Sur les bords de la rivière Clearwater, des engins de chantiers préparent les rives contre les inondations. Au nord de la ville, un centre Walmart sort de terre avant les habitations.
Nous sommes prêts pour la croissance, le monde et l’industrie le voient.
Et si les projets s’effondrent?
Pendant les années de vaches maigres, la municipalité a travaillé à diminuer le nombre de résidents temporaires qui font la navette d'autres provinces.
Au dernier recensement municipal, la population de la région avait grossi pour la première fois en 10 ans, et 8 personnes sur 10 y vivaient de manière permanente.
C’est pour cela que la présidente de la Chambre de commerce ne craint pas l’échec des nouveaux projets pétroliers.
Fort McMurray a bien évolué depuis ses années de boomtown. C’est une économie moderne fondée sur les ressources naturelles, fait-elle valoir.
Avec la collaboration de Kyle Bakx et Vincent McDermott


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