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Binzouli Ikoula Aubreen Christ Ange Louise aurait 14 ans. Retrouvée avec d’autres enfants dans un domicile de Yaoundé il y a quelques semaines, elle a été conduite au commissariat d’Ekounou. Depuis, sa mère, Ngo Ntamack Marie Geneviève, dit ne plus savoir où elle se trouve. Un autre couple affirme être ses parents, ce que la famille conteste, pièces à l’appui. Les tests ADN, réclamés par tous depuis le départ, n’ont toujours pas eu lieu.
Ce que raconte la mère d’Aubreen
Ngo Ntamack Marie Geneviève a pris la parole publiquement, dans un long message adressé aux autorités et à l’opinion. Elle se présente comme « jeune camerounaise et mère d’enfant », le cœur brisé. Son récit est précis sur la chronologie, et c’est ce qui lui donne du poids.
Selon elle, sa fille faisait partie des nombreux enfants victimes d’enlèvements à Yaoundé, retrouvés dans un domicile il y a quelques semaines. Les médias en ont largement parlé. Les enfants ont été conduits par les forces de l’ordre au commissariat d’Ekounou, où les parents devaient venir les récupérer, preuves à l’appui.
Dès le premier jour, affirme la mère, Aubreen a elle-même donné aux policiers les numéros de téléphone de ses parents. La famille a répondu immédiatement. On leur aurait dit que l’adolescente serait conduite à la centrale d’Ekounou pour un bref séjour, avant d’être libérée avec l’accompagnement des services sociaux.
Les parents disent avoir apporté tout ce qu’ils possédaient : la copie de l’acte de naissance, puis l’original, la déclaration de naissance, des photos et des vidéos de famille, des preuves de scolarité. Les images, d’après la mère, montrent l’évolution de l’enfant année après année, son école, ses études, son environnement.
Le lien avec la fillette ne s’arrête pas aux papiers. « Ma fille, âgée de 14 ans, sait qui elle est », écrit la mère. Binzouli Ikoula Aubreen Christ Ange Louise saurait où elle a grandi, qui l’a élevée, nourrie, soignée.
Un second couple, et une contradiction d’âge
C’est ici que l’affaire se complique. Un autre couple s’est présenté en affirmant être les parents d’Aubreen. Il parle d’un enfant disparu à l’âge de trois ans, qui aurait aujourd’hui onze ans.
Or Aubreen elle-même, rapporte la mère, a dit à ce couple qu’elle avait quatorze ans. Les documents présentés par la famille vont dans le même sens, y compris la déclaration de naissance. Entre onze et quatorze ans, l’écart est de trois ans. Il est difficile de le ranger parmi les détails.
La mère n’a pas accès, dit-elle, aux preuves que le second couple a fournies. Elle ne sait pas sur quoi repose sa revendication. Et aucune confrontation n’a jamais été organisée, ni avec ce couple, ni avec l’enfant, pour poser des questions simples.
Ce que réclament les parents est pourtant modeste. Ils ont accepté les tests ADN dès qu’ils ont été évoqués, sans réserve, et se disaient prêts à s’y soumettre immédiatement. Ils ont même proposé qu’Aubreen soit libérée en attendant les résultats, pour retrouver sa scolarité et un cadre stable.
Plusieurs semaines ont passé. Selon la mère, aucune convocation pour ces tests n’est jamais arrivée.
Une enfant qu’on ne voit plus
Le plus grave tient en une phrase de la mère : « Nous ne savons plus où elle se trouve. »
Aubreen, selon la famille, a été éloignée. Ses parents n’ont pas pu lui parler. Ils n’ont pas pu la voir ni l’entendre. Ils ignorent qui la nourrit, qui la console quand elle a peur, et si elle a eu la possibilité de s’exprimer librement.
