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« J'adore vivre ici. Je me lève chaque jour et je me sens comme l'homme le plus chanceux de la planète d'avoir pu rentrer ici et retrouver une certaine stabilité. »
Jason Miles, 45 ans, est l'un des résidents de la Maison Dunn de Toronto, un modèle innovateur de logements destinés aux personnes en situation d'itinérance offrant des services de soutien, ayant ouvert ses portes en 2024.
Avant d'appeler le 90, avenue Dunn chez lui, Jason Miles enchaînait les séjours en prison, alourdissant son casier judiciaire d'infractions toujours plus graves. Accro au crack et au fentanyl, il a passé près de 10 ans dans la rue.
Lorsqu'il n'était ni à la rue ni en prison, c'est à l'hôpital qu'il se retrouvait. Il incarnait l'exemple parfait de ce que les autorités sanitaires appellent les habitués : des patients, généralement sans domicile fixe, qui accumulent les passages aux urgences et les hospitalisations.

L'annonce du gouvernement du Canada, de la Ville de Toronto et de l'University Health Network permettra la création d’environ 200 nouveaux logements supervisés répartis sur trois sites pour les personnes en situation d'itinérance et ayant des besoins de santé complexes.
Photo : Jacob Cote
Aujourd'hui, sa vie a radicalement changé. Sobre et libéré de toutes substances depuis bientôt trois ans, il occupe actuellement deux postes à temps partiel auprès de la Ville de Toronto, siégeant entre autres au groupe consultatif sur les expériences vécues au sein du comité consultatif de la stratégie Toronto Strong Neighborhoods.
Ça fait tout juste 30 jours hier que j'ai arrêté de fumer. Me voilà donc avec mon patch et une poche pleine de gommes à mâcher, ajoute-t-il fièrement, preuve qu'il continue son cheminement.
Il est d'ailleurs retourné à l'école en juillet, y complétant son diplôme d'études secondaires. Il a même renoué avec les membres de sa famille qu'il n'avait pas vus depuis longtemps, ceux-ci ayant renoncé à l'idée de le voir changer sa vie.

Les résultats de la Maison Dunn, le premier modèle de logement basé sur la médecine sociale, ont démontré que la stabilité du logement et des soins de santé étaient à la base des succès de ses résidents, anciens sans-abri.
Photo : Jacob Cote
Il y a eu beaucoup de changements importants et marquants dans ma vie depuis que ma situation s'est stabilisée, reconnaît-il. Maintenant, je consacre la majeure partie de mon temps à la communauté, à défendre les autres, à communiquer l'importance des parcours qui ont compté pour moi et à me battre pour que d'autres puissent bénéficier des mêmes opportunités.
Tout cela a eu un impact considérable sur ma vie et cela aura certainement un impact sur mon avenir également.
Si l'exemple de Jason Miles peut être vu comme une anomalie, à la Maison Dunn, il n'en est rien.
C'est d'ailleurs grâce au succès de la Maison Dunn que la Ville de Toronto, le gouvernement du Canada et l'University Health Network (UHN) ont annoncé jeudi la création de 200 nouveaux logements du même type sur trois nouveaux sites.

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Les origines de la Maison Dunn
Le gouvernement du Canada, par l'entremise de Maisons Canada, y investira plus de 25 millions de dollars. Sous réserve de l'approbation du conseil municipal de Toronto, la Ville fournira plus de 19 millions de dollars en financement et en incitatifs financiers pour soutenir le développement. La Fondation de l'UHN contribuera également à hauteur de 20 millions de dollars.
Outre la Maison Dunn, la Maison Spring, un autre projet de 54 logements supervisés est en cours de construction, dans le quartier Parkdale.
Le modèle à succès
Ce modèle est vraiment exceptionnel, lance d'entrée de jeux Jason Miles lorsqu'on le questionne sur la Maison Dunn. Il a été conçu pour offrir une prise en charge complète, où tout ce dont nous pourrions avoir besoin est à portée de main.
Lorsqu'on passe de sans-abri à un logement, il ne s'agit pas simplement d'avoir un appartement, précise-t-il. Ce n'est pas ce qui nous apportera la stabilité. Avoir un toit, un endroit où dormir, c'est bien sûr essentiel et nécessaire, mais tout le reste, pour assurer la pérennité de ce logement, est intégré à ce modèle.

