Au nord de Mulhouse, dans le Haut-Rhin, la nappe d’Alsace garde la trace du sel des mines de potasse. La pluie, en s’infiltrant dans les terrils, a peu à peu permis au sel de gagner la nappe. En 2011, l’eau dépassait 250 mg/l de chlorures, le seuil de potabilité, sur 85 km² dans l’aquifère inférieur, soit environ 80 % de la superficie de Paris intra-muros. Une étude de 2016 estime que le dispositif de dépollution ne permettrait pas de réhabiliter complètement la nappe avant 2050.
En 2022, cette surface était tombée à 24 km².
À retenir
- Le sel de la nappe d’Alsace vient des mines de potasse exploitées de 1910 à 2002.
- La zone dépassant 250 mg/l de chlorures est passée de 85 km² en 2011 à 24 km² en 2022.
- Une étude de 2016 estime une réhabilitation complète de la nappe impossible avant 2050.
Sommaire
Du minerai au terril, le chemin du sel
Le bassin potassique a été exploité de 1910 à 2002, et 567 millions de tonnes de sel brut en sont sorties. Le minerai associait du chlorure de potassium, la matière recherchée, et environ 60 % de chlorure de sodium, c’est-à-dire du sel de cuisine. Ce sel a été entassé sur des terrils, déposés sur des alluvions perméables. D’après un rapport du BRGM de 2011, les dépôts se sont concentrés entre 1910 et 1933 et ont presque cessé après 1970.
Les usines sortaient environ 6 millions de tonnes de sels résiduaires par an. Mis d’abord systématiquement en terrils, ces sels ont été, à partir de 1934, en majeure partie dissous et rejetés dans le Rhin sous forme de saumures. Selon l’État, il reste aujourd’hui une vingtaine de terrils dans le bassin.
Le sel dissous suit l’écoulement de la nappe. Les saumures, plus denses, descendent à la base de l’aquifère, se déplacent peu mais relarguent des chlorures. Elles dessinent à l’aval de chaque terril ce que les hydrogéologues appellent des « langues salées ». Le sel du sous-sol alsacien n’a donc pas besoin de bouger beaucoup pour continuer à contaminer l’eau qui le surmonte.
En 1975, plus de 135 km² de nappe dépassaient 200 mg/l, limite de potabilité d’alors, harmonisée depuis au niveau européen à 250 mg/l. En 2006, le BRGM comptait encore près d’une centaine de km² touchés, avec deux panaches salés de plus de 20 km de long.
Pomper, dissoudre, couvrir : près de quarante ans de chantier
Premier outil, des puits de fixation installés à l’aval des terrils entre 1975 et 1985. Leur rôle : reprendre la saumure avant qu’elle ne s’étale dans la nappe. Le financement a réuni les Mines de Potasse d’Alsace, l’Agence de l’eau Rhin-Meuse, la Région Alsace et l’Union européenne pour les procédés innovants.
Jusqu’en 1976, une partie du sel extrait partait dans l’Ill et la Thur, deux rivières qui s’infiltrent dans la nappe. Depuis, tout passe par un saumoduc, dans le cadre de la convention de Bonn sur les chlorures du Rhin.
À partir de 1989, les terrils les plus salés ont été dissous de façon accélérée, une opération achevée en 2011. Elle a pesé lourd. En 1998, le saumoduc a évacué 365 300 tonnes de chlorures, dont 271 400 tonnes issues de la dissolution accélérée de trois terrils, record annuel depuis 1989. Les autres terrils ont reçu une couverture étanche.
Fin 1998, il restait de l’ordre de 3 900 000 tonnes de sel sur les terrils. Le bilan de cette année-là estimait que la nappe recevait encore 58 500 tonnes de chlorures par an.
Cinq terrils étanchés restent surveillés par l’État.
Le réseau de dépollution compte 29 puits de pompage, 223 ouvrages de contrôle et 78 km de réseau. L’eau salée pompée emprunte 58 km de canalisations, puis un canal ouvert de 20 km, le « saumoduc ». Elle rejoint ensuite le Grand Canal d’Alsace.
Ce que disent les chiffres de 2022
Le rapport du BRGM de janvier 2025, cité par l’État, mesure le chemin parcouru entre 2011 et 2022. Dans l’aquifère inférieur, la surface au-dessus de 250 mg/l est passée de 85 à 24 km², soit environ 72 % de moins. Dans l’aquifère supérieur, elle est passée de 28 à 12 km², environ 57 % de moins. Le recul est donc plus net en profondeur, là où les saumures denses s’accumulent.
Au forage d’eau potable de Kingersheim, les chlorures montent depuis plus de vingt ans.
Une surface qui rétrécit n’interdit pas qu’un point précis se dégrade, et c’est ce que rappelle Kingersheim. Le sujet n’est pas neuf : en 1998, le BRGM relevait déjà que les puits d’eau potable de Colmar approchaient dangereusement des 200 mg/l. Les moyennes par aquifère rassurent sur la tendance, pas sur chaque captage.
2050, un horizon formulé au conditionnel
Le GIP GEODERIS a été mandaté par la DREAL Alsace pour optimiser le réseau de dépollution et suivre la contamination de la nappe par les chlorures.
L’étude de 2016 conclut que le dispositif « ne permettrait pas une réhabilitation complète de la nappe avant 2050 ». La formule écarte un retour rapide à la normale, sans garantir pour autant une date de fin. Pour mesurer l’écart, 2050 tombe 39 ans après l’achèvement de la dissolution accélérée des terrils, en 2011.
L’État maintient la surveillance des cinq terrils étanchés et du réseau de pompage. Le saumoduc lui-même a connu des fuites accidentelles par le passé, une contamination que le profil environnemental de l’Alsace donnait pour complètement résorbée.
Sources : wikhydro.developpement-durable.gouv.fr | geoconfluences.ens-lyon.fr | mdpa-stocamine.org


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