Franchement, c’est le point qui devrait alerter n’importe quel lecteur, quel que soit son avis sur la filiation. Qu’une adolescente retrouvée après un enlèvement présumé disparaisse de nouveau, cette fois dans le circuit institutionnel, sans que personne ne puisse dire où elle est, ça pose question. Une victime n’est pas une suspecte. Elle doit être protégée, mais aussi entendue et tenue informée de son sort.
La famille a multiplié les démarches. Elle dit avoir écrit au procureur de la République près le tribunal de grande instance du Centre, Mfoundi, ainsi qu’à celui du tribunal de première instance d’Ekounou. Elle a fait délivrer une sommation par huissier au commissariat central n°4 pour la remise de l’enfant aux parents. Des courriers ont aussi été adressés au ministre de la Justice, à la ministre de la Promotion de la Femme et de la Famille, et au ministre secrétaire général des services du Premier ministre. Les décharges, affirme la mère, sont jointes à son dossier.
Le résultat, d’après elle : rien. « Nous sommes au dépourvu », dit-elle.
Les questions que pose la mère
Elle les égrène, sans détour. Où est Aubreen ? Est-elle en sécurité ? A-t-elle été entendue ? Quelles preuves le second couple a-t-il présentées, et pourquoi la famille n’y a-t-elle jamais eu accès ?
Pourquoi aucune confrontation n’a-t-elle eu lieu ? Un enfant disparu à trois ans peut-il devenir une adolescente de quatorze ans, avec un vécu documenté étape par étape ? Et pourquoi les tests ADN, acceptés sans réserve, n’ont-ils toujours pas été réalisés alors qu’ils trancheraient la question ?
Ces questions sont légitimes. Elles ont toutes la même caractéristique : elles appellent des réponses factuelles, simples à donner si le dossier est en ordre.
Ce qu’on ne sait pas encore
Il faut le dire clairement, pour la clarté du débat. À ce stade, rien ne permet de confirmer la filiation d’Aubreen, ni dans un sens ni dans l’autre. Les documents évoqués par la mère n’ont pas été examinés par la rédaction. La version du second couple n’est pas connue. Celle des autorités non plus.
On ne sait pas non plus dans quel cadre juridique exact l’adolescente est actuellement placée, ni par quelle décision. Ce silence n’est pas anodin.
Le dossier est à la croisée de plusieurs mondes : la police, la justice, les services sociaux. Dans ce type d’affaires, c’est souvent entre ces institutions que l’information se perd, et que les familles s’épuisent.
Pourquoi cette affaire compte
Elle compte d’abord pour Aubreen. À quatorze ans, chaque semaine d’incertitude pèse sur sa scolarité, son équilibre, sa confiance dans les adultes. Elle a déjà vécu, selon le récit, un enlèvement et une découverte brutale. Elle ne devrait pas subir une seconde épreuve du fait des procédures.
Elle compte ensuite pour toutes les familles. L’enlèvement d’enfants à Yaoundé a mobilisé les médias et l’opinion. La suite compte autant que le début : comment l’État restitue les enfants, comment il tranche entre deux revendications de parentalité, comment il informe les familles. Une opération de sauvetage ne vaut que si la remise à la bonne famille est menée avec rigueur et transparence.
Le test ADN existe précisément pour cela. Il est rapide, fiable, et chacun dit le vouloir. C’est le moins qu’on puisse dire : l’étonnement est permis quand l’examen décisif tarde autant.
La réaction attendue des autorités
Les institutions mises en cause ou saisies n’ont, à ce jour, pas apporté de réponse publique à la mère, selon son message. Il revient désormais à la justice et aux services sociaux d’expliquer où en est la procédure, où se trouve l’enfant, et quand les tests seront réalisés. Pas pour céder à la pression, mais parce que la transparence est la meilleure protection pour une mineure, pour sa famille, et pour les agents eux-mêmes.
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Alain-Claude Ndom
Journaliste pour 237online.com, spécialisé dans les questions de société et la vie quotidienne des Camerounais.


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