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Après une série de drames ayant secoué la jeunesse locale en 2018, un projet communautaire de North Battleford a transformé une maison centenaire en un lieu d'accueil chaleureux et gratuit. Entièrement conçu et dirigé par des adolescents, l'espace brise l'isolement dans une région où les ressources pour les 12 à 18 ans manquaient cruellement.
Pendant des années, le sous-sol vétuste d'une résidence centenaire de North Battleford alimentait les légendes urbaines. Entre les rumeurs de maison hantée et l'étrange porte rouge aperçue par le soupirail, peu d'adolescents osaient s'en approcher.
Aujourd'hui, l'endroit héberge le Shared Spaces Project (projet d'espaces partagés), une initiative pilotée par l'antenne locale de Grands Frères Grandes Sœurs (Big Brothers Big Sisters of the Battlefords). Les murs décrépits ont fait place à des affiches colorées, des messages d'entraide, un téléviseur, un bar à collations et même une buanderie mise gratuitement à la disposition des jeunes.
Je suis descendu et la fameuse porte rouge avait disparu. Je me suis dit que ce n'était pas hanté et que c'était un bon endroit où être, raconte Sam Woodrow, un élève de 11e année qui compte désormais parmi les habitués.
L'électrochoc de 2018
Cette métamorphose découle d'une période sombre. En 2018, la communauté de North Battleford a été secouée par la perte tragique de six jeunes en l'espace de quelques mois. Des drames qui révélaient l'extrême vulnérabilité des adolescents de la région.
Nous avons réalisé qu'il fallait impérativement comprendre ce qui se passait, relate Renee Sperling, coordonnatrice du projet.
En consultant directement les principaux concernés, le constat s'est avéré sans appel. Les jeunes nous ont dit : "Passé l'âge de 12 ans, il n'y a plus rien pour nous ici. Nous sommes livrés à nous-mêmes, sans aucun endroit spécifique où nous poser avec des adultes bienveillants", poursuit Mme Sperling.
Plutôt que d'imposer un modèle préconçu par des adultes, l'organisme a fait le pari de confier les rênes aux adolescents eux-mêmes.
De la disposition de mon bureau au choix de la peinture, en passant par les meubles et les ateliers, tout a été décidé par les jeunes, insiste la coordonnatrice. Mon rôle s'est limité à financer et à coordonner la livraison.

Renee Sperling, responsable de programme et coordonnatrice adulte alliée du projet d’espaces partagés (Shared Spaces Project), dans son bureau.
Photo : Radio-Canada / Emma Stuart-Kiss
Un sanctuaire sans pression sociale
Achevé en 2023, le lieu propose désormais des soirées thématiques bimensuelles, des ateliers artistiques, des sorties éducatives et des groupes de discussion.
Pour Natalie Voigt, 17 ans, cet espace représente une pause salutaire face aux exigences scolaires et familiales.
C'est précieux de se retrouver dans un endroit où l'on n'est pas responsable de tout et où personne n'attend rien de nous, témoigne l'élève de 12e année. On vient simplement pour être ensemble.
Au-delà des activités, la présence d'adultes-ressources offre un filet de sécurité essentiel. Sam Woodrow souligne ainsi le soutien constant de Renee Sperling lors d'épreuves personnelles. Elle est devenue comme une tante de substitution, toujours présente quand on vit des conflits à l'école ou qu'on doit déménager, soutient-elle.
Le modèle suscite aujourd'hui l'intérêt de plusieurs autres succursales des Grands Frères Grandes Sœurs au Canada, désireuses d'implanter des initiatives similaires dans d'autres provinces.
Avec des renseignements d'Emma Stuart-Kiss


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