Jason Miles (au centre, à droite) s'est joint à la mairesse de Toronto, Olivia Chow (à gauche) et au ministre fédéral du Logement, Gregor Robertson (à droite), ainsi qu'à d'autres dignitaires, lors d'une annonce de l'UHN concernant l'ajout de 200 logements en médecine sociale à Toronto ce jeudi.
Photo : Radio-Canada / Evan Mitsui
Ainsi, les résidents de la Maison Dunn ont accès à une clinique médicale entièrement équipée et employant infirmières praticiennes et médecin au rez-de-chaussée de leur immeuble.
Ça nous enlève la pression de devoir tout coordonner, de nous souvenir de nos rendez-vous et de nous déplacer physiquement. Maintenant, il suffit de descendre et tout est là, explique Jason Miles.
Ces services médicaux de proximité ont été la base même de son changement de vie. Vous savez, j'ai dû suivre une longue thérapie, non pas parce que c'était obligatoire pour vivre ici, mais parce que j'en avais besoin après tout ce que j'ai vu, vécu et auquel j'ai participé. Et je peux voir ma thérapeute au rez-de-chaussée.

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Le Torontois Jason Miles dit qu'il a réussi à surmonter ses problèmes de toxicomanie et d'itinérance, et a obtenu un logement subventionné.
Photo : Radio-Canada / Mirna Djukic
Une thérapie pour les uns, un suivi médical pour une maladie chronique pour d'autres, les services de la Maison Dunn s'ajustent aux résidents grâce au partenariat avec l'UHN.
Trouver des soins adaptés à nos besoins peut être difficile et compliqué compte tenu du nombre de personnes qui cherchent à obtenir ces services, rappelle Jason Miles. Le fait que ce soit prêt à l'emploi, qu'il suffit de demander au rez-de-chaussée, c'est formidable.
Les résidents jouissent également d'un service de repas quotidien. On a donc un bon repas du midi et il y a aussi de la nourriture en plus pour ceux qui souffrent encore d'insécurité alimentaire, indique-t-il.
Ce service permet aussi aux résidents à réapprendre à vivre en appartement. Je n'ai pas toujours été sans-abri. Avant, je cuisinais pour moi et ma famille, mais quand on n'utilise pas ces compétences pendant une période aussi longue, il faut vraiment tout réapprendre, soutient Jason Miles.

Jason Miles a assisté à l'annonce de 200 nouveaux logements, comme celui qu'il occupe à la Maison Dunn.
Photo : Radio-Canada / Evan Mitsui
Les résidents du complexe peuvent aussi compter sur les services du conseiller en emploi prêt à les aider, lorsque ceux-ci seront prêts à réintégrer le marché du travail.
Mais ce qui fait avant tout le succès de la Maison Dunn, selon Jason Miles, c'est l'absence de temps limite.
Ce n'est pas comme si j'étais simplement en transition entre un traitement et un logement pour personnes abstinentes, avec cette pression du temps qui passe et cette idée de devoir partir dans un an, explique-t-il. Ici, c'est une solution permanente. Et en offrant un logement aussi stable, on ne compte plus les jours avant d'être expulsé ou de perdre son logement. […] Je ne risquerai pas de perdre mon logement du jour au lendemain parce que j'aurai travaillé dur pour me remettre sur pied.
Maintenant, c'est ici que mon cœur se trouve.
Mais Jason Miles voit plus loin… Je ne pense pas que ce modèle soit réservé aux personnes ayant connu une longue période dans la rue. […] Imaginez un peu : une mère avec des enfants, un logement plus spacieux, et pouvoir descendre au rez-de-chaussée et aller chez le médecin. "Mes enfants ont un rhume." Avoir tout à portée de main, c'est vraiment formidable. Ce modèle, tel que nous l'avons mis en place, pourrait être utilisé partout, rêve-t-il.
Avec les informations de Jessica Chen


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