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Victime d’un prêtre pédophile, il attend toujours le dédommagement promis

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Trois ans et demi après le règlement d’un recours collectif contre l’Église catholique en Nouvelle-Écosse, des survivants d’abus sexuels perpétrés par des membres du clergé attendent toujours l’argent promis.

Une entente de 10 millions $ avait été approuvée en novembre 2022 dans le recours collectif contre l’archidiocèse d’Halifax-Yarmouth.

Environ soixante-dix plaignants pourraient recevoir de 30 000 $ à 350 000 $, selon la nature des sévices et des préjudices subis entre 1954 et 2020.

L’un des plaignants, Timothy Clark, 55 ans, exprime sa frustration devant la lenteur de la procédure. Il y a presque trois ans qu'on lui a confirmé qu'il a droit à 60 000 $. Il n'a toujours pas reçu un sou.

Ce n’est pas ce à quoi je m’attendais quand j’ai entamé ce processus, a-t-il déclaré lors d’un récent entretien à son domicile de Wileville, en Nouvelle-Écosse. Ça s’éternise et on ne reçoit pas de nouvelles.

Un homme assis à une table de cuisine décorée d'un bouquet parcourt une pile de documents.

Il y a près de trois ans que Timothy Clark, résident de Wileville, a appris qu'il avait droit à 60 000 $.

Photo : CBC

Victimisé par le prêtre pédophile Robert Joseph McDougall, Timothy Clark déplore des communications inadéquates chaque fois qu’il cherche à faire un suivi.

Il n’est pas le seul. Un autre plaignant a écrit à la Cour suprême de la Nouvelle-Écosse, en décembre, ce qui a incité la juge dans le dossier, Christa Brothers, à convoquer les avocats le mois suivant pour leur demander des explications.

L’auteur de la lettre au tribunal expliquait que le dédommagement promis avait été différé de nouveau et qu’il n’avait pas reçu d’aide, de directives ou d’explications claires pour les retards répétés.

Un homme en complet bleu à carreaux est assis dans un bureau, il a un petit micro épinglé à son veston et il gesticule.

John McKiggan, avocat du cabinet McKiggan Hebert, à son bureau d'Halifax, le 7 avril dernier.

Photo : CBC / Jeorge Sadi

Il n’y a aucun doute qu’un sentiment de frustration existe, et je partage ce sentiment. Ça ne fait aucun doute, parce que nous nous attendions à ce que ce soit déjà terminé, a déclaré en entrevue John McKiggan, avocat du cabinet McKiggan Hebert, qui pilote le recours collectif pour les survivants des abus sexuels.

Il explique que, puisque le montant du dédommagement a été décidé au moment de l’entente avec l’archidiocèse, il est important de savoir le nombre exact de personnes qui y ont droit avant de leur donner leur part. Les paiements peuvent être faits seulement lorsque tous les cas ont été examinés, dit-il.

Des plaignants convoqués par l'archidiocèse

L’archidiocèse d’Halifax-Yarmouth demande parfois à questionner la personne qui accuse un membre du clergé.

La raison principale de la lenteur du processus, affirme l’avocat McKiggan, est que l’archidiocèse demande dans un trop grand nombre de cas à se prévaloir de ce droit.

Melanie Comstock, avocate de l’archidiocèse, soutient au contraire que l’organisation catholique ne s’est prévalue qu’occasionnellement de ce droit.

L’archidiocèse a demandé à moins du tiers des plaignants de lui accorder un entretien afin de clarifier leurs allégations, dit-elle.

Des religieuses prient à côté de la statue du défunt pape Jean-Paul II.

L’archidiocèse a un droit légal de vérifier certaines des allégations. (Photo d'archives)

Photo : Reuters / Hannah McKay

Elle explique qu’une telle requête sera formulée si la réclamation comporte trop peu de détails, si le membre du clergé accusé n’a jamais fait l’objet de plaintes ou d’allégations, ou si les dates des sévices allégués ne correspondent pas aux années et lieux de travail du prêtre.

L’archidiocèse a questionné sept des 78 plaignants, d’après l’avocate.

Un arbitre a rejeté trois plaintes. Dans les quatre autres dossiers, on s’attend à ce qu’il tranche dans les prochains mois.

