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Quitter le Canada pourrait coûter cher à l'Alberta. Entre scénario « fluide » et parcours « ardu », un rapport de l’Université de Calgary commandé par le gouvernement provincial analyse le coût financier d'une séparation de l’Alberta.
Il existe un scénario dans lequel l'économie et les finances de l'Alberta pourraient s'améliorer après la séparation, une fois la période de transition terminée, soulignent les chercheurs de l'École de politique publique de l’Université de Calgary dans la conclusion de leur rapport (nouvelle fenêtre) (en anglais).
Cependant, il existe également un scénario dans lequel l'économie de l'Alberta pourrait s'affaiblir et ses finances, se détériorer considérablement, non seulement dans l'immédiat, mais aussi pendant de nombreuses années, ajoutent-ils.
Dans les deux scénarios, le rapport montre que les répercussions à court terme d’une éventuelle séparation entraîneraient des perturbations économiques importantes et des coûts considérables pour les Albertains.
Interrogée par Radio-Canada sur la raison de la commande d’un tel rapport lors d’un déplacement à Fort McMurray, la première ministre Danielle Smith indique qu’il est important que les gens aient une idée du coût que représenterait la mise en place d'un État albertain.
Le montant de la dette que nous devrions assumer n'est pas négligeable, tout comme ne l'est pas la somme qu'il faudrait dépenser pour prendre en charge les programmes fédéraux.
Le rapport indique que le coût de la création d’un nouvel État pourrait se situer entre 50 et 170 milliards de dollars au cours des cinq premières années suivant la séparation.
Ces coûts s’ajoutent aux répercussions sur la croissance économique et la situation budgétaire de l’Alberta, qui sont analysées dans le rapport.
Le cas "fluide" est le plus optimiste; le cas "ardu" est le plus pessimiste, on va être quelque part entre les deux.
Dans les deux cas, la dette de l'Alberta exploserait, car la province prendrait en charge une partie de la dette fédérale canadienne, passant ainsi à un montant compris entre 324 milliards et 442,3 milliards de dollars, ce qui obligerait la province à dépenser des milliards de plus qu'actuellement pour payer les intérêts de cette dette.
La province se verrait attribuer une cote de crédit plus faible du fait de la taille restreinte de son marché et de la forte volatilité des revenus pétroliers, ainsi que des taux d’intérêt plus élevés avec une prime de risque de 0,45 point plus élevée qu'à l'heure actuelle.
Cela pourrait avoir un impact considérable sur les contribuables albertains, estime le rapport. Le gouvernement devrait alors imposer, dans le scénario difficile, des augmentations d'impôts ou des coupes dans les services allant de 5483 $ à 6598 $ par habitant et par an.
Quels effets sur les emplois et le PIB?
Basé sur des négociations à l'amiable avec Ottawa, le maintien du libre-échange et la levée des contraintes environnementales fédérales, le scénario fluide envisage une transition en deux temps.
À court terme (moins de 5 ans), l'incertitude économique provoquerait une baisse du PIB de 2,2 %, une perte d'emplois de 0,7 % et un déficit de 2 milliards de dollars, tandis que la reprise de 158,3 milliards de dollars de dette fédérale porterait l'endettement total à 324,1 milliards de dollars (64,8 % du PIB).
À l'horizon de 20 ans, l'élan du secteur énergétique inverserait la tendance : le PIB afficherait une hausse de 3,4 % par rapport au statu quo, le salaire moyen gagnerait 1851 $, et un surplus budgétaire de 7,8 milliards de dollars par an permettrait de redistribuer 1148 $ par habitant en baisses d'impôts ou en services.
Dans le cas optimiste, tout va bien, on n’argumente pas, l’Alberta réussit à avoir tout ce qu’elle veut [...] Donc il y a beaucoup de "si", dit Charles St-Arnaud, économiste en chef à Servus Credit Union.
À long terme, dans le scénario optimiste, on va pouvoir exploiter notre pétrole comme bon nous semble, mais, est-ce que la demande mondiale va être là dans 25, 30 ans?
À l’inverse, en se fondant sur des négociations conflictuelles, la création de barrières commerciales de type Brexit, une prime de risque élevée sur la dette albertaine et des contraintes américaines sur les exportations de pétrole, le scénario sombre anticipe un choc économique immédiat et durable.
Durant les cinq premières années, le PIB s'effondrerait de 10,1 %, entraînant la destruction de 10 % des emplois, une baisse de revenus de 5496 $ par personne et un déficit massif de 25,7 milliards de dollars (soit 5483 $ par habitant à combler).
À l'échelle de 20 ans, les séquelles deviendraient structurelles : le PIB demeurerait inférieur de 16,2 % au statu quo, la perte salariale annuelle grimperait à 11 957 $ par résident, et le déficit annuel permanent de 31,3 milliards de dollars imposerait un effort budgétaire de 6598 $ par Albertain.
Mitch Sylvestre, l'un des leaders du mouvement séparatiste en Alberta, pose une question :Avons-nous davantage peur de ce qui nous attend avec les libéraux au pouvoir, ou avons-nous davantage peur de devenir autonomes?
Dans tous les cas, il y a des risques; il y a toujours des risques.
Des conséquences pour le Canada
Un Comité consultatif sur les répercussions potentielles de la séparation a été mis en place par le gouvernement pour analyser ce rapport. Il conclut que les répercussions d'une séparation s'étendraient au-delà des frontières de l'Alberta, ce qui causerait un préjudice considérable à l'économie canadienne.
Une séparation entraînerait des coûts économiques à court terme pour l'Alberta, pour des bénéfices nets incertains à plus long terme, estime Jack Mintz, président du groupe consultatif sur les répercussions potentielles de la séparation.
Nous tenons toutefois à souligner que les Canadiens doivent être conscients qu'un départ de l'Alberta nuira également au Canada, conclut-il.
Avec des informations de Tiphanie Roquette, Anne Levasseur, Louis-Philippe Trozzo, et Caleb Perreaux


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