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Winneway envoie un message clair pour obtenir sa desserte policière

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Des membres de la Première Nation de Long Point à Winneway se sont rassemblés au palais de justice de Ville-Marie lundi pour dénoncer un climat d’insécurité qui persiste dans leur communauté. Ils réclament une fois de plus leur propre corps policier.

La quinzaine de personnes se réunissaient pour la comparution d’Éric Bélanger, un homme de Laforce accusé d'avoir troublé la sécurité publique à Long Point et d'avoir proféré des menaces envers le chef, Steeve Mathias. L’accusé était absent lors de l’audience.

L’individu avait déjà été interdit d’accès à la communauté par une résolution du conseil de bande. Steeve Mathias demandait toutefois une ordonnance de la Cour afin de permettre à la Sûreté du Québec d’intervenir s’il se trouve à Winneway.

Photo prise à l'intérieur du palais de justice, où on voit un constable spécial et des membres de la communauté.

Les membres ont attendu le témoignage de Steeve Mathias, qui s'est fait en l'absence de l'accusé.

Photo : Radio-Canada / Bianca Sickini-Joly

Pour plusieurs membres, cette situation met en lumière la nécessité d’une desserte policière dans la communauté. C’est pourquoi plusieurs ont fait la route pour exprimer leur soutien, explique Sharon Hunter, directrice générale de la communauté.

C’est un geste de solidarité pour démontrer, encore une fois, que la communauté de Winneway veut un sentiment de sécurité, veut son propre service de sécurité publique. Ce cas-ci, c’est un lien direct avec le manque de services adéquats, estime Sharon Hunter.

Si le message peut tomber dans les bonnes oreilles, on serait contents de notre démarche.

La Sûreté du Québec assure la sécurité dans la communauté, en collaboration avec les corps policiers de Timiskaming et de Kebaowek. Un corps policier prêt à intervenir 24 heures sur 24, 7 jours sur 7, enverrait un message clair, dit Mme Hunter.

Avec un manque de présence policière adéquate régulière, ça permet à des gens d’avoir un sentiment, ou une ''permission'' de venir dans la communauté et penser que tout est ouvert à toutes sortes d’actes criminels, poursuit-elle.

Sharon Hunter se fait interviewer par un journaliste de RNC Média devant le palais de justice.

Sharon Hunter a espoir que le message de la communauté soit entendu. « C'est un pas parmi d'autres », dit-elle.

Photo : Radio-Canada / Bianca Sickini-Joly

Le chef Steeve Mathias dit témoigner devant la juge Nathalie Samson pour le bien de sa communauté.

On rend justice à la communauté de Winneway en mettant des mesures en place pour vraiment protéger la sécurité des membres, d’empêcher les fournisseurs de drogue de rentrer dans notre communauté librement, explique-t-il.

M. Mathias est d'avis qu'une présence policière en tout temps découragerait la criminalité.

Il n’y a pas une famille qui peut dire dans la communauté : ''Moi, ma famille n’est pas affectée par ça.''

La Cour a décidé qu’Éric Bélanger n'aurait pas le droit de s’approcher à moins de deux kilomètres de Winneway pendant 12 mois.

Des répercussions importantes

Diane Polson a longtemps été impliquée dans les négociations entre Long Point et le gouvernement du Québec concernant la sécurité publique. Ça fait 20 ans qu’on en parle, de la sécurité publique, rappelle-t-elle. Il y a eu des occasions avec le gouvernement provincial, ils en ont parlé, mais ça n’a jamais abouti.

Le trafic de drogue et d’alcool dans la communauté l’inquiète particulièrement. Elle souhaite le soutien de la population, parce que ce n’est pas juste dans notre communauté qu’on vit des affaires comme ça.

On ne peut pas continuer de même, surtout quand cela a un impact sur nos familles et nos enfants. Je suis directrice de CPE, puis je veux voir un meilleur futur pour tous nos enfants.

Diane Polson pose devant un cèdre devant le palais de justice de Ville-Marie, sans sourire.

Diane Polson souhaiterait un plus grand pouvoir décisionnel des conseils de bande. « On n’a pas de justice vraiment qui représente les décisions de la communauté. La police va y aller selon les lois provinciales, mais nous autres aussi, on a nos propres lois », souligne-t-elle.

Photo : Radio-Canada / Bianca Sickini-Joly

De son côté, Sky Polson, membre du conseil de bande, croit aussi qu’une présence policière accrue favoriserait une prise de conscience collective.

Les problèmes de distribution de stupéfiants dans sa communauté ne relèvent pas d’une seule personne, d’après lui. Selon ma compréhension, il y a des individus qui fonctionnent stratégiquement en termes de drogues et d’alcool, précise Sky Polson.

Pendant une pause de l’audience, le vice-chef, Steven Polson, espérait un jugement en leur faveur. Il fait mal à la santé de tout le monde, puis c’est dur pour nous autres d’essayer de l’arrêter. On a besoin d’aide de la Cour aujourd’hui, a-t-il dit.

Steeve Mathias affirme qu’il y a une hausse de la consommation de drogue dans la communauté, mais aussi du mal de vivre. On a des rapports qui viennent de l’école. Des élèves qui vont à notre école, il y en aurait 45 qui ont des pensées noires, déplore-t-il.

Steeve Mathias pose devant le palais de justice de Ville-Marie.

Steeve Mathias a fait valoir à la Cour qu’il est difficile pour un conseil de bande d’appliquer une résolution, parce que la Sûreté du Québec est limitée lorsqu’il s’agit d’un règlement adopté par une communauté autochtone.

Photo : Radio-Canada / Bianca Sickini-Joly

La situation

Dans son témoignage, le chef Mathias a expliqué qu’en février dernier, Éric Bélanger se serait rendu à sa résidence, fâché que l'accès à la communauté lui soit interdit par le conseil de bande.

L’homme, qui réside à moins de 10 kilomètres du village de Winneway, lui aurait alors dit que personne ne peut l'empêcher de venir à Winneway, même pas la Sûreté du Québec. Éric Bélanger lui aurait aussi mentionné posséder 115 armes à feu et aurait proféré d’autres menaces.

À la lecture de son jugement, la juge Nathalie Samson a indiqué que le témoignage de Steeve Mathias a convaincu le tribunal que ses craintes sont objectivement fondées. Les inquiétudes de la communauté ont également été prises en considération.

Un groupe de gens sort du palais de justice de Ville-Marie.

Les membres du conseil présents, accompagnés de jeunes et d'aînés, avaient le sourire aux lèvres en sortant de la Cour. Ils espèrent maintenant obtenir leur poste de police.

Photo : Radio-Canada / Bianca Sickini-Joly

En plus de l’interdiction d’accès à la communauté de Long Point dans un rayon de deux kilomètres, Éric Bélanger a reçu l’ordre de ne pas communiquer ou d’entrer en contact avec Steeve Mathias, sa fille ou ses petits-enfants. Il lui est aussi interdit d’avoir des armes à feu en sa possession.

À la fin de l’audience, des applaudissements ont retenti, accompagnés de nombreux sourires de soulagement à la sortie du palais de justice.

Ian Lafrenière solidaire du chef Mathias

De passage à Val-d’Or lundi, le ministre de la Sécurité intérieure et ministre responsable des Relations avec les Premières Nations, Ian Lafrenière, a exprimé sa solidarité envers la communauté et le chef de la Première Nation de Long Point, Steeve Mathias.

Steeve, je le connais personnellement. Il a été policier comme moi. Vous savez, il n’y a pas de place aux menaces, et il n’y a pas de place au crime organisé. J’ai été 28 ans policier, et je vous confirme qu’il y a un équilibre qui a été rompu quand on est rendus à menacer comme ça un chef de bande, a dénoncé M. Lafrenière.

Par la même occasion, il a rappelé que plusieurs moyens ont été mis en place par son gouvernement pour donner plus de ressources aux services policiers afin qu’ils puissent être présents et lutter contre le crime organisé partout sur le territoire.

On a fait des outils légaux qui permettent maintenant aux policiers d’intercepter les gens qui vont porter une veste des Hell’s Angels. Donc, beaucoup d’outils pour ramener un équilibre, a affirmé Ian Lafrenière.

Avec la collaboration de Martin Guindon

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