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Après six mois de conflit au Moyen-Orient qui continue de paralyser le détroit d'Ormuz, les scénarios catastrophes d’un baril de pétrole à 200 $ se sont dissipés. Les bouleversements du marché pétrolier durent toutefois bien plus longtemps que ce que de nombreuses entreprises canadiennes anticipaient. Certaines tirent la langue.
Dans les champs de l’Alberta, les moissonneuses-batteuses font rugir leur moteur à un coût beaucoup plus élevé que l’année dernière.
Selon l’agriculteur et président de l’association Alberta Grains, Scott Jespersen, le litre de diesel coûte 80 cents de plus qu’à la même période en 2025. Pour une exploitation comme la sienne, cette hausse se traduit à une facture de 40 000 $ à 50 000 $ supplémentaires.
C’est une augmentation énorme qui va ronger la rentabilité des fermes, se désole cet agriculteur qui fait pousser plusieurs types de céréales à l'est d'Edmonton.

Selon Scott Jespersen, de nombreux agriculteurs n'ont pas la capacité d'acheter et d'entreposer les dizaines de litres de diesel nécessaire aux récoltes.
Photo : Alberta Grains
Pour adoucir les fluctuations du coût du carburant, les fermiers peuvent l’acheter à l’avance. Mais dans le cas de Scott Jespersen, la période d’achat était en avril.
C’était au début et tout le monde se disait que ça n’allait pas durer aussi longtemps, explique-t-il. Nous en avons pris un peu, mais pas assez. Du coup, on va payer le prix fort pour le diesel, ce qui représente une dépense colossale pour les moissons.
Nous sommes vraiment à la merci du marché. [...] Comment les fermiers sont-ils censés s’y retrouver dans les fluctuations du monde politique?
La prolongation de la suspension de la taxe d’accise sur le carburant est bienvenue, dit-il, même si elle ne fait que soulager une partie des incertitudes auxquelles les fermiers sont confrontés. La météo et, bien sûr, les tarifs américains et contre-tarifs canadiens font partie des nuages noirs à l'horizon.
Le camionnage « en mode survie »
Comme l'agriculteur et tant d'autres, la durée du conflit entre l’Iran, les États-Unis et Israël a pris par surprise l’entreprise albertaine IB Transport.

L'entreprise IB Transport a une vingtaine d'employés, mais a dû mettre à pied deux chauffeurs à cause du coût des carburants.
Photo : IB Transport
Selon le responsable des opérations, Alpha Baldé, la compagnie a encaissé la hausse des coûts lors des deux premiers mois en pensant que la crise serait temporaire. Puis l’entreprise a dû accroître ses prix. Le carburant représente de 25 % à 35 % de ses dépenses.
[Certains clients] n'ont pas compris et ont voulu aller ailleurs. Mais ils se sont rendu compte que l'augmentation était partout, explique Alpha Baldé.
Depuis qu'il y a eu ce conflit, nous sommes, pour certains cas, à perte, certains cas en mode survie.
IB Transport a dû mettre à pied deux chauffeurs parce que certains trajets n’étaient plus rentables et d’autres clients ont diminué leur cargaison.
Selon l'Association du transport routier de l'Alberta, les entreprises de camionnage ont souvent recours à des suppléments carburant pour faire face à la volatilité des prix, mais les petites compagnies ont plus de difficultés à faire accepter les augmentations aux clients.
Un avenir imprévisible
Alpha Baldé s’inquiète pour le futur alors que le prix du pétrole est reparti à la hausse. L’hiver est souvent une période moins achalandée pour l’entreprise.
Le prêt du Compte d’urgence pour les entreprises canadiennes, mis en place pendant la pandémie, devra aussi être remboursé d’ici la fin de l’année.
Quand nous regardons l'horizon, ce n'est vraiment pas un horizon encourageant. Actuellement, c'est l'incertitude, c'est l'inquiétude. Vous pouvez aligner tous les superlatifs que vous voulez, lance-t-il.
Impossible d’offrir une garantie sur l’évolution des prix selon Patrick de Haan, analyste pétrolier chez GasBuddy. [Ça a été] les six derniers mois les plus volatiles en termes de prévision des prix pétroliers et gaziers.
Il explique que la volatilité ne provient pas seulement de l’état des négociations entre l’Iran et les États-Unis, mais aussi de la réaction d’autres pays à ce conflit.
La Chine, qui est un des plus gros consommateurs de pétrole au monde, a réduit de manière draconienne ses importations de pétrole. Cela a énormément contribué à contenir la hausse des cours du pétrole cette année, souligne-t-il. Si elle décide de racheter des millions de barils de pétrole, nous pourrions rapidement voir des prix au-dessus de 100 $ le baril.
Pas d'effet boule de neige, pour l'instant
Cette même incertitude se reflète dans l’impact sur l’économie canadienne. Pour l’instant, la hausse des prix s’est surtout limitée aux produits énergétiques. En excluant l’essence, l’inflation est stable à 2,2 %.
Mais la question maintenant est [de savoir] si le choc reste limité à l’énergie ou s’il va se diffuser au reste de l’économie , observe Marc Desormeaux, économiste au Conseil canadien des affaires.
Il y a plus de risques plus le conflit se prolonge.
Ses mots font écho à la mise en garde de la Banque du Canada à l’annonce du maintien du taux directeur la semaine dernière.
Plus les prix du pétrole et les marges des raffineries resteront élevés longtemps, plus les risques de transmission aux prix d’autres biens et services seront grands, souligne-t-elle.
Résilience inattendue
Le PDG de la compagnie de logistique CSA Transportation, Herman Fallick, demeure toutefois optimiste quant à l’avenir.
Lui aussi a été surpris par le début du conflit et l’entreprise a dû ajuster ses prix à la hausse. Sa taille et son expérience de 40 ans dans le secteur lui permettent cependant d’absorber une partie des coûts. Nous avons même réussi à gagner des parts de marché grâce à cela, explique-t-il.
Le PDG se concentre donc sur le positif : une économie canadienne dont la résilience surprend et des entreprises qui s’adaptent à une nouvelle réalité. La compagnie ouvrira son 16e terminal de distribution le 1er octobre.
Sans oublier que cette crise profite à certains. Les compagnies pétrolières engrangent des profits et les coffres de l'Alberta sont passés du rouge à un surplus anticipé.


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