450 experts en géopolitique viennent de livrer leur vision du monde en 2036 — et le tableau n’est pas franchement réjouissant. Guerre entre grandes puissances, prolifération nucléaire, IA prenant des décisions mortelles sans supervision humaine : voici ce qu’en pensent ceux qui sont censés voir plus loin que nous.
Ce que vous allez apprendre
- Quelle menace ces experts placent au-dessus de la crise climatique pour la prochaine décennie
- Où ils situent le déclenchement probable d’un conflit mondial majeur
- Pourquoi leurs prévisions sur l’IA sont étonnamment plus optimistes que celles du grand public
La guerre détrône le climat comme menace numéro un
Le think tank Atlantic Council a interrogé plus de 450 experts — issus d’ONG, de gouvernements, du monde académique et du secteur privé — sur leur vision du monde dans dix ans. Premier résultat marquant : près de 30 % considèrent une guerre entre grandes puissances comme la plus grande menace pour la prospérité mondiale, devant la crise climatique, citée par seulement 19 %.
Interrogés plus frontalement sur la probabilité d’une troisième guerre mondiale dans la prochaine décennie, 41,2 % des répondants jugent ce scénario envisageable — une minorité conséquente, même si la majorité (58,8 %) l’écarte.
Taïwan, point de départ le plus redouté
Quand on leur demande où ce conflit pourrait débuter, 43 % des experts pointent vers Taïwan, suivi de l’Europe de l’Est (25 %) et du Moyen-Orient (13 %). Il faut toutefois noter un biais important : près de la moitié des répondants sont américains, ce qui peut colorer ces projections d’une perspective géopolitique spécifiquement états-unienne plutôt que d’un consensus mondial.
Nucléaire : prolifération oui, usage non
Sur la question nucléaire, 85 % des experts estiment que d’autres pays acquerront l’arme atomique au cours de la décennie. Amy Woolf, ancienne spécialiste des armes nucléaires au Service de recherche du Congrès américain, relie cette inquiétude aux ambitions régionales de la Chine et aux arsenaux croissants de Pékin et Pyongyang — ainsi qu’aux doutes croissants sur la fiabilité de la dissuasion américaine, qui poussent certains alliés européens à envisager une dissuasion nucléaire indépendante.
Malgré cette prolifération attendue, 78 % pensent que ces armes ne seront pas utilisées dans un conflit durant la même période — un optimisme relatif au milieu d’un tableau par ailleurs sombre.
La guerre dans l’espace et l’IA sur le champ de bataille
Plus de la moitié des répondants anticipent un conflit militaire direct se déroulant au moins en partie dans l’espace. Et 73 % pensent que l’intelligence artificielle prendra des décisions mortelles sur les champs de bataille sans intervention humaine dans le processus décisionnel — une perspective qui relève davantage de la dystopie que de la politique-fiction.
Sur l’IA en général, un optimisme inattendu
Paradoxalement, ces mêmes experts se montrent plus optimistes sur l’IA que le grand public américain. 58 % estiment que l’intelligence artificielle générale sera atteinte d’ici 2036, et 56 % pensent que son impact global sera plutôt ou très positif — même si les anticipations négatives ont progressé de trois points par rapport à l’année précédente.
Un échantillon à prendre avec des pincettes
Globalement, 63 % des répondants estiment que la situation mondiale va se dégrader dans dix ans. Mais l’Atlantic Council souligne lui-même les limites de l’exercice : l’échantillon est largement biaisé — moitié américain, 76 % d’hommes, et auto-sélectionné, ce qui favorise probablement les profils déjà enclins à formuler des prédictions sombres.
Autrement dit, même un panel d’experts autoproclamés en prospective géopolitique semble aussi incertain face à l’avenir que n’importe qui d’autre.


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