Des plaignants sont réticents à se faire questionner et à raconter les abus et agressions. L’avocate assure que l’archidiocèse adopte une approche tenant compte des traumatismes.

Melanie Comstock plaide que l’archidiocèse a une responsabilité envers les plaignants et envers l’Église de vérifier certaines des allégations, car autoriser un dédommagement à une personne qui ne le mérite pas réduira le montant que se partageront les victimes légitimes.

Elle précise que plusieurs participants au recours collectif s’y sont inscrits juste avant la date limite, à la fin de 2023. Les requêtes ont ensuite été traitées par le personnel administratif et l’archidiocèse a été informé à l’automne 2024 des derniers dossiers à s’être ajoutés.

En ce qui concerne le manque de communication allégué par certains, l’avocat John McKiggan soutient que le cabinet McKiggan Hebert envoie des mises à jour aux plaignants lorsqu’il y a un changement à signaler, et essaie de retourner ses appels en moins de 48 heures.

De la somme de 10 millions $ offerte par l’archidiocèse pour régler le recours collectif, deux cabinets d’avocats — McKiggan Hebert (Halifax) et Koskie Minsky (Toronto) — perçoivent 3,2 millions $. John McKiggan confirme que les cabinets ont été payés.

Trois drapeaux accrochés à des mâts devant l'entrée de l'édifice.

En novembre 2022, la Cour suprême de la Nouvelle-Écosse a approuvé une entente de 10 millions $ pour les survivants d'abus sexuels commis par des prêtres catholiques de l'archidiocèse d'Halifax-Yarmouth. (Photo d'archives)

Photo : Radio-Canada

Leurs honoraires ont été approuvés par la juge Brothers en 2022. Celle-ci notait la contribution importante en temps professionnel et en déboursés et le risque financier encouru par les avocats si la demande de recours collectif avait été rejetée.

Sans avocats prêts à prendre ces dossiers en charge, des allégations crédibles comme celles-ci pourraient stagner, et des personnes vulnérables dans notre société n’auraient pas la possibilité d’accéder à la justice, avait-elle écrit dans sa décision.

Une plainte sans suite en 1984

En 1984, quand il avait 14 ans, Timothy Clark a dénoncé les attouchements que lui a fait subir le prêtre catholique Robert McDougall (nouvelle fenêtre) lors d’un événement à l’église et après des pratiques de la chorale.

Il raconte avoir téléphoné au bureau de l’archidiocèse — alors appelé archidiocèse d’Halifax. Il a dit à l’employée qu’il voulait parler d’un prêtre qui l’avait touché de manière inappropriée. La femme a demandé son numéro de téléphone. Personne ne l’a rappelé.

Plan rapproché du visage d'un homme qui sourit, assis dans un fauteuil, en regardant vers la droite.

Timothy Clark, résident de Wileville, en Nouvelle-Écosse, est l'un des participants au recours collectif contre l'archidiocèse d'Halifax-Yarmouth.

Photo : CBC

En 1999, le prêtre McDougall a plaidé coupable à deux accusations de ce que le Code criminel appelait à l’époque attentat à la pudeur, contre deux autres garçons, enfants de chœur dans sa paroisse.

L’un d’entre eux a dit l’avoir dénoncé à l’évêque dix ans plus tôt, mais que le prêtre n’a pas été défroqué. McDougall a écopé d’une peine de 18 mois à purger à domicile (nouvelle fenêtre), et est mort en 2008.

Timothy Clark s’est longtemps senti coupable de ne pas avoir insisté davantage pour dénoncer McDougall, de s’être senti trop jeune pour lever le ton, ou même de s’être trouvé en présence de son abuseur.

Il y a trois ans, lorsqu’il a entendu parler du recours collectif, Timothy Clark a rempli le formulaire, décrit les abus, recensé les dates et les lieux où ils se sont produits. C’est à ce moment qu’il a finalement senti le poids de quarante ans de culpabilité s’alléger, dit-il.

Mon épouse n’était même pas au courant, jusqu’à ce que je fasse la demande, confie-t-il. Je ne lui ai jamais dit, parce que je le ressentais comme un fardeau. Elle a eu une enfance heureuse. Elle n’aurait pas compris — c’est ce que je pensais. Mais au final, elle m’a soutenu.

D’après le reportage de Richard Cuthbertson (CBC)

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