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Après 32 ans : toujours pas de libération conditionnelle pour le meurtrier d’un policier

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La Commission des libérations conditionnelles du Canada a refusé, jeudi, de libérer le meurtrier Clinton Gayle après une audience depuis sa prison en Colombie-Britannique. Elle estime que l’homme de 58 ans manque toujours d’introspection 32 ans après son crime. M. Gayle a écopé de la perpétuité pour le meurtre prémédité de l’agent Todd Baylis, en 1994, à Toronto, et pour tentative de meurtre contre le coéquipier de sa victime, Mike Leone.

Les deux policiers effectuaient une patrouille de routine dans un complexe de logements sociaux, lorsqu’ils sont tombés sur Clinton Gayle, un trafiquant de drogues. L’agent Baylis avait alors 25 ans.

Le procès avait montré que le vendeur de crack ne voulait pas que les policiers découvrent qu’il avait été libéré sous caution, qu’il lui était interdit de posséder une arme et qu’il faisait l’objet d’un avis d’expulsion des autorités de l’immigration après avoir été passé inaperçu pendant des années.

Clinton Gayle avait été condamné à 25 ans de prison ferme. Après son procès, il avait perdu son appel. Pendant des décennies, il a soutenu, sans succès, qu’il avait agi par légitime défense.

Le meurtrier avait déjà été entendu devant la Commission en 2019, 2021 et 2024. Il a réussi au cours des années à être transféré d’un pénitencier à sécurité maximale à un établissement à sécurité moyenne avant d’aboutir dans une prison à sécurité minimale.

Déclarations d’impact des familles

L’audience de Clinton Gayle a été marquée par l’affliction, la colère et le dépit de la famille de la victime et du policier survivant, qui avaient prié la Commission de ne pas libérer le meurtrier.

La déclaration de la mère de Todd Baylis, sur une plateforme numérique, a été particulièrement émouvante.

Sharon Baylis mentionne qu’elle garde de beaux souvenirs de son fils, mais qu’un sentiment de malaise lui revient chaque fois qu’elle pense à lui.

Je n’ai jamais pu consoler ni mon mari ni mon second fils de leur douleur et de leur chagrin, déclare-t-elle.

Cory Baylis regarde une photo de son frère dans un cadre.

Le frère de la victime, Cory Baylis, soutient qu’il doit recourir à des photos de son frère pour se souvenir à quoi il ressemblait. (Photo d’archives)

Photo : Radio-Canada / Kelda Yuen

Mes moments heureux se transforment rapidement en épisodes de désespoir, dit-elle en précisant qu’elle tentait de tourner la page, mais qu’elle en était incapable.

Todd était chaleureux, il avait un beau sourire, il adorait la vie, sa famille et son travail, se rappelle-t-elle.

En s’adressant au meurtrier, elle l’a qualifié de criminel vicieux et corrompu, elle a rappelé que l’arme de son fils était sécurisée dans son étui et qu’il n’avait donc pas pu la dégainer en premier, le soir du 17 juin 1994, comme le soutient le meurtrier.

Vous n’avez aucune introspection et vous méritez de purger une peine à perpétuité, conclut-elle.

Cory Baylis (à gauche) et Todd Baylis.

Cory Baylis (à gauche) affirme qu’il ne connaîtra jamais les enfants de son frère (à droite) et que leurs familles respectives ne pourront jamais se rencontrer à Noël. (Photo d’archives)

Photo : Avec l’autorisation de Cory Baylis

Cory Baylis a pour sa part déclaré qu’il adorait son grand frère, qu’il considérait comme son meilleur ami et qu’il ne se passait pas un jour sans qu’il ne lui demande son aide, lorsqu’il faisait des bêtises.

Je suis devenu enfant unique, dit-il en faisant référence à sa mère, qui doit poursuivre son deuil seule depuis la mort de son père.

M. Baylis a mis en garde la Commission de ne pas se faire berner par Clinton Gayle, qu’il accuse d’être un menteur, un fourbe et un manipulateur.

Son ADN est complètement dénué de toute molécule de vérité, précise-t-il.

Cory Baylis regarde des photos de famille éparpillées sur une table.

Cory Baylis, que l’on voit chez lui en 2019, affirme que Clinton Gayle a plongé sa famille dans le désespoir et la détresse. (Photo d’archives)

Photo : Radio-Canada / Kelda Yuen

La question n’est pas de savoir s’il va récidiver, mais plutôt quand il va le faire, ajoute-t-il en s’adressant aux commissaires.

Il conclut qu’il est déjà très insultant pour [s]on frère que le meurtrier ait pu être transféré dans un pénitencier à sécurité minimale.

Mike Leone a également répété que Clinton Gayle avait été incapable en 32 ans d’afficher le moindre remords et qu’il devait rester en détention. Il continuera à mépriser l’autorité et la loi, dit-il.

Sans de sincères remords, il ne peut y avoir de réinsertion dans la société… sa requête pour une libération doit être refusée, ajoute-t-il.

M. Leone a, en outre, fustigé la Commission pour n’avoir donné aux familles qu’un préavis de 20 jours avant la tenue d’une audience en personne de Clinton Gayle.

Il est choquant qu’il puisse encore contrôler le processus judiciaire ; c’est une insulte à notre dignité, dit-il.

Aveux contradictoires du meurtrier

L’agent de probation de Clinton Gayle rappelle qu’il n’a commis aucun délit en détention depuis 2008, qu’il est rempli de remords, qu’il accepte la responsabilité de son crime et que son risque de récidive est gérable.

L’agente mentionne que le meurtrier a fait des progrès en détention et qu’il a le soutien de sa communauté en Jamaïque.

Un risque gérable signifie qu’un criminel présente une probabilité de commettre une nouvelle infraction, mais que cette probabilité peut être maintenue à un faible niveau et maîtrisée grâce à un soutien et une surveillance.

Source: Ministère de la Justice du Canada

Pour sa défense, Clinton Gayle a continué à dire qu’il avait tiré en second ce soir-là. L’un des deux commissaires s’interroge toutefois sur une telle affirmation. C’est la quatrième fois que vous changez votre position à ce sujet, non?, dit-il perplexe.

À sa première audience, Clinton Gayle a admis pour la première fois qu’il avait paniqué en ouvrant le feu sur les deux policiers.

Deux ans plus tard, le meurtrier est revenu à sa thèse initiale du procès, selon laquelle il s’agissait d’un acte de légitime défense après avoir été attaqué par la police.

Le corridor d’une prison avec à gauche un gros plan sur les barreaux d’une cellule.

Clinton Gayle est détenu depuis près de quatre ans dans une prison à sécurité minimale en Colombie-Britannique. (Photo d’archives)

Photo : Radio-Canada

À sa dernière audience, il avait déclaré qu’il ne voulait pas que la police le surprenne avec de la drogue sur lui et qu’il avait donc tiré par impulsivité et sans réfléchir.

Clinton Gayle affirme cette fois qu’il pensait que sa vie était en danger et qu’il se croyait justifié d’ouvrir le feu sur les deux agents.

Ce n’était pas mon intention de le tuer, mais plutôt de les effrayer pour prendre la fuite, explique-t-il.

Ce revirement de situation a mené à un dialogue de sourds auquel l’avocate du meurtrier a tenté de mettre fin. Nous ne sommes pas ici pour refaire son procès, dit-elle.

Expulsion retardée en Jamaïque

Le meurtrier a mentionné qu’il croit être en mesure de changer et que Dieu dit que chacun peut se repentir.

Je sais maintenant où je veux aller… D’être respectueux à l’endroit des autres et de rester dans le droit chemin, déclare-t-il.

Je suis honteux et je comprends le traumatisme que j’ai causé à la famille Baylis, à Mike Leone, au service de police et à la communauté et je ne me mettrai plus jamais dans une situation pareille, poursuit-il.

Des bâtisses derrière une double clôture de barbelés avec en arrière-plan une montagne couverte de forêt.

La prison de Mission, en Colombie-Britannique, où Clinton Gayle a suivi des programmes de réinsertion sociale. Il a entre autres complété son secondaire au pénitencier. (Photo d’archives)

Photo : La Presse canadienne / Jonathan Hayward

Je suis heureux de l’homme que je suis devenu aujourd’hui en prison, souligne-t-il en précisant qu’il regrettait ce qu’il avait fait et qu’il voulait retrouver sa famille.

Je suis profondément désolé de ce que j’ai fait et je comprends la raison pour laquelle les Baylis ne souhaitent pas me pardonner, mais je leur souhaite de surmonter leur deuil, conclut-il.

Clinton Gayle, qui n’est pas Canadien, avait manifesté le désir de retourner en Jamaïque vivre avec son oncle, si jamais il devait obtenir une libération conditionnelle. Son oncle est un commissaire adjoint de police à retraite.

La famille Baylis s’y était toutefois catégoriquement opposée.Il ne devrait pas s’en sortir aussi facilement en retrouvant sa liberté pleine et entière, avait déclaré Cory Baylis.

Les deux commissaires de la Commission rendront les raisons de leur décision par écrit à une date ultérieure.

Ils expliquent néanmoins brièvement que le meurtrier fait preuve de peu d’introspection, qu’il représente toujours un risque pour la sécurité du public, au pays comme en Jamaïque, et que son éventuelle réinsertion sociale dans son pays natal ne pourra pas être soumise à une surveillance en bonne et due forme, même s’il a le soutien de sa famille.

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