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Venezuela, terre de possibilités et de défis pour les entreprises canadiennes

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La similarité du pétrole du Venezuela avec les réserves canadiennes inquiète l’industrie et les politiciens, mais certains y voient aussi un atout pour contribuer à la reconstruction du pays en matière d'expertise et de technologie. Mais pourront-ils le faire?

La voix de Pedro Pereira-Almao se brise en repensant à ses années d’exil du Venezuela. Cet expert en technologies pétrolières a quitté son pays en 2003 après 14 ans comme gestionnaire à la société nationale Petróleos de Venezuela, S.A. (PDVSA).

À part une petite incursion en 2013 pour revoir ses parents, il n’a pu constater que de loin la détérioration de son pays et de son industrie énergétique.

C’est très sensible parce que vous avez de la famille qui meurt, un réseau d’amis et de parents que vous n’avez jamais revus, explique-t-il.

Pedro Pereira-Almao porte une blouse blanche. Il répond à des questions d'un journaliste dans le laboratoire de son entreprise Nanos Tech à Calgary.

Après son exil du Venezuela, Pedro Pereira-Almao a travaillé 18 ans à l'Université de Calgary dans le domaine des hydrocarbures. Il a aussi fondé plusieurs entreprises en technologie pétrolière.

Photo : Radio-Canada / Monty Kruger

Au sein de la communauté vénézuélienne exilée, dit-il, les discussions autour de l’après-Maduro n’ont pas commencé avec la capture de l’ancien président par les États-Unis au début du mois de janvier, mais dès les élections contestées de juillet 2024.

Nous nous sommes dit que ce n’était plus qu’une question de temps, et tout le monde a commencé à se demander : reviendrons-nous?, raconte-t-il.

Je ne pense pas que je vivrai à plein temps au Venezuela, mais juste le fait que je pourrais faire des allers-retours est une très bonne chose.

Pedro Pereira-Almao ne pense pas qu’il retournera de façon permanente au Venezuela, mais après avoir passé des années à aider le développement des sables bitumineux en Alberta, il espère pouvoir à nouveau faire de même dans son pays d’origine.

Collaborer veut dire quels types de technologies [amener]. Quels sont les fournisseurs? Comment recréer des programmes de formation pour les gens sur place?, dit-il.

Toujours à Calgary, le fondateur de l’entreprise Consulting Planet, Amit Mankekar, pense que le Canada est particulièrement bien positionné pour effectuer ce travail d’évaluation et de remise à niveau de l’industrie pétrolière vénézuélienne.

Surtout en Alberta, nous avons de solides connaissances du pétrole lourd et de la manière de le raffiner. La viscosité des pétroles est similaire, explique cet entrepreneur qui effectue déjà ce travail de collaboration avec la Colombie.

Il pense en particulier que beaucoup de transferts technologiques sont possibles. Alors que la production pétrolière vénézuélienne a diminué, ces dernières décennies, le reste de l’industrie, notamment en Alberta, a gagné en efficacité, réduisant ses coûts tout en augmentant sa production.

Un intérêt manifeste, selon un entrepreneur

Selon l’entrepreneur en énergie Barry Blacklock, l’intérêt est déjà énorme de la part des entreprises canadiennes. Ce Calgarien a vécu à Caracas de 1992 à 2009, servant régulièrement d’intermédiaire pour des entreprises souhaitant s’établir dans le milieu pétrolier vénézuélien.

À peine quelques heures après l’annonce de la capture de Nicolas Maduro, les messages ont donc afflué sur son téléphone. Cinquante, soixante messages WhatsApp, courriels, [des] appels de gens qui savent que j’ai de l’expérience et que j’attendais un changement. Beaucoup d’intérêt.

Capture d'écran d'une entrevue de Barry Blacklock sur Zoom.

Barry Blacklock a vécu 17 ans au Venezuela et tente de relancer la collaboration entre l'industrie pétrolière au Canada et au Venezuela.

Photo : Radio-Canada

Vu l’état des infrastructures pétrolières sur place, il estime qu’il y aura assez de projets pour non seulement les grandes pétrolières américaines, mais aussi de plus petites entreprises qui peuvent réactiver les puits, en développer de nouveaux.

Une autre possibilité pour l’industrie canadienne est d’assembler des groupes d’experts pour apporter leur expérience aux entreprises vénézuéliennes, ajoute-t-il.

Des obstacles à la participation canadienne

Barry Blacklock sait toutefois que ces possibilités ne sont encore que des aspirations sans aucune garantie de faisabilité. Déjà en 2019, il avait cru à un changement de régime politique et avait commencé à organiser un groupe d’entreprises canadiennes prêtes à investir au Venezuela.

J'ai investi beaucoup de temps et d'efforts pour me préparer à un changement qui n'est pas venu. Et maintenant, nous nous retrouvons dans cette situation où, de toute évidence, un changement arrive. Nous ne savons juste pas encore lequel, dit-il.

Les trois hommes mentionnent tous le besoin d’un cadre législatif et gouvernemental clair comme préalable à des investissements. La sécurité est aussi une composante clé.

Barry Blacklock ajoute une troisième dimension : Donald Trump. Étant donné notre relation actuelle avec les États-Unis qui est confuse pour tous, c’est vraiment difficile de savoir s’ils vont nous ouvrir la porte et autoriser les Canadiens à participer [à la reconstruction] du Venezuela avec les compagnies américaines, souligne-t-il.

Donal Trump tend les mains dans des positions opposées lors d'une rencontre avec les dirigeants des plus importantes pétrolières à la Maison-Blanche le 9 janvier. Il est accompagné de JD Vance et de Marco Rubio.

Donald Trump a rencontré les dirigeants des grandes pétrolières américaines pour les inciter à investir au Venezuela. Il a aussi inclus l'italienne Eni et l'espagnole Repsol.

Photo : Associated Press / Evan Vucci

Lors d’une réunion à la Maison-Blanche, vendredi, le président a répété que son administration serait maîtresse des décisions d’investissement. Vous traitez directement avec nous, vous ne traitez pas du tout avec le Venezuela, nous ne voulons pas que vous traitiez avec le Venezuela, a-t-il affirmé.

En attendant d’en savoir plus, les réseaux s’activent. Selon Pedro Pereira-Almao, même en exil, de nombreux anciens employés de l'entreprise pétrolière d'Etat, la Petroleos de Venezuela SA (PDVSA) ont continué à garder un oeil sur l’état de l’industrie énergétique de leur pays.

L’Association pétrolière américano-vénézuélienne (VAPA) aurait aussi un plan d’action pour les 100 premiers jours de retour de l’investissement au pays, selon Barry Blacklock.

Avec la collaboration de Kyle Bakx

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