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Chronique

auteur

Stéphane Lauer

Editorialiste au « Monde »

Le Sommet international sur l’espace de Paris, les 9 et 10 septembre, constitue une opportunité pour lancer le projet d’une capsule capable d’embarquer des hommes. Ce serait un pari industriel, dont les retombées dépasseraient le seul secteur spatial, explique Stéphane Lauer, éditorialiste au « Monde », dans sa chronique.

Publié aujourd’hui à 14h00 Temps de Lecture 3 min.

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Kourou, septembre 2034. Le jour ne s’est pas encore levé sur le pas de tir du Centre spatial guyanais quand six spationautes prennent place dans une capsule frappée du drapeau européen. Dans quelques heures, ils rejoindront l’orbite terrestre à bord du premier véhicule habité européen. La scène n’a rien d’un exercice de politique-fiction. Elle peut devenir notre futur proche, pour peu que l’Europe décide cette semaine de le rendre possible.

C’est en partie ce qui se joue au Sommet international sur l’espace, qui se tient à Paris, mercredi 9 et jeudi 10 septembre. Le danger est qu’il suive le rituel bien rodé des grandes messes européennes : de belles paroles sur l’ambition spatiale, un satisfecit sur les succès passés d’Ariane et de Galileo, une invitation solennelle à la jeunesse à rêver aux étoiles. Puis chacun rentrera chez soi et continuera de regarder d’autres puissances écrire l’histoire de la conquête spatiale. Ce serait une occasion manquée, et une erreur stratégique, car l’Europe dispose aujourd’hui d’une fenêtre de tir inédite pour se doter enfin de son propre véhicule habité.

Pour la première fois, trois évolutions majeures se conjuguent.

La technologie du vol habité a considérablement mûri : l’Europe maîtrise déjà ce qu’il faut pour envoyer et ravitailler des équipages en orbite. Il ne s’agit pas de réinventer le vol spatial, mais de passer du statut de partenaire technologique à celui de puissance autonome.

Le calendrier américain rend cette perspective particulièrement intéressante. Le programme Commercial Crew de la NASA repose sur SpaceX et sur Boeing. Or le Starliner de Boeing n’est toujours pas certifié pour transporter des équipages, après une série de difficultés techniques. Par ailleurs, rien ne garantit qu’Elon Musk, le fondateur de SpaceX, maintienne indéfiniment en service la capsule Dragon, aujourd’hui seule à assurer les rotations habitées depuis le sol américain. Washington, focalisé sur la conquête de la Lune, pourrait donc avoir besoin d’un véhicule additionnel. L’Europe a la possibilité de se positionner pour servir le marché américain.

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