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Une semaine sur la radio publique: heureusement que Sonia Devillers relève le niveau…

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… bien aidée en cela par l’acteur, sociologue et philosophe humaniste Omar Sy.


13 octobre. Entendue en cours d’émission, une des dernières chroniques du journaliste Jean Leymarie sur France Culture pouvait laisser croire, dans un premier temps, à un sursaut de lucidité, celui d’un journaliste officiant au sein d’un service public réputé pour recruter son personnel dans les médias et la presse de gauche et pour passer son temps à dénigrer la droite nationale : « Autant de médias, avec des journalistes, des chroniqueurs, qui passent d’un titre à l’autre, d’une antenne à l’autre, avec les mêmes messages, les mêmes obsessions, pour désigner et dénigrer les mêmes adversaires… » Cependant, on doute. Alors, on rembobine. Et on s’aperçoit qu’on avait raison de douter: « Vincent Bolloré va-t-il pirater la présidentielle ? », s’interroge en fait M. Leymarie en brandissant le dernier livre de Gérard Davet et Fabrice Lhomme, une « très bonne enquête » sur « Vincent Bolloré, le milliardaire qui met ses entreprises au service de ses idées ». Le livre en question s’intitule Le Complot contre la France – il y en a qui n’ont peur de rien, surtout pas du ridicule. Aux yeux de M. Leymarie, cette enquête est un petit chef-d’œuvre d’investigation journalistique qui ose lever le voile sur un monde terrifiant où des « salariés en larmes » n’osent pas critiquer ouvertement leur patron et où Pascal Praud s’est permis de dire qu’il donnerait régulièrement les noms des opposants au Rassemblement national. C’est horrible ! Et, selon le journaliste de France Culture, cela ne serait pas arrivé si les médias Bolloré avaient été suffisamment surveillés et encadrés. Le problème, dit-il, c’est « la frilosité du régulateur, l’Arcom ». De toute évidence, les journalistes du Monde et lui-même attendent autre chose que les sanctions et amendes qui tombent régulièrement sur CNews. « À six mois de la présidentielle, c’est urgent », conclut le commissaire politico-médiatique de France Culture. 

Quand on pleure à l’Élysée à la lecture de Valeurs actuelles

Le lendemain, 14 octobre, dans la matinale de France Inter, Benjamin Duhamel et Florence Paracuellos recevaient… Gérard Davet et Fabrice Lhomme pour la sortie de leur livre, une enquête « explorant les coulisses de la galaxie Bolloré ». Ce « conglomérat médiatique » œuvrerait pour « convaincre les Français de porter l’extrême droite au pouvoir ». Sans blague ! Cette nouvelle est aussi stupéfiante que si l’on nous annonçait que le conglomérat médiatique de Matthieu Pigasse cherche à convaincre les Français de voter pour l’extrême gauche ou que ceux dirigés par Rodolphe Saadé ou Bernard Arnault cherchent à maintenir au pouvoir le bloc macrono-socialiste. Ah mais, j’oubliais que pour la majorité des journalistes de ce pays ruiné par des décennies de socialisme et dix ans de macronisme, le seul et véritable ennemi, c’est « l’extrême droite ». Les journalistes du Monde, apprend-on, décrivent dans leur livre une des tentatives d’Emmanuel Macron pour séduire cette droite nationale honnie, en l’occurrence « une interview accordée au journal d’extrême droite Valeurs actuelles sur l’immigration ». Sortez les mouchoirs : « On raconte qu’à l’Élysée, ça a été un séisme. Ses conseillers pleuraient dans leurs bureaux… » Âmes sensibles, s’abstenir.

Sur France Inter, le 12 octobre, Patrick Cohen s’extasie : « Même auprès d’un collège limité de 120 000 votants, la très large victoire au premier tour confère à Raphaël Glucksmann une légitimité et un élan inespérés. » L’édito n’excédant pas trois minutes, M. Cohen n’a pas le temps de retracer le parcours de M. Glucksmann. C’est dommage. Je me permets de rappeler que la France et les Français sont le cadet des soucis de ce dernier (1). Atlantiste et euro-mondialiste, antirusse primaire, pourfendeur de la France et relais de la propagande de Paul Kagame après la guerre civile au Rwanda, conseiller spécial d’un dirigeant géorgien despotique, agitateur, en sous-main, de la pseudo-révolution ukrainienne Maïdan fomentée de longue date par les États-Unis et Victoria Nuland, cet éminent représentant de la gauche la plus éloignée du peuple français n’a que deux obsessions, qui font l’essentiel de son programme : le RN et la Russie. « Glucksmann peut incarner une forme de renouveau », affirme cependant Patrick Cohen, décidément le meilleur humoriste politique de France Inter.

Glucksmann ou Bagayoko, France inter hésite

Toutefois, il a peut-être trouvé son maître. Le même jour, sur la même radio publique, l’humoriste Mahaut Drama en appelle en effet à la Révolution. Pour que celle-ci fonctionne, il faut, affirme-t-elle, « une structure, une stratégie », mais aussi « un leader » : « Et alors moi, j’ai une image qui m’est venue en tête : Bally Bagayoko. Voilà, je pense qu’on tient le président de la VIe République. » Attention, il n’y a ici aucune ironie, Mme Drama parle sérieusement. Quant à la stratégie évoquée, elle nous en avait déjà donné une petite idée lors d’un débat organisé par Mediapart en avril 2024, débat au cours duquel elle déclara, là aussi tout à fait sérieusement : « Dans trois ans, s’il y a l’accession au pouvoir de Marine Le Pen, c’est sûr qu’on ne pourra pas juste continuer en mettant des affiches, genre “Patriarcaca”. Il va falloir qu’on leur réponde autrement. Moi, je ne sais pas me battre, je ne suis pas courageuse à ce point-là. Mais si des gens le sont, je ne peux que les encourager. » La direction de France Inter n’avait pas jugé bon de blâmer, même a minima, les propos anti-démocratiques et insurrectionnels de cette militante d’extrême gauche. Ce 12 octobre, sous couvert d’humour, Mme Drama a pu à nouveau dérouler une chronique qui n’était rien d’autre qu’un tract mélenchoniste outrancièrement et dangereusement anti-flics. 

Heureusement, deux jours plus tard, Sonia Devillers relève le niveau en recevant l’acteur, sociologue et philosophe humaniste Omar Sy, de passage à Paris pour la promotion d’une nouvelle saison de la série Lupin diffusée sur Netflix. À la question de savoir pour quelles raisons il s’est expatrié et vit depuis quatorze ans en Californie, M. Sy répond en rappelant ses origines sénégalaises. Il explique qu’il est le descendant d’un peuple de nomades, le peuple peul, et que le périple qui l’a conduit de l’autre côté de l’Atlantique est donc « logique » puisqu’il résulte d’une manière de vivre inscrite dans ses gènes. Sonia Devillers est fascinée par cette explication pas tordue du tout, qu’elle résume à sa façon : « C’est ça, c’est ça. Donc Trappes, donc Paris, donc Los Angeles, donc Dakar. C’est ça, il faut être en mouvement, tout le temps. » Vient enfin le moment tant attendu par les auditeurs de France Inter, celui d’expliquer ce qui se passe en France avec les mouvements lycéens. L’acteur cède la place au sociologue. M. Sy prend une large respiration tandis que Mme Devillers retient la sienne. Son front se bombe sous l’effet d’une réflexion intense. Le résultat de cette maturation intellectuelle, fruit d’une compréhension totale des bouleversements en cours, n’est pas sans rappeler les propos les plus fulgurants de Lilian Thuram : « Le monde entier s’est durci. Ici, je vois les mêmes mauvaises questions et les mêmes mauvaises réponses, et c’est causé par les mêmes choses. » Cet homme est visiblement inquiet ; et Sonia Devillers semble comprendre alors pour quelles raisons il a préféré se retirer, tel un moine brisé par l’analyse et l’étude des tourments humains, dans une grande villa bâtie au milieu d’une sorte de monastère, une gated community à l’abri des aléas du monde. Omar Sy confesse avoir « du mal à trouver les ressources pour l’optimisme en ce moment », surtout qu’il devine, derrière les manœuvres policières, des forces obscures mettant « les lycéens les uns en face des autres pour faire des combats d’enfants ». Mais tout n’est pas perdu. Une « petite lumière » brille dans la nuit. Le salut viendra, Omar Sy en est sûr, de ce mouvement lycéen qui affirme savoir « à peu près où [il] a envie d’aller. » Il est temps, ajoute-t-il, que les adultes se calment et demandent à chacun des jeunes qui manifestent : « T’as mal où ? » Sonia Devillers, la voix affaiblie par l’émotion, se fait l’écho de cette interrogation existentielle : « T’as mal où ? », murmure-t-elle à son tour, le visage aussi rayonnant que celui d’une jeune communiante. Pour apaiser l’âme de son interlocutrice, qu’il sait troublée en ces temps incertains, Omar Sy lui révèle le seul moyen qui, selon lui, mettra fin à la légitime colère des lycéens : « Ils ont un truc à dire. On les écoute – et après on verra. » Nous remercions sincèrement Sonia Devillers de nous avoir permis d’entendre les paroles pleines de sagesse d’un artiste n’hésitant pas à manier et vulgariser les notions les plus complexes de la pensée humaniste de gauche afin d’instruire le peuple et d’éveiller les consciences. Oui, du fond du cœur, merci !

Zapper Bolloré oui ou non ?       

À part ça, toujours dans le milieu du cinéma, les mêmes qui voulaient « zapper Bolloré » il y a quelques mois, supplient maintenant le gouvernement de ne pas augmenter, comme il est prévu dans le projet de loi de finances 2027, la TVA sur les abonnements à Canal+. « Le pacte fondateur de Canal+ dès 1984, c’est un taux de TVA réduit, celui de la culture. En contrepartie, Canal+ finance le cinéma bien au-delà de ses obligations », a rappelé le président du groupe, Maxime Saada, avant de prévenir que si une telle hausse devait être entérinée, le budget de la chaîne cryptée consacré au cinéma français passerait de 200 millions d’euros par an à… 50 millions, voire moins.Notons que le retournement de veste spectaculaire des cinéastes n’a été que très, très peu commenté dans les médias. Sans doute parce qu’une conclusion se serait alors imposée d’elle-même : les belles âmes du petit monde dit de la culture sont résolument contre la « préférence nationale » lorsqu’il s’agit de protéger les intérêts de leurs compatriotes, mais absolument pour « l’exception culturelle française » quand il s’agit d’assurer les leurs…

(1) J’ai retracé le parcours complet de M. Glucksmann dans ces colonnes : https://www.causeur.fr/qui-est-reellement-raphael-glucksmann-europeennes-rwanda-georgie-ukraine-284016

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