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Tribune

Elisa Goudin

Professeure d’études germaniques à l’université Sorbonne-Nouvelle

Le 6 septembre, le parti d’extrême droite a remporté une large victoire lors d’élections régionales en Saxe-Anhalt, un land de l’ancienne Allemagne de l’Est. Dans une tribune au « Monde », la germaniste y voit la conséquence de l’après-chute du mur en 1989 : « L’unification n’en fut pas une. »

Publié aujourd’hui à 14h16, modifié à 14h17 Temps de Lecture 4 min.

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Le résultat d’Alternative für Deutschland (AfD, extrême droite) en Saxe-Anhalt est à juste titre qualifié d’historique : 43,8 % des voix (contre 20,8 % en 2021) et un taux de participation très élevé. Le précédent meilleur score de ce parti était « seulement » de 32,8 % en Thuringe en 2024. Ce que révèle cet énorme écart, c’est bien plus qu’une progression des idées d’extrême droite. Le retour de l’antisémitisme, de la xénophobie et des discours nazis dans l’espace public n’est pas seulement l’œuvre de l’AfD, les autres partis sont coresponsables de cette victoire, qui est le symptôme d’une maladie chronique de la démocratie allemande. Les partis classiques, hérités de l’Ouest, ont souvent adopté une posture de donneurs de leçons, comme pour faire entendre raison à ces Allemands de l’Est qui ne comprendraient décidément rien à la démocratie et à l’Etat de droit, voulant prendre en charge leur alphabétisation politique. Le mépris de classe ou le mépris régional n’étaient jamais loin.

L’essor de l’AfD ne se limite pas aux frontières de l’ex-République démocratique allemande (RDA). Mais c’est là qu’il continue à faire ses meilleurs scores. Beaucoup analysent l’AfD comme la revanche des Allemands de l’Est contre l’Ouest et contre les injustices subies après 1990. Voter pour un parti extrémiste est très paradoxal pour un peuple qui, quelques semaines seulement après le massacre de Tiananmen à Pékin [en juin 1989], s’est soulevé courageusement contre le régime communiste en RDA.

Le manque d’adhésion à la démocratie à l’Est s’explique bien moins par un manque de culture politique des Allemands de l’Est, comme on l’entend dire souvent, que par une déception fondamentale : la démocratie n’a pas rempli, depuis trente-cinq ans, son mandat de créer de l’égalité des chances et de la reconnaissance sociale pour tous. En 1949, elle est arrivée à l’Ouest avec le plein-emploi, le miracle économique, l’Etat-providence, tandis qu’à l’Est son arrivée a coïncidé avec un chômage massif après la « thérapie de choc » pour apporter le capitalisme, la délégitimation brutale de toute une période de vie et des peurs collectives, au point qu’en 1994 le taux de natalité dans l’ancienne RDA a atteint le chiffre de 0,77 enfant par femme. Dans aucun autre Etat du monde (hormis… le Vatican !), à aucune époque, on a enregistré un taux aussi bas. Plus personne ne se projetait dans la parentalité, et donc dans l’avenir.

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