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C’est une hécatombe silencieuse : des millions d’animaux sont morts en France en raison des canicules à répétition cet été. Les volailles, particulièrement sensibles à la chaleur, ont payé un lourd tribut : 2 % du cheptel national a été touché, notamment en Bretagne. Après cet été meurtrier, les aviculteurs réfléchissent déjà à des solutions d’adaptation pour l’année prochaine.
« Ça, c’est un lot qui a subi de plein fouet la canicule », commente Antoine Chaumette en ouvrant la porte d’un des poulaillers de son exploitation bio située à Saint-Gildas-de-Rhuys, dans le département du Morbihan. À l’intérieur, une centaine de poules pondeuses délivrent un medley de caquetages et de gloussements. « On en a retrouvé mortes dans le poulailler et sur le parcours, soupire l’aviculteur. Leur corps n’arrivait plus à réguler la température. »
L’éleveur a perdu 110 volailles sur un cheptel d’environ 3 000. Du jamais vu pour celui qui exerce depuis neuf ans, dans un département – le Morbihan – jusqu’ici peu habitué aux chaleurs extrêmes. « Nos poulets sont régulièrement dehors et la proximité de la mer apporte régulièrement un vent frais, donc les canicules nous préoccupaient assez peu », admet l’exploitant, surpris par l’épisode de juin qui aura été le plus fatal à ses gallinacés. Un épisode qui lui aura toutefois permis « de mieux connaître désormais le seuil de tolérance des animaux par rapport aux fortes températures. »
Pris de court et peu préparé, Antoine Chaumette a tenté de réagir. Il a opté pour la ventilation naturelle en ouvrant les trappes de ses poulaillers, notamment la nuit, mais au prix d’une surveillance renforcée pour éviter d’aiguiser l'appétit des prédateurs. L’aviculteur espère à terme pouvoir créer des zones d’ombre avec les jeunes pousses d’arbres plantés il y a quelques années sur son exploitation et qui, pour l’instant, n’ont pas atteint leur taille adulte. En attendant, il a fait avec les moyens du bord : « On a tendu deux bâches près des poulaillers pour créer des zones d’ombres. »
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Des œufs plus petits
Ces solutions d’appoint ont été efficaces puisqu’aucune perte n’a été enregistrée dans sa ferme lors des épisodes caniculaires suivants. Mais elles n’ont pas permis d’atténuer les conséquences identifiées sur la production. « Le calibre des œufs a diminué », constate Antoine Chaumette. Dans sa main droite, un œuf de taille classique, dans celle de gauche, un exemplaire d’un bon centimètre de moins. La taille de ses poulets a aussi rétréci. Il en pointe un du doigt : « Celui-ci, d’environ 1,2 kilogramme, doit normalement peser 1,5 kilogramme. Il y a jusqu’à un tiers de poids en moins sur certaines bêtes. La surconsommation d’aliment pendant la canicule leur a davantage permis de réguler la température que de produire de la viande », développe l’éleveur.
Loin d’être résigné ou abattu, Antoine Chaumette perçoit l’été 2026 comme « une leçon » pour les années à venir. D’ailleurs, avec d’autres aviculteurs, il réfléchit déjà à des solutions d’adaptation pour l’été prochain. La priorité : ses poulaillers. Pourquoi pas installer de la ventilation dynamique couplée à des brumisateurs ou repeindre les toits en blanc, comme le font ses confrères maraîchers, pour réfléchir les rayons du soleil au lieu de les absorber et ainsi limiter la fournaise dans ses bâtiments. « Ce sont des investissements, mais ils seront amortis en évitant des pertes les années suivantes. »
Des volailles sensibles à la chaleur
La surmortalité des volailles durant l’été a atteint des niveaux records en France. Jusqu’à 2 % du cheptel national a succombé aux fortes chaleurs, soit entre 3 et 4 millions de poulets, « dont 2 à 3 millions pour la seule canicule du mois de juin », précise Yann Nédélec, directeur général de l’Association nationale interprofessionnelle de la volaille de chair. « La précocité de l’épisode, sa durée et le fait que les températures n’ont pas baissé la nuit, ont provoqué des ravages dans certains élevages. »
Cette surmortalité s’explique par l’inadaptation de certaines fermes à des canicules dépassant les 40 degrés à l’ombre et par le fait que les volailles sont particulièrement sensibles à la chaleur. Elles ne transpirent pas, elles halètent pour réguler leur température. Résultat, leur rythme cardiaque s’accélère et elles meurent le plus souvent d’épuisement ou d’étouffement.
C’est dans l’ouest de la France, dans les Pays de la Loire et en Bretagne, que cette surmortalité a le plus lourd impact. La région armoricaine représente à elle seule un tiers de la production nationale de volailles. La mortalité y est telle que les entreprises d'équarrissage se sont vite retrouvées débordées face à l’afflux de carcasses d’animaux morts. Au point que certaines préfectures ont exceptionnellement autorisé les éleveurs à enfouir leurs bêtes sur leurs exploitations.
Brumisation et ventilation
Si les canicules n’ont épargné aucune branche de l’aviculture, c’est bien dans les élevages intensifs que les pertes ont été les plus importantes. Mais les grosses exploitations sont aussi les mieux équipées. À une centaine de kilomètres plus au nord du Morbihan se trouve le petit village de Mauron, où se situe la ferme familiale de Clément Moy, jeune agriculteur de 27 ans. Ses cinq poulaillers géants sont parfaitement outillés : « Une brume envoie un spray d’eau et en parallèle des ventilateurs sortent l’air vers l'extérieur du bâtiment. Ce courant d’air permet de donner un ressenti de frais », développe l’éleveur au moment où les turbines se mettent justement en marche.
Ce système lui a permis de passer l’été sans encombre. Aucune perte dans son poulailler qui compte pas moins de 24 000 volailles et où la température n’a pas dépassé les 30 degrés quand il en faisait dix de plus à l’extérieur. « Aujourd’hui, je peux dire que j’ai réussi à traverser cet été sans casse, mais il ne faut pas croire que cela va durer éternellement comme cela », tempère l’agriculteur.
Un modèle à repenser
Car Clément Moy en est conscient : plus les étés seront chauds et secs, plus il sera difficile de s’adapter. Il plaide pour des changements plus profonds : « Il ne faut pas davantage de brumisation et de ventilation. Il faut se demander pourquoi notre élevage est aussi sensible à la chaleur. Et là, on en vient à des solutions plus complexes qui demandent des investissements plus difficiles à mettre en place pour investir dans des poulets plus résistants, qui grandissent moins vite, et dans des densités d’élevages moins importantes. Le cœur du sujet, c’est de s'interroger sur notre modèle. »
Avec ses 120 vaches laitières et ses cinq poulaillers géants, le jeune éleveur pourrait passer pour un ardent défenseur de l'agriculture productiviste. Il prône au contraire la transition agroécologique dans sa ferme. Mais repenser son modèle aura nécessairement un coût : « Un poulet qui grandit moins vite et des poulaillers avec moins d’animaux, c’est une bonne chose. Mais pour nous, les charges restent identiques. Il faudra donc vendre la viande plus cher et le consommateur devra l’accepter. » Mais Clément Moy le concède : sans accompagnement politique et économique, il ne pourra rien faire. La transition est l’affaire de tous, « de tous les acteurs de la filière », conclut-il.
À écouter dans DécryptageLes droits des animaux, défi démocratique du XXIème siècle ?


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