Le 10 octobre 1961, une île entière a pris la mer. Les 264 habitants de Tristan da Cunha, avec 31 expatriés, ont fui un volcan qui venait de s’ouvrir juste à l’est de leur unique village. Un an plus tard, en décembre 1962, la communauté votait à 148 voix contre 5 pour rentrer chez elle.
À retenir
- Le volcan de Tristan da Cunha s’est ouvert à l’est du village le 10 octobre 1961.
- Les 264 habitants et 31 expatriés ont été évacués en trois étapes vers l’Angleterre.
- En décembre 1962, la communauté a voté à 148 voix contre 5 pour rentrer sur l’île.
Sommaire
Un village unique au pied d’un volcan qu’on croyait muet
Edinburgh of the Seven Seas, seul village de l’île, s’étend au pied du Queen Mary’s Peak, qui culmine à 2 062 m. Aucune activité volcanique n’y avait été enregistrée depuis que des humains y vivaient.
Le premier colon permanent, l’Écossais William Glass, originaire de Kelso, avait voulu y bâtir une communauté idéale où tout se partageait. L’établissement date de 1817. En 1961, il tenait donc debout depuis 144 ans.
Les premiers signes datent du 6 août 1961 : des secousses et des chutes de pierres derrière le village, que l’on attribue d’abord aux fortes pluies. Le magma remontait et provoquait des séismes et des glissements de terrain en août et septembre. Le 8 octobre, un gros séisme frappe l’est du village, et des familles passent la nuit chez des proches du quartier ouest, plus calme. Le lendemain matin, une fissure s’ouvre entre le village et la conserverie, et le sol se soulève.
Le 10 octobre, le sol soulevé est devenu un cône volcanique.
La communauté, réunie dans l’urgence par l’administrateur Peter Wheeler, accepte d’évacuer les 264 habitants et les 31 expatriés. Des navires étaient disponibles aussitôt, ce qui a permis un voyage en relais, en trois étapes. Il n’y avait pas de temps pour les regrets.
La première nuit se passe sur l’île Nightingale. Les évacués rejoignent ensuite Le Cap, le 16 octobre.
Southampton, 3 novembre 1961 : 24 jours après l’évacuation, le voyage s’achève.
Calshot, la vie à l’anglaise et la question du retour
Les insulaires sont logés d’abord dans un camp militaire du Surrey, puis dans un ancien camp de la Royal Air Force à Calshot, dans le Hampshire. Le trajet les avait projetés sous les projecteurs de la presse mondiale, eux qui vivaient jusque-là dans un village tranquille. Le gouvernement britannique, lui, tenait l’évacuation pour définitive.
Pendant ce temps, le volcan continuait son travail. L’éruption a duré jusqu’en mars 1962. Les coulées de lave ont détruit la conserverie et la plage de Big Beach. Le village, pourtant, avait résisté, comme l’a constaté une expédition en 1962. Deux insulaires qui en faisaient partie, Adam Swain et Joe Glass, ont déclaré en Angleterre, le 13 avril 1962, que l’île était habitable.
En Angleterre, la pression montait sur le gouvernement pour organiser le retour, mais il y avait des sceptiques des deux côtés. Les insulaires y avaient goûté à la vie moderne.
148 contre 5, puis deux convois vers l’île
Décembre 1962 : la communauté vote à 148 voix contre 5 pour rentrer.
Un premier groupe de 51 personnes part le 17 mars 1963 et arrive le 9 avril, après 23 jours de voyage. Le groupe principal, 198 habitants, quitte Southampton le 24 octobre 1963. Il arrive le 10 novembre, 17 jours plus tard. Les deux convois représentent 249 personnes.
Frank Glass, membre de ce premier groupe, embarque à Tilbury sur le RMS Amazon. Le débarquement a lieu sur la plage de Garden Gate, le 9 avril 1963. Vers mai 1963, des insulaires cassent et déplacent de la pierre volcanique pour tracer une route à travers le champ de lave jusqu’à une petite plage utilisable comme point de débarquement.
Le groupe principal voyage directement depuis Southampton à bord du ferry danois Bornholm, avec 200 tonnes de fret.
Le vote ne disait pas tout. Des familles se demandaient ce qui valait le mieux pour leurs enfants, et 35 insulaires ont quitté Tristan pour le Royaume-Uni en avril 1966.
Le port de l’île porte aujourd’hui le nom de Calshot Harbour, d’après le village où la communauté a séjourné pendant l’éruption, et ses postes d’amarrage n’accueillent que de petits bâtiments. Le volcan n’est pas éteint pour autant. En 2004, une éruption sous-marine a rejeté de la roche volcanique sur les rivages de l’île.
Sources : tristandc.com | research-portal.uws.ac.uk


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