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Au Conseil de la fédération, mardi à Charlottetown, plusieurs provinces ont conclu un accord qui permet aux producteurs d’alcool de vendre leurs produits partout au pays, directement aux consommateurs.
L’entente a été annoncée moins de 24 heures après celle, par les États-Unis, d’une possible imposition de tarifs douaniers de 50 % sur plusieurs produits canadiens, dont l’alcool.
En Nouvelle-Écosse, où les vignobles de la vallée d’Annapolis et les nombreuses microbrasseries se sont taillé de belles réputations, l’accord pour faciliter les échanges commerciaux entre les provinces est bien accueilli, du moins sur le principe.
Quel sera le prix à payer?
Pouvoir transiger l’alcool entre les provinces est une chose que l’industrie réclamait depuis déjà trop longtemps, a indiqué en entrevue, mercredi, Brian Titus, président et cofondateur de la brasserie Garrison, fondée à Halifax il y a près de 30 ans.
Si un touriste fait l'essai d'une vodka ou d'un whisky artisanal lors d'une visite en Nouvelle-Écosse et veut plus tard en commander, il doit y avoir une façon de le faire, et il semble qu'ils [les gouvernements provinciaux] l'aient trouvé, déclare le brasseur.
Le facteur qui pourrait tempérer l’enthousiasme, prévient-il, est combien les partenaires interprovinciaux demanderont aux producteurs d’alcool.

Brian Titus est président et cofondateur de la brasserie Garrison. (Photo d'archives)
Photo : CBC / Blair Sanderson
Le diable est dans les détails. Les provinces auront leurs propres règles, dit Brian Titus. Le producteur devra payer quelque chose à la province dans laquelle il vendra.
Par exemple, la Nouvelle-Écosse perçoit une taxe de 5 % lorsqu’un producteur local envoie une commande à l’intérieur de la province, ce que le président de Garrison considère comme étant raisonnable.
Il faut espérer que les provinces comprendront qu'il n'y a pas beaucoup de marge de profit lorsqu'on expédie de l'alcool à l'autre bout du pays en petites quantités, dit Brian Titus.

Jean-Benoit Deslauriers est chef de l'innovation chez Benjamin Bridge. (Photo d'archives)
Photo : Radio-Canada / Paul Légère
Pour le consommateur, le prix de base du produit désiré sera une variable à considérer.
Si une bouteille de vin avoisine les 30 $, peut-être que les frais de livraison en relation avec le prix du produit pourraient être assez favorables, a souligné en entrevue, mercredi, le vigneron Jean-Benoit Deslauriers, chef de l'innovation chez Benjamin Bridge, un producteur de vin de la Nouvelle-Écosse.
C’est une excellente nouvelle, c’est une nouvelle qui vient alléger des paramètres qui autrefois étaient assez restrictifs, déclare-t-il.
On pourrait même aller jusqu’à dire que c’était plus difficile de faire affaire entre provinces canadiennes qu’entre pays de l'Union européenne, donc il y avait matière à réflexion, dit-il.

Frédéric Gionet est directeur des affaires législatives pour la région Atlantique à la Fédération canadienne de l'entreprise indépendante. (Photo d'archives)
Photo : CBC / Tony Davis
La Fédération canadienne de l'entreprise indépendante (FCEI) concède elle aussi qu’il y a encore peu de détails entourant la manière dont les échanges se feront.
Le coût de manutention et la complexité pourraient faire en sorte que le jeu n'en vaut pas la chandelle pour certains producteurs, a avancé Frédéric Gionet, directeur des affaires législatives pour la région Atlantique à la FCEI, dans un entretien, mercredi.
L’envoi, la manutention, le contrôle de la qualité qui doit être fait avant d'acheminer les produits, ça augmente les prix au consommateur et, justement, ça peut atténuer un peu la demande de ces produits-là des autres provinces, note-t-il.
L'alcool est lourd. On ne verra probablement pas l'envoi de grandes quantités par la poste, note à son tour Brian Titus, de la brasserie Garrison.
Vente directe vers 7 provinces de plus
La Nouvelle-Écosse avait déjà une entente avec l’Ontario pour la vente directe d’alcool entre les consommateurs des deux provinces.
L’Ontario est signataire de l’accord pancanadien conclu cette semaine à Charlottetown. Cette entente signifie que les producteurs néo-écossais de vins, bières et spiritueux peuvent à présente vendre directement aux consommateurs de la Colombie-Britannique, de l’Alberta, de la Saskatchewan, du Manitoba, de la Nouvelle-Écosse, de l’Île-du-Prince-Édouard et de Terre-Neuve-et-Labrador.
Le Québec et le Yukon ont exprimé leur soutien pour l’accord pancanadien et doivent apposer leurs signatures à une date ultérieure.

Un des nombreux vignobles de la Nouvelle-Écosse. (Photo d'archives)
Photo : Radio-Canada / Paul Légère
Les Néo-Écossais m’ont dit qu’ils souhaitaient avoir davantage de choix et un meilleur accès pour acheter et soutenir des produits fabriqués au Canada, a affirmé mardi dans un communiqué le premier ministre de la Nouvelle-Écosse, Tim Houston.
Ce dernier a lié l’annonce à celle des tarifs américains. Nous ne faisons pas que planifier l’avenir, nous ripostons dès maintenant. L’administration Trump a plongé le commerce mondial dans le chaos, et nous refusons de laisser les Néo-Écossais payer le prix des politiques de Washington, affirme Tim Houston.
Produit de consommation historiquement très contrôlé et très protégé par les provinces, l'alcool est un produit symbolique, d'après Frédéric Gionet, de la Fédération canadienne de l'entreprise indépendante.
Il espère ainsi que ce sera précurseur d'une meilleure coopération dans le commerce interprovincial en général.
C'est un petit pas de l'avant pour améliorer le commerce interprovincial, mais aussi on reconnaît qu'il y a beaucoup de chemin à faire si on veut vraiment contrer les impasses qu'on a avec notre partenaire américain, dit le représentant de la FCEI.
Si ceci peut fonctionner, si les règlementations peuvent être éliminées, si la paperasse reliée à cet effort-ci est très, très, très minime, ça met un exemple pour les autres enjeux du commerce interprovincial, affirme Frédéric Gionet.
D’après le reportage d’Agathe Boucart


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