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« Pépère est encore capable », me lance Marcel Pelchat, alors qu’on entre dans le Boisé des Estacades, devenu depuis le Grand boisé Kruger, en cette chaude journée de juillet. Il connaît l’endroit comme le fond de sa poche après l’avoir bichonné discrètement pendant plus d’un quart de siècle, mais l’été 2026 n’est pas comme les autres.
À 82 ans, il a décidé de ralentir. C’est le premier été où il ne se lève plus aux aurores pour se rendre dans les sentiers du boisé et voir le soleil se lever sur la Plage à chiens.

Marcel Pelchat est encore charmé par la beauté unique de cette plage dans le boisé, qui est devenue la Plage à chiens au fil des ans. (Photo : 6 juillet 2026)
Photo : Radio-Canada / Marie-Claude Julien
Le matin, quand vous venez ici à 4 h 30-5 h là, la rivière, c’est comme de l’huile! Imaginez-vous que c’est beau, hein, confie-t-il en regardant autour de lui quand je lui demande ce qui l’a motivé, chaque matin, à venir nettoyer l’endroit bénévolement.
Nettoyer le boisé et prendre soin du paradis
Il me raconte, avec un sourire moqueur, que cette mission matinale s’est installée pour laisser dormir feu son épouse plus longtemps le matin, alors que lui était un lève-tôt.
Le résident de Ste-Marthe a donc pris l’habitude d’embarquer sur son quatre roues ou dans son côte-à-côte, avec ses poubelles, ses chaudières et ses sacs pour aller nettoyer cet endroit qui n’avait pas le lustre d’aujourd’hui.

Même s’il ne vient plus matin-midi-soir ramasser les débris, garder l’endroit propre est plus fort que lui quand il est de passage. (Photo : 6 juillet 2026)
Photo : Radio-Canada / Marie-Claude Julien
Il savait qu’il faisait discrètement la différence. Au fil du temps, il a vu de plus en plus de citoyens s’approprier ce poumon urbain trifluvien.

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Visite guidée du Boisé des Estacades avec Marcel Pelchat
Photo : Radio-Canada / Marie-Claude Julien
Il le dit lui-même : J’ai pris soin du paradis! . Il passait même le râteau sur la Plage à chiens pour s’assurer que le coup d'œil soit parfait! C’est vous dire à quel point il était dédié à la tâche. D’ailleurs, les chiens que l’on croisait durant notre marche dans les sentiers allaient spontanément vers lui pour se faire gratter un peu.

Marcel prend le temps de saluer les gens et jouer avec les chiens. Ici, dans ce boisé, il se sent chez lui. (Photo : 6 juillet 2026)
Photo : Radio-Canada / Marie-Claude Julien
T’es content toi. Tu vas aller te baigner!, dit-il à un des chiens, croisés à quelques pas de la plage, avec qui il prend le temps de jouer un petit moment. Une communion toute naturelle entre l’homme et la bête.
Protéger le boisé des menaces
Sa tournée matinale au Boisé des Estacades s’est rapidement transformée en trois visites quotidiennes pour protéger l’espace de réelles menaces.
Au petit matin, il éteignait les feux à ciel ouvert laissés sans surveillance. Rarement moins de trois ou quatre, se souvient-il. On peut facilement croire qu’il a permis d’éviter quelques catastrophes.
Je prenais les papiers et je finissais de faire le feu jusqu’à tant que tout soit brûlé. Là, je prenais mes chaudières et j’arrosais ça comme il faut, pour être sûr que c’était bien éteint… pas de feu de racines. L’après-midi, je revenais et je tassais la braise.

Marcel constate que plusieurs personnes font encore des feux à ciel ouvert dans le boisé. Il espère qu’ils prennent soin de les éteindre comme il se doit pour éviter les feux de racines. (Photo : 6 juillet 2026)
Photo : Radio-Canada / Marie-Claude Julien
Il lui arrivait même, lors de sa troisième et dernière tournée du jour, de laisser poliment des chaudières d’eau à la disposition des gens sur place en leur demandant d’éteindre leur feu avant de partir.
Il ne jugeait pas ceux qui occupaient les lieux, quels qu’ils soient. Ça lui a permis de créer des liens de respect mutuel dont il est fier. Les visiteurs le reconnaissaient. La seule chose qu’il leur demandait, prendre soin de cet espace accessible à tous.
Changer les habitudes
Sa plus grande fierté est justement d’avoir contribué à changer les habitudes des gens et de les avoir incités à prendre soin de cet îlot de nature unique.

Marcel est conscient qu’il a «sauvé» la Plage à chiens en passant toutes ces heures à la nettoyer. (Photo : 6 juillet 2026)
Photo : Radio-Canada / Marie-Claude Julien
Même les plus rebelles ont finalement adopté de meilleures habitudes de protection du boisé.
Je peux vous dire qu’il y a 25 ans [dans les sentiers] vous n’auriez pas fait un pas sans regarder où vous mettiez les pieds tellement qu’il y avait toutes sortes de cochonneries! À la longue, on a fini par libérer tout ça et les gens, ça les a conscientisés.
Changer les habitudes est souvent une grande côte à surmonter, sans doute aussi à pic que celle qu’on montait pour se rendre sur ce plateau où Marcel a vu ses plus beaux couchers de soleil, avec vue sur la rivière Saint-Maurice.

À 82 ans, Marcel est encore assez en forme pour gravir les sentiers les plus escarpés du boisé. (Photo : 6 juillet 2026)
Photo : Radio-Canada / Marie-Claude Julien
Il espère qu’en tirant sa révérence, quelqu’un prendra la relève de ses poubelles, ses chaudières et ses sacs pour que cet endroit demeure un cadeau naturel aux Trifluviens et leurs invités.


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