Près de 130 ans après leur mise en bouteille, huit grands crus du château d’Yquem ont été reconditionnés en France par leur domaine d’origine. Oubliées sous le plancher d’une ancienne chapelle, ces bouteilles ont traversé le temps dans des conditions de conservation exceptionnelles. La collection est estimée à près de cinq millions de dollars.

Le Progrès - Aujourd'hui à 07:15 - Temps de lecture :

133 bouteilles de vins ont été restaurées. Photo d'illustration Pixabay 133 bouteilles de vins ont été restaurées. Photo d'illustration Pixabay

« Pedro Ximenes 1899 » ou « Porto 1892 »… Près de 130 bouteilles de vin et de cognac oubliées sous le plancher d’une chapelle ont été reconditionnées par le domaine français qui les avait produites plus de 130 ans auparavant.

Huit vins du château d’Yquem, des crus exceptionnels produits en 1892 et 1896, ont été découverts sur un site du complexe médiéval perché de Bečov nad Teplou, dans l’ouest de l’actuelle République Tchèque. Le domaine appartenait autrefois, au sein de l’Empire d’Autriche, à la famille des Beaufort-Spontin.

Soupçonnée de sympathies nazies pendant la Seconde Guerre mondiale, la famille est expropriée par la Tchécoslovaquie en 1945. Le trésor est mis au jour en 1985 par la police secrète communiste.

Caché à côté d’un précieux reliquaire, celui-ci a rapidement attiré l’attention lors de sa découverte. Il a été transporté à Prague pour restauration puis exposé. Le nectar, quant à lui, a une nouvelle fois été oublié… abandonné sur place.

Cinq bouteilles originales renvoyées à Becov

Ce n’est que lors d’un inventaire, il y a une dizaine d’années, que les bouteilles sont redécouvertes. La maison viticole bordelaise a alors engagé une délicate opération de sauvegarde.

Les bouchons ont été remplacés et les bouteilles munies de capsules protectrices. Le domaine a particulièrement veillé à préserver leur authenticité, jusqu’à conserver ‌la poussière ‌accumulée sur le verre.

Des analyses en laboratoire ont confirmé l’origine du vin. Toutefois, le domaine a dû les transvaser et seules cinq bouteilles d’origine ont pu être renvoyées pleines à Becov.

« Comme si on décapsulait le temps »

Pendant des décennies, le vin est resté dissimulé sous le plancher, une cachette qui a permis des conditions de conservation exceptionnelles.

Selon Toni El Khawand, maître de chai de château d’Yquem, « c’étaient des conditions idéales pour conserver un vin », rapporte L’Indépendant. L’ancienne chapelle était, en effet, très humide et fraîche, avec des murs épais qui contribuaient à maintenir une température stable. C’est également sa teneur en sucre qui a favorisé sa conservation.

Toni El Khawand a comparé la dégustation à « un moment magique » rapporte Sud-Ouest.  « En le débouchant, c’est comme si on décapsulait le temps », raconte-t-il.

Une mémoire liquide

Malgré une estimation à plusieurs millions de dollars de l’Institut national du patrimoine tchèque, le domaine affirme qu’aucune enchère n’est pour l’instant envisagée.

L’objectif du château est d’exposer toutes les bouteilles au public. « C’est une mémoire, une mémoire liquide, certes, mais c’est celle de tous ceux qui nous ont précédés », affirme le maître de chai. Une collecte de fonds a notamment été lancée pour procéder à une analyse approfondie des vins.

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