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Une vie sans supermarché pour consommer autrement

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Dans notre série estivale « Changer de parcours », on part aujourd'hui à la rencontre d'une famille qui a décidé de changer complètement son mode de consommation pour des raisons écologiques et sanitaires, mais aussi pour favoriser le commerce local. Résultat : fini les grandes surfaces pour Chloé et sa famille qui achètent désormais presque tous leurs produits au marché, à des producteurs locaux ou dans de petits commerces bio. Un défi que ces habitants de Haute-Loire, près du Puy-en-Velay, en France, se sont lancés en 2016 et qu'ils ont raconté à notre confrère de Radio France Gabin Grulet.

Quand Chloé ouvre les placards de sa cuisine, on n'y voit aucun emballage plastique, que de longs bocaux en verre. Elle nous précise ce qu'ils contiennent : « Là, par exemple, j'ai du taboulé en vrac, des haricots blancs, des céréales pour les enfants, et dans le frigo, on a le repas de ce soir avec des petits pois du jardin ». 

Une consommation responsable que l'on retrouve jusque dans la salle de bain où trônent du savon solide et des crèmes de producteurs locaux. Elle explique ce qu'elle utilise comme produits : « Par exemple, là, j'ai une huile de massage à la pâquerette pour hydrater le corps. La lessive, depuis qu'on la trouve en vrac, on ne la fabrique plus nous-même ». 

Depuis dix ans, Chloé, enseignante, et son mari, fonctionnaire, ne s'approvisionnent qu'au marché, dans de petits commerces bio ou auprès de producteurs. Un vrai changement opéré à la naissance de leur fils, confesse-t-elle, car « avant, je ne me posais absolument aucune question sur ce que je mangeais. Et puis quand notre fils est né, la première chose qu'on s'est dite, c'est : "Qu'est-ce qu'on veut lui faire manger ?" ».

Et pour eux, mieux manger passe par se priver des grandes surfaces.

Chloé considère que « le supermarché, c'est la déconnexion entre la réalité de la production agricole et nous, parce qu'on achète des produits sous emballage, dans un endroit climatisé, qui ressemblent bien plus à des produits industriels qu'à des produits vivants. Et en fait, quand on quitte le supermarché, on se rapproche plus de la vie parce qu'on voit que le producteur, cette semaine, n'a pas pu avoir tel fruit parce que la grêle est tombée et que les fruits ont été saccagés. On se rappelle de notre dépendance à tout ce qui nous entoure ». 

Antoine, son mari, rejoint Chloé dans la cuisine et raconte : « Moi, j'avais l'habitude de prendre ma petite barquette de tomates au supermarché mais lorsqu'on a goûté le goût de la tomate, et aussi celui des pommes, on s'est rendu compte qu'elles étaient sucrées, qu'elles avaient de la saveur. Je ne savais plus ce que c'était que de goûter une pomme non traitée. Quand je vais au supermarché, j'ai l'impression d'être dans le métro. On va, on optimise, on va très très vite, on marche, on va dans les allées ».

« On fait des choix. Par exemple, on part peut-être un petit peu moins souvent en vacances »

« Et je crois que c'est vraiment ça qui change : quand on est dans le supermarché, on est un petit peu la tête dans le caddie, comme un cycliste qui a la tête dans le guidon », ajoute Chloé. 

À l'heure des courses, direction l'Amap (Association pour le maintien d'une agriculture paysanne), une association de vente directe entre producteurs locaux et consommateurs. Il y en a partout en France. Chloé y va toutes les semaines récupérer des légumes, du poulet, des pâtes.

Jean-Marc, lui, y vend du lait et du fromage blanc. Vendre à l'Amap a aussi des avantages pour lui : « Les produits sont commandés six mois à l'avance. Ça a un côté sécurisant pour le producteur puisqu'il n'a pas d'invendus, surtout quand ce sont des produits frais. C'est un gros, gros avantage ».

Son litre de lait entier bio est affiché à 1,20 euro. Au stand d'à côté, les pâtes d'Élodie sont quand même à près de 8 euros le kilo...

« On n'arrive pas à toucher toutes les clientèles, mais on touche des familles qui font le choix, par exemple, sur les premiers contrats, de ne prendre qu'un paquet de pâtes en se disant que c'est plus cher que ce que l'on peut trouver en magasin, mais qu'elle feront ainsi beaucoup moins d'achats superflus. L'aspect commercial de la grande surface fait qu'on a envie de tout acheter. Ici on achète un aliment de meilleure qualité. Donc finalement, les gens se rendent vite compte qu'en consommant de cette façon, ils sont gagnants », explique Élodie.

Sur la route du retour, Chloé regarde ses comptes. Un budget de 300 euros par semaine à quatre est réservé aux courses.

Des dépenses assez conséquentes, mais pas sans concessions, admet-elle : « Franchement, notre budget est plus élevé que la moyenne. En fait, on fait des choix. Par exemple, on part peut-être un petit peu moins souvent en vacances ».

Il faut aussi passer une partie de ses week-ends devant les plaques de cuisson. Chloé nous raconte son organisation : « Je cuisine deux heures le samedi et deux ou trois heures le dimanche pour avoir des plats prêts d'avance pour la semaine. Et en semaine, j'essaie de réchauffer des plats que j'ai préparés à l'avance, ou alors de faire des choses plus rapides. Au fil des années, notre organisation familiale s'est modifiée et je ne fais absolument plus aucun ménage. Il fallait qu'on soit deux pour le faire ».

« On n'est pas extrémistes ! »

Gabrielle, treize ans, arrive à table avec un léger reproche sur les horaires de ses parents. « Samedi matin, vous partez à 8 heures. Je préfère dormir », s'exclame l'adolescente. 

Sa mère se souvient que, quand elle était petite, elle chantait dans la rue : « On va plus au supermarché ! » en passant devant l'enseigne du supermarché où on allait deux semaines avant. « Donc ça la faisait rire en fait, de relever ce défi », raconte la maman. 

Mais depuis, Gabrielle a un peu changé d'avis et confie vouloir faire comme ses amis : « Parfois, j'ai envie de tester d'autres choses aussi. J'aimerais partir en vacances plus loin, faire plus de trucs que mes copines testent et que je ne fais pas. J'ai juste envie de faire comme elles pour savoir ce que ça fait. Parfois, je me perds un peu dans les rayons quand il n'y a pas mes parents ». 

Mais la famille n'est pas coupée de la réalité. « On a quelques produits un peu différents parce que j'ai une ado à la maison et qu'on ne va pas l'empêcher d'être une ado. Voilà, il n'y a pas de raison qui ne soit pas comme les autres, entre guillemets. Donc on n'est pas extrémistes », affirme Chloé. 

Gabrielle n'a pas ses biscottes préférées mais a le droit à son shampoing. Et la famille va aussi au supermarché, juste pour les croquettes du chat.

« C'est important, je trouve, de ne pas avoir l'air jusqu'au-boutiste, parce que le but, ce n'est pas de se torturer au quotidien. Il faut commencer par se faire plaisir. Le plaisir de découvrir des goûts nouveaux, le plaisir d'aller dans des endroits différents, le plaisir d'échanger avec des gens. Parce que si c'est pour que ce ne soit pas rigolo, il ne faut pas le faire », développe la maman. 

Leurs enfants disent être reconnaissants de bien manger. Quand elle sera grande, Gabrielle voudra sans doute aller au supermarché. Son frère Guilhem, lui, n'a pas du tout envie, mais il part faire ses études l'année prochaine et dans son petit logement étudiant, le jeune homme va devoir s'y résoudre